L’Assemblée nationale a observé ce mardi après-midi une minute de silence en hommage à Quentin, 23 ans, mort des suites d’une violente agression survenue à Lyon en marge d’une conférence de la députée européenne Rima Hassan. La demande émanait du président du groupe Union des droites pour la République, Éric Ciotti, allié de Marine Le Pen. Elle a été actée par la conférence des présidents.
Au perchoir, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a ouvert la séance par une déclaration solennelle :
« Personne ne devrait mourir à 23 ans, personne ne devrait mourir pour ses idées. »
Évoquant « une agression d’une violence inouïe », elle a adressé, « au nom de la représentation nationale ». Citant Robert Badinter, elle a rappelé que « dans une démocratie apaisée, ce n’est pas l’affrontement qui doit régner, mais le droit », appelant l’ensemble des députés à être « les garants de la dignité du débat public ».
L’hémicycle s’est ensuite levé pour observer une minute de silence avant de se lancer dans des débats bien souvent indignes.
La droite et le RN dénoncent « l’ultragauche »
Dans la foulée, plusieurs députés du Rassemblement national et de la droite ont mis en cause des mouvances d’ultragauche, évoquant la responsabilité présumée de groupuscules antifascistes.
La députée RN du Rhône, Tiffany Joncourt, a parlé d’un « meurtre politique » et interrogé le gouvernement sur d’éventuelles dissolutions d’organisations antifascistes.
Le président du groupe Les Républicains, Laurent Wauquiez, a dénoncé une « banalisation de la violence politique » et mis en cause certains responsables de gauche, estimant que « l’extrême gauche menace la République ».
Le gouvernement appelle au respect de l’État de droit
Répondant aux différentes interpellations, le Premier ministre Sébastien Lecornu a mis en garde contre toute tentative de déplacement de la responsabilité. Selon lui, les seuls responsables sont « celles et ceux qui commettent des actes de violence », rejetant l’idée que l’on puisse faire porter la faute sur les services de l’État ou les forces de sécurité. « Ne pas inverser le récit », a-t-il martelé.
Le Premier ministre a également élargi son propos à la protection du débat démocratique, en particulier dans les universités, soulignant que la liberté d’expression ne saurait être menacée par des violences physiques. Sans désigner explicitement un camp politique, il a évoqué la nécessité de lutter contre tous les groupuscules violents, qu’ils soient d’ultragauche, d’ultradroite ou à caractère séparatiste. Il a rappelé l’existence d’outils juridiques de dissolution d’associations et défendu les dispositifs issus de la loi contre le séparatisme, estimant qu’ils devaient être pleinement mobilisés.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a de son côté déplacé le débat sur le terrain plus large de la « brutalisation » du climat politique et annoncé l’envoi prochain d’instructions aux procureurs pour rappeler que toute menace ou incitation à la violence contre des élus ou des citoyens, comme ou « nos compatriotes juifs », devra être poursuivie , notamment lorsque ces attaques reposent sur des motifs religieux, ethniques ou politiques.
Pour le garde des Sceaux, il n’est plus acceptable que certains propos tenus dans des amphithéâtres, dans la rue ou sur les réseaux sociaux demeurent sans réponse pénale.
Gérald Darmanin a également dénoncé ce qu’il a qualifié de « fatwas numériques », évoquant les mises en cause nominatives de journalistes par LFI et les campagnes de harcèlement en ligne, en parlant d’un « jugement anonyme qui harcèle nos compatriotes juifs ». Selon lui, la violence verbale nourrit un climat propice aux passages à l’acte, et la République ne peut tolérer qu’un mandat électif serve de bouclier à des propos qu’il juge dangereux.
Dans un échange particulièrement tendu avec la présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, le ministre a appelé à une condamnation « sans ambiguïté » de toutes les violences, refusant toute hiérarchisation entre les victimes. Il a affirmé être « le premier à condamner » les violences subies par des élus insoumis, tout en exhortant la gauche radicale à « faire le ménage » dans ses rangs s’agissant de propos qu’il estime ambigus ou excessifs.
LFI dénonce une « instrumentalisation »
Du côté de La France insoumise, la présidente du groupe, Mathilde Panot, a fermement rejeté toute responsabilité morale de son mouvement, qualifiant certaines accusations « d’ignobles ». Elle a affirmé qu’« aucun insoumis n’est impliqué ni de près ni de loin » dans les faits, dénonçant une tentative de récupération politique.
Elle a également reproché au gouvernement de ne pas avoir empêché les violences malgré les alertes, et rappelé d’autres affaires de violences politiques attribuées à l’extrême droite ces dernières années.
Un climat de tension généralisée
Plusieurs députés ont élargi le débat au climat politique actuel. Le député du Rhône Jean-Luc Fugit (Ensemble pour la République) a dénoncé une « culture de la brutalité » alimentée, selon lui, par « les extrêmes des deux côtés ».
La députée socialiste du Rhône Sandrine Runel a appelé à « condamner sans détour » toutes les formes de violences politiques, rappelant que « la démocratie est un combat d’idées, pas un combat de rue ».
Dans un hémicycle particulièrement tendu, les échanges ont parfois dépassé le cadre du recueillement initial, révélant les profondes fractures politiques autour de l’interprétation de ce drame.
Les circonstances précises de l’agression restent à établir. L’enquête judiciaire devra déterminer les responsabilités individuelles et le contexte exact des faits.