Alors que les médias français accordent une large place à l’arrivée d’un cas d’hantavirus rapatrié du navire de croisière MV Hondius, un infectiologue met en garde contre une « épidémie médiatique » qui occulterait les véritables urgences hospitalières.
Le Dr Benjamin Rossi, interrogé sur Public Sénat, a livré un témoignage percutant : « Dans mon hôpital, on n’a plus de diabétologie. Les gens ont plus de chance de mourir du diabète que de l’hantavirus. On est surtout sur une épidémie médiatique. Arrêtons de communiquer là-dessus et donnons des moyens aux hôpitaux. »
Un virus connu, mais rare en France
Les hantavirus sont des virus zoonotiques transmis principalement par les rongeurs (comme les campagnols ou les rats). En France, la forme la plus fréquente est la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), causée notamment par le virus Puumala. Entre 2005 et 2024, environ 2 000 cas ont été recensés en métropole, avec une forte concentration dans le quart nord-est du pays. La létalité reste faible (environ 0,4 % pour la souche européenne dominante).
Le cas actuel concerne une Française rapatriée d’un navire croisant au large de l’Afrique du Sud, où une souche plus virulente (possiblement Andes) a été détectée. Plusieurs cas contacts sont placés en quarantaine à l’hôpital Bichat à Paris, et les autorités ont activé un dispositif de surveillance renforcée. Des réunions interministérielles quotidiennes sont organisées à Matignon.
Malgré cela, les experts rappellent que l’hantavirus n’est pas un virus émergent en France et que le risque de transmission interhumaine reste très limité pour la plupart des souches européennes. La contamination se fait essentiellement par inhalation de particules contaminées par les excréments de rongeurs.
Le vrai scandale : la crise hospitalière chronique
Le Dr Rossi pointe du doigt un paradoxe : pendant que les chaînes d’information tournent en boucle sur un virus rare, les services hospitaliers de base manquent cruellement de moyens.
La diabétologie en est un exemple criant. Le diabète touche plusieurs millions de Français et constitue une cause majeure de mortalité et de complications (insuffisance rénale, infarctus, amputations).
La fermeture ou la saturation de lits dans ces services expose les patients à des risques bien plus concrets et quotidiens que l’hantavirus.Ce témoignage s’inscrit dans une plainte plus large du monde médical : manque de personnel, fermetures de lits, épuisement des soignants et priorisation médiatique et politique parfois décalée par rapport aux besoins réels de la population.
Faut-il s’inquiéter ?
Les autorités sanitaires (Santé publique France, Institut Pasteur) maintiennent une surveillance active, notamment dans les zones d’endémie. La vigilance est légitime face à tout foyer, surtout lorsqu’une souche potentiellement plus contagieuse ou sévère circule.
Cependant, comme le souligne le Dr Rossi, l’affolement médiatique peut générer une anxiété inutile et détourner l’attention des problèmes structurels du système de santé.En résumé : l’hantavirus mérite une gestion rigoureuse et discrète par les autorités sanitaires, mais il ne doit pas masquer l’urgence absolue de redonner des moyens aux hôpitaux pour soigner les pathologies courantes qui tuent vraiment chaque jour.
Le débat lancé par le Dr Benjamin Rossi rappelle une vérité souvent oubliée : la santé publique ne se limite pas aux virus « à la mode ». Elle passe d’abord par un système hospitalier capable de répondre aux besoins quotidiens de la population.