You are currently viewing Suède : Le ministre de la coopération internationale annonce la fermeture d’ambassades en Afrique pour soutenir l’Ukraine
Benjamin Doussa. Photo : @Osboissa

Suède : Le ministre de la coopération internationale annonce la fermeture d’ambassades en Afrique pour soutenir l’Ukraine

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:EUROPE
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

La Suède opère un tournant majeur dans sa politique d’aide internationale. Stockholm a annoncé mettre fin à son soutien au Zimbabwe, à la Tanzanie, au Mozambique, au Liberia et à la Bolivie, et fermé trois ambassades pour renforcer son aide à l’Ukraine du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Volodymyr Zelensky. Une réorientation stratégique assumée par le gouvernement conservateur, qui fait bondir ONG et experts.

La politique d’aide suédoise traverse une révision sans précédent depuis son essor dans les années 1970. Vendredi, Benjamin Dousa ministre de la Coopération internationale au développement et du Commerce extérieur dans le cabinet du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Ulf Kristersson a annoncé la fin programmée de l’aide au Zimbabwe, à la Tanzanie, au Mozambique, au Liberia et à la Bolivie, ainsi que la fermeture des ambassades suédoises au Liberia, en Bolivie et au Zimbabwe. Une restructuration d’ampleur, présentée comme nécessaire pour concentrer davantage de ressources financières sur l’Ukraine, engagée dans une guerre de haute intensité contre la Russie.

« Le gouvernement prévoit d’augmenter l’aide à l’Ukraine d’au moins 10 milliards de couronnes, soit près de 913 millions d’euros », a déclaré Dousa, précisant que cette somme représenterait désormais près de 20 % de l’aide totale suédoise.

Pour le ministre ce recentrage était devenu indispensable : « Pendant trop longtemps, l’aide suédoise a été trop dispersée. Nous avons fonctionné comme un arroseur, ce qui a entraîné un manque de contrôle. Dans de nombreux cas, nous ne savons même pas si cela a été utile. » Une critique qui rompt avec la tradition suédoise de soutien massif et de long terme aux pays en développement, particulièrement en Afrique, où l’État scandinave a investi plus de 50 milliards de couronnes au cours des vingt-cinq dernières années.

Cette remise en question s’accompagne d’un constat encore plus tranchant : selon Benjamin Dousa, l’aide prolongée aurait contribué à installer « une dépendance de plusieurs pays, notamment en Afrique », réduisant leur incitation à entreprendre les réformes attendues.

Benjamin Doussa un néo libérale convaincu

Ancien président national de la Ligue des jeunes modérés et PDG de Företagarna, la Fédération suédoise des chefs d’entreprise, Doussa est un néolibéral convaincu. Il fut l’ancien PDG du think tank Timbro ayant pour objectif assumer d’influencer l’opinion publique en faveur du libéralisme économique, en ciblant les élites intellectuelles suédoises. Timbro est membre de l’Atlas Network, un réseau mondial regroupant plus de 500 think tanks promouvant le capitalisme de marché et financé par des multinationales comme ExxonMobil, membre du FEM. Timbro a d’ailleurs reconnu des financements directs de multinationales ou d’acteurs privés, membres du FEM, notamment l’ExxonMobil (via l’Atlas Network) et Pfizer. Timbro a en effet perçu 2 millions de SEK de Pfizer dans les années 2000.Ces fonds ont servi à créer Timbro Health, une cellule dédiée à la promotion d’une médecine libéralisée et privatisée.

La colère des ONG

Le diagnostic de Doussa a l’égard de l’aide au développement a toutefois été contesté par de nombreuses organisations non gouvernementales. Mattias Brunander, secrétaire général de Diakonia, rappelle que la coopération avec la Tanzanie, qui a reçu 70 milliards de couronnes depuis 1962, a permis d’appuyer des mouvements démocratiques et de renforcer durablement des sociétés civiles souvent fragiles. « C’est un abandon des mouvements démocratiques que l’on a soutenus pendant longtemps avec de bons résultats », déplore-t-il.

D’autres ONG dénoncent un glissement de finalité. Pour Julia Schalk, de l’ONG WaterAid, membre du WEF, « la politique du gouvernement a pour conséquence le transfert de l’aide vers d’autres domaines, comme l’appui au commerce suédois, les entreprises suédoises ou encore les expulsions ».

Ce recentrage, présenté par Stockholm comme une stratégie d’efficacité et de contrôle, s’inscrit également dans une ligne politique visant à réduire l’immigration et accélérer les retours forcés, le gouvernement ayant déjà mis fin à l’aide à l’Irak l’année dernière et souhaitant conditionner celle dédiée à la Syrie.

La fermeture des ambassades, où l’aide au développement constituait l’essentiel de l’activité, marque une rupture symbolique supplémentaire dans un pays longtemps perçu comme un modèle de solidarité internationale et d’investissement humanitaire. À l’heure où la guerre en Ukraine absorbe une part croissante des budgets européens, la décision suédoise illustre une tendance plus large : celle d’un recentrage stratégique sur les enjeux géopolitiques immédiats, parfois au détriment de partenariats historiques en Afrique. Reste à savoir si cette réorientation produira les effets attendus, ou si elle creusera davantage le fossé entre Stockholm et ses partenaires traditionnels du Sud global.

Sources

BFM Business / AFP – Article « L’aide a été trop dispersée : la Suède ferme des ambassades en Afrique » – 5 décembre 2025 – lien

Laisser un commentaire