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Manuel Noriega. Photo : @U.S. Marshals Service in Miami, Florida

Avant Maduro, le précédent Noriega : l’autre capture spectaculaire d’un dirigeant latino par les États-Unis

L’opération “Absolute Resolve” ayant conduit à l’arrestation de Nicolás Maduro ce samedi 3 janvier s’inscrit dans une tradition d’interventions militaires américaines en Amérique latine. En 1989, le général Manuel Noriega, dictateur panaméen et ancien allié de la CIA, avait déjà été capturé par les forces américaines lors de l’opération “Just Cause”.

Alors que le monde observe encore les conséquences de l’opération “Absolute Resolve” menée par les États-Unis pour capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro, comment ne pas revenir sur un précédent marquant : l’arrestation du général Manuel Noriega, homme fort du Panama, capturé par l’armée américaine le 3 décembre 1989.

À l’époque, c’est George H. W. Bush, ancien directeur de la CIA et président des États-Unis, qui ordonne l’opération baptisée « Just Cause ». Officiellement, il s’agissait de mettre fin au régime autoritaire de Noriega, poursuivi pour trafic de drogue et blanchiment d’argent par la justice américaine.

Pourtant, Noriega était un ancien agent et allié de la CIA depuis les années 1970. Pendant des années, Washington a fermé les yeux sur son implication dans le narcotrafic, car il rendait des services essentiels aux Etats-Unis en Amérique centrale.

Ce qui a fait basculer la situation, c’est qu’il est devenu ingérable et dangereux pour les intérêts américains. Il a cessé d’obéir aux consignes de Washington et a cherché à jouer sa propre carte régionale. Il disposait également d’informations sensibles sur les opérations clandestines américaines, notamment l’affaire Iran-Contra et le financement occulte des Contras au Nicaragua. Il a aussi annulé les élections de 1989 et s’est maintenu au pouvoir par la force, ce qui rendait sa protection politiquement intenable. Surtout, il menaçait indirectement la stabilité et la sécurité du canal de Panama, enjeu stratégique majeur pour les Etats-Unis.

L’opération militaire est massive : 27 000 soldats américains sont déployés, dont 13 000 déjà stationnés au Panama. Des combats violents éclatent dans la capitale, et si le bilan officiel fait état de 500 morts, des ONG locales évoquent plutôt plusieurs milliers de victimes civiles.

Dans le même temps, Guillermo Endara, avocat et opposant politique, prêtait serment sur une base militaire américaine, devenant ainsi président par intérim du Panama.

Une chasse à l’homme est ensuite engagée contre Noriega, avec une récompense d’un million de dollars promise pour sa capture. Le dictateur panaméen se réfugie dans l’ambassade du Vatican où il restera cloîtré pendant deux semaines, avant de se rendre le 3 janvier 1990. Les Américains avaient intercepté les communications confidentielles du Vatican pour localiser leur cible.

Condamné en 1992 à 40 ans de prison en Floride — peine réduite pour bonne conduite —, Manuel Noriega sera ensuite extradé successivement vers la France puis le Panama, où il purgea d’autres peines jusqu’à sa mort en 2017. Il avait notamment été reconnu coupable de disparitions forcées, en plus de ses activités criminelles.

L’écho entre les deux opérations militaires est frappant : dans les deux cas, les États-Unis interviennent unilatéralement pour capturer un dirigeant autoritaire d’Amérique latine impliqué dans des affaires de narcotrafic, même si les raisons réelles semblent à chercher ailleurs. À 36 ans d’écart, la doctrine de Washington semble inchangée.

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