Le renseignement ukrainien a mené une opération de désinformation sophistiquée en simulant la mort d’un chef militaire russe anti-Poutine. Cette manœuvre, révélée début janvier, visait à piéger les services secrets russes et à renforcer les capacités de Kiev dans la guerre de l’ombre qui accompagne le conflit armé. Le profil de ce militant néonazi installé en Allemagne durant l’adolescence après avoir bénéficié d’un statut de réfugiée d’origine juive a toutefois de quoi interpellé.
L’Ukraine continue de démontrer sa maîtrise du renseignement et de la guerre informationnelle face à Moscou. Début janvier, les services secrets ukrainiens ont révélé avoir simulé la mort d’un chef militaire russe opposé au Kremlin afin de piéger des espions russes et d’obtenir des informations sensibles. L’opération a été dévoilée le 1er janvier par Kyrylo Boudanov, nommé le lendemain chef de cabinet de la présidence ukrainienne après avoir dirigé le renseignement militaire, le GUR et avoir été formé par les services de renseignements américains.
Une opération du GUR rondement menée
Le combattant au cœur de cette mise en scène est Denis Kapoustine, dirigeant du Corps des volontaires russes, une unité composée de ressortissants russes combattant aux côtés de l’Ukraine. Le 27 décembre, le groupe annonçait sur Telegram la mort de son chef, prétendument tué par un drone sur le front près de Zaporijia. Un message solennel évoquait une vengeance à venir, renforçant la crédibilité du récit. En réalité, cette disparition n’était qu’une fiction soigneusement préparée.
Selon le renseignement ukrainien, l’objectif était double. Il s’agissait d’abord de tromper Moscou afin d’identifier des relais et des informateurs au sein des services secrets russes, convaincus de la réalité de l’assassinat. Pour accréditer la version officielle, Kiev a diffusé des vidéos fabriquées de toutes pièces, présentées comme des preuves de la mort de Kapoustine et transmises à la partie russe. Une opération jugée concluante par le GUR, qui affirme avoir ainsi mis au jour plusieurs canaux d’espionnage.
L’autre volet de l’opération était financier. Le Kremlin avait en effet mis à prix la tête de Denis Kapoustine, promettant une récompense de 500 000 dollars pour son élimination. Cette somme aurait été versée à la suite de la fausse annonce de sa mort, avant d’être récupérée par les forces ukrainiennes. « Je suis heureux que l’argent destiné à votre assassinat ait servi à soutenir notre combat », a ironisé Kyrylo Boudanov lors de la révélation publique de la supercherie.
Réapparu depuis, Denis Kapoustine a assuré que cette « absence temporaire » n’avait pas affecté les opérations de son unité et s’est dit prêt à reprendre le commandement du Corps des volontaires russes. Une déclaration destinée à montrer que l’opération relevait d’une stratégie collective, pleinement assumée par Kiev dans le cadre de sa lutte contre la Russie.
Un néonazi ayant bénéficié du statut de réfugiée d’origine juive en Allemagne
Personnage controversé, Kapoustine demeure une figure sulfureuse. Né en 1984 à Moscou, est un militant d’extrême droite passé du hooliganisme néonazi à la direction d’un groupe armé. Après avoir grandi en Russie, il s’installe adolescent à Cologne en Allemagne. Selon Der Spiegel, la famille Kapoustine aurait bénéficié d’un statut de réfugiée d’origine juive et non pas deréinstallée russe. Outre-Rhin, il s’est impliqué dans les milieux ultras et néonazis, au point d’être considéré par les autorités allemandes comme l’un des militants les plus influents de cette mouvance. De retour en Russie, il reste lié aux réseaux hooligans et contribue à structurer une sous-culture violente d’ultradroite à dimension transnationale.
Fondateur de la marque White Rex liée au MMA, il joue aussi un rôle dans la diffusion du réseau néofasciste des Active Clubs. Réfugié en Ukraine avant la guerre, il fonde en 2022 le Corps des volontaires russes (RDK), un groupe armé néonazi combattant aux côtés de l’Ukraine contre la Russie. Il appelle les nationalistes russes à s’opposer à Vladimir Poutine, qu’il accuse d’avoir transformé la Russie en État policier, tout en tenant des positions hostiles au président ukrainien et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Volodymyr Zelensky, parce qu’il est juif et « promeut la pire des valeurs libérales ».
Depuis 2023, après plusieurs incursions armées sur le territoire russe, notamment dans les régions de Briansk et de Belgorod, il est considéré comme un traître par de nombreux nationalistes russes et comme un terroriste par les autorités russes. Il est également accusé d’avoir tenté d’assassiner le milliardaire Konstantin Malofeïev.
Cette opération illustre la montée en puissance de la guerre clandestine autour du conflit ukrainien. Désinformation, manipulation psychologique et espionnage s’y mêlent désormais étroitement aux combats sur le terrain, confirmant que la bataille entre Kiev et Moscou se joue aussi, et peut-être surtout, dans l’ombre.
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