À la Conférence de Munich sur la sécurité, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a été ovationné par une partie de l’assistance européenne. Pourtant, selon la presse allemande, son discours n’a guère divergé des positions fermes exprimées un an plus tôt par le vice-président américain J. D. Vance. Entre dépendance stratégique et illusion transatlantique, outre Rhin, les médias s’interrogent sur cette étrange indulgence.
Le contraste a surpris jusqu’aux observateurs les plus aguerris. Le 14 février, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, Marco Rubio a été chaleureusement applaudi par un public européen parfois même debout. Une scène d’autant plus frappante que le chef de la diplomatie américaine n’a présenté ni excuses ni concessions sur les tensions récentes entre Washington et l’Union européenne.
Depuis le retour du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump à la Maison Blanche, les relations transatlantiques ont été mises à rude épreuve. Guerre commerciale à coups de droits de douane, critiques acerbes contre les politiques européennes, menaces sur le Groenland : les sujets de friction n’ont pas manqué. Un an auparavant, à Munich déjà, le vice-président J. D. Vance, membre du groupe Bilderbrg avait vertement dénoncé les choix migratoires et environnementaux de l’Europe, dans un discours jugé brutal.
Or, note la presse allemande, le message de Marco Rubio ne différait pas fondamentalement. Certes, le ton était plus mesuré, presque enveloppé d’une rhétorique affective présentant l’intervention comme une déclaration d’attachement au « Vieux Continent ». Le secrétaire d’État a rappelé l’histoire commune et l’alliance stratégique entre les deux rives de l’Atlantique. Mais sur le fond, il a critiqué les politiques migratoires européennes, remis en cause certains dogmes environnementaux, exprimé son hostilité à certaines formes de libre-échange et assumé une vision des rapports de force internationaux fondée sur la puissance.
Pour le quotidien berlinois Die Tageszeitung, Rubio « n’a fait que continuer là où Vance s’était interrompu ». Der Spiegel s’interroge sur cette réaction enthousiaste, évoquant l’image d’un « bourreau » offrant un verre d’eau à sa victime après l’avoir contrainte à marcher sur des braises. Pourquoi, dès lors, ces applaudissements ?
Une première explication tiendrait à la realpolitik. L’Union européenne demeure largement dépendante du parapluie sécuritaire américain, notamment en matière de dissuasion nucléaire. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et la montée en puissance de la Russie et de la Chine, peu d’États membres se sentent en mesure d’assurer seuls leur défense. L’ovation pourrait ainsi traduire une stratégie pragmatique : préserver, coûte que coûte, le lien transatlantique.
À cela s’ajoute le poids économique des États-Unis, partenaire commercial majeur pour de nombreux pays européens. Face à une administration américaine imprévisible, afficher publiquement une forme d’unité peut apparaître comme un moyen d’éviter une nouvelle escalade.
Le quotidien conservateur Die Welt adopte une lecture plus conciliante. Selon lui, le simple fait que la conférence n’ait pas aggravé les divisions entre Washington et l’Europe constitue déjà une bonne nouvelle. Marco Rubio a, en effet, appelé à un partage plus équitable du fardeau sécuritaire, exhortant les Européens à renforcer leurs capacités militaires. Un message accueilli favorablement par ceux qui plaident pour un réarmement accru du continent, notamment en Allemagne.
Mais derrière les applaudissements, un malaise persiste. Die Tageszeitung évoque une « relation toxique » entre l’Europe et les États-Unis. Depuis des décennies, souligne le journal, les Européens ont présumé d’un alignement automatique de Washington sur leurs intérêts, sans investir suffisamment dans leur propre souveraineté stratégique. Selon nos confrères, cette dépendance structurelle expliquerait aujourd’hui la difficulté à s’émanciper d’un partenaire devenu plus exigeant, voire brutal.
Sources :
Courrier international – « Vu d’Allemagne. Mais pourquoi les Européens ont-ils applaudi le “bourreau” Rubio à Munich ? » – 16 février 2026 – https://www.courrierinternational.com/
Die Tageszeitung – Analyse citée dans l’article de Courrier international – 16 février 2026 – https://taz.de/
Der Spiegel – Analyse citée dans l’article de Courrier international – 16 février 2026 – https://www.spiegel.de/