La décision du ministère de l’Intérieur de classer La France insoumise dans le bloc « extrême gauche » pour les municipales de 2026 continue de provoquer des remous. Mais selon une enquête Ifop, institut de sondage qui appartient à la contributrice de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Laurence Parisot, réalisée pour Fiducial et Sud Radio entre le 6 et le 9 février et publiée le 16 février soit deux jours après la mort de Quentin Deranque à Lyon, une large majorité de Français approuverait cette qualification. Plus surprenant encore, ce soutien dépasse les clivages partisans et traverse jusqu’à l’électorat de gauche.
La polémique est née d’une circulaire du 2 février 2026. Dans ce document relatif aux nuances politiques des candidats aux élections municipales, le ministère de l’Intérieur a classé pour la première fois La France insoumise (LFI) dans la catégorie « extrême gauche », aux côtés du Nouveau Parti anticapitaliste, de Lutte ouvrière et du Parti ouvrier indépendant. Une décision immédiatement contestée par le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon, qui a annoncé un recours devant le Conseil d’État, accusant le gouvernement de vouloir l’assimiler au Rassemblement national.
Pourtant, l’enquête menée par l’Ifop, du 6 au 9 février 2026 auprès de 1 533 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus révèle un tout autre paysage. Selon cette étude, 70 % des Français estiment que le classement de LFI à l’extrême gauche est justifié, contre 30 % qui jugent cette décision infondée. Ce niveau d’adhésion place la mesure administrative parmi celles bénéficiant d’un soutien massif dans l’opinion publique.
L’ampleur du consensus ne se limite pas aux électeurs situés à droite de l’échiquier politique. À gauche également, le constat est frappant. Parmi les sympathisants socialistes, 65 % approuvent le classement, tandis que 71 % des sympathisants écologistes le jugent justifié. Ce chiffre traduit une fracture idéologique persistante entre LFI et le reste de la gauche parlementaire. Même au sein du Nouveau Front populaire, coalition électorale formée en 2024, près d’un électeur sur deux (49 %) valide cette catégorisation, signe que LFI demeure perçue comme distincte, voire à part.
La contestation interne apparaît tout aussi révélatrice. Parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle, 40 % considèrent le classement comme justifié. Et un tiers des sympathisants insoumis actuels (34 %) partage cette appréciation. Autrement dit, la ligne de défense adoptée par les dirigeants du mouvement ne fait pas bloc dans leurs propres rangs.
Dans son analyse, l’Ifop souligne que les arguments avancés par le ministère de l’Intérieur — notamment le refus revendiqué du parlementarisme et les appels répétés à la censure — semblent validés par une large part de l’opinion. La stratégie d’opposition frontale au « système », assumée par LFI depuis plusieurs années, pourrait ainsi s’avérer coûteuse en termes d’image. Le parallèle esquissé avec le Rassemblement national renvoie à la notion de plafond de verre électoral : une radicalité perçue comme telle peut fédérer un socle militant solide, mais compliquer l’élargissement de l’audience.
L’exemple de la municipale anticipée de Villeneuve-Saint-Georges en janvier 2025 est cité comme illustration. Dans cette commune pourtant sociologiquement favorable à la gauche, un barrage anti-LFI avait contribué à la défaite de Louis Boyard. Un épisode qui, dans le contexte actuel, résonne comme un avertissement politique. À vouloir incarner la rupture permanente, le mouvement prend le risque d’être durablement enfermé dans une étiquette que, désormais, une majorité de Français semble entériner.
Sources :
Ifop – 15 février 2026 – lien