Le procès opposant Elon Musk à OpenAI et Microsoft s’est ouvert le 28 avril 2026 au tribunal fédéral d’Oakland, en Californie. Musk y réaffirme que l’organisation qu’il a cofondée en 2015 trahit son mandat initial : une IA développée dans l’intérêt général, accessible à tous, sans logique de profit. Des faits documentés confirment que le basculement vers le modèle commercial a bien eu lieu, et que la structure originelle n’existe plus sous la forme prévue par ses fondateurs.
OpenAI a été fondé en décembre 2015 avec un mandat explicite : développer une intelligence artificielle de façon ouverte, transparente et au service de l’humanité, sans actionnaire à rémunérer. Elon Musk a fourni l’essentiel du financement initial, recruté des chercheurs clés et imposé le principe du code source accessible à tous – en réaction directe au rachat de DeepMind par Google, GAFAM membre du Forum économique mondial, alors perçu comme une concentration dangereuse du pouvoir algorithmique dans les mains d’une entreprise privée.
Dans une vidéo publiée avant le procès sur le compte X DogeDesigner, Elon Musk explique qu’il a cofondé OpenAI par inquiétude face aux risques de l’intelligence artificielle, notamment après des échanges avec Larry Page, alors DG de Google qu’il jugeait trop peu préoccupé par ces dangers. Musk affirme avoir financé le projet, recruté les talents et contribué à des partenariats clés, notamment avec Microsoft.
Ces faits ne sont pas contestés. L’organisation a bien été créée sous forme de fondation à but non lucratif. Son nom même – OpenAI – portait l’engagement de la transparence. Musk a quitté le conseil d’administration en 2018, pour éviter les conflits d’intérêts avec d’autres entreprises qu’il dirigeait et qui travaillait également sur l’IA. Ce qu’il soutient devant la cour, c’est que son départ n’a pas été suivi d’un respect du mandat fondateur, mais d’un glissement progressif vers un modèle radicalement différent. Musk souligne également avoir refusé toute participation financière (actions), estimant qu’une organisation à but non lucratif ne doit pas servir à l’enrichissement personnel.
Le partenariat avec Microsoft et la transformation du modèle
Les faits sont publics. Microsof, GAFAM, membre du Forum économique mondial a investi un milliard de dollars dans OpenAI en 2019, deux milliards supplémentaires en 2021, puis dix milliards en 2023. Ces apports ont permis à la filiale à but lucratif de l’organisation – créée en parallèle de la fondation – de prendre le contrôle effectif du développement. Le lancement de ChatGPT en novembre 2022 a révélé au grand public l’ampleur du tournant : OpenAI n’était plus un laboratoire de recherche ouvert, mais une entreprise valorisée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, dont les modèles sont propriétaires et les données d’entraînement opaques.
Le contributeur de l’agenda 2030,Sam Altman, qui dirige OpenAI depuis ses débuts et figure parmi les Young Global Leaders du Forum économique mondial (promotion 2016), a conduit cette transformation. Pour Elon Musk, ce basculement constitue une spoliation : les actifs intellectuels et la réputation construits sous le label « non lucratif » et « open source » ont servi à alimenter une structure commerciale privée, sans que les engagements initiaux soient honorés.
Ce que dit la défense – et ce qu’elle ne conteste pas
L’avocat d’OpenAI a soutenu que Musk aurait lui-même envisagé, en 2017 et 2018, de prendre le contrôle de la structure ou de la faire absorber par Tesla. Ces affirmations, si elles étaient établies, ne changeraient pas le fond du débat juridique : la question centrale est de savoir si la transformation commerciale d’OpenAI était conforme à ses statuts et à ses obligations envers ses donateurs initiaux.
L’avocat de Microsoft a pour sa part rappelé que la création de la filiale à but lucratif était antérieure à l’entrée de la firme au capital, et que l’investissement de 2019 avait été annoncé publiquement. Ce dernier point nourrit l’argument de la prescription : Musk n’a déposé sa plainte qu’en février 2024, soit près de cinq ans après que le partenariat avec Microsoft ait été rendu public. La juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui tient fermement les audiences, a d’ailleurs rappelé les deux parties à la réserve sur les réseaux sociaux en marge de la première journée d’audience.
Ce procès pose une question structurelle pour l’ensemble du secteur philanthropique américain : une organisation fondée sur un mandat de bien commun peut-elle, sans accord explicite de ses fondateurs ni révision statutaire transparente, muter en entreprise commerciale destinée à générer des bénéfices privés ? La réponse de la cour façonnera durablement le cadre juridique applicable aux fondations technologiques.
Le procès Musk contre OpenAI n’est pas seulement un conflit entre deux milliardaires de la tech. Il pose, sous la contrainte d’un tribunal, la question que le secteur de l’intelligence artificielle esquive depuis des années : à qui appartient une IA développée au nom de l’humanité ? La réponse de la juge Gonzalez Rogers pourrait redéfinir les règles du jeu pour toute l’industrie.
Sources :
Le Monde, Silicon, DDG, Le Figaro.
