Le photojournaliste américain Christopher Anderson revient dans son nouveau livre Index sur trente ans de témoignages visuels, des zones de conflit à l’entourage de Donald Trump à la Maison Blanche. Parmi ses clichés les plus troublants : un portrait de Jeffrey Epstein pris en 2015, dont les coulisses révèlent une tentative d’intimidation orchestrée par le financier déchu. Anderson raconte comment Epstein a envoyé un homme, “très grand, avec de très grandes mains gantées de cuir noir”, récupérer ses photos par la force.
En 2015, Christopher Anderson est mandaté par le magazine New York pour photographier Jeffrey Epstein, alors sujet d’un profil écrit par le journaliste Michael Wolff. Anderson reconnaît n’avoir pas enquêté sur son sujet avant la séance. “Ce que je savais, c’est que cet homme était riche et puissant, connecté à d’autres hommes riches et puissants.” Epstein exige une rencontre préalable pour évaluer le photographe et tenter de racheter les images pour 20 000 dollars. Anderson se souvient d’un “personnage assez dérangeant, qui jouait avec la mise en scène de l’intimidation. Il voulait m’impressionner pour que je comprenne qu’il était quelqu’un de puissant que je ne voudrais pas contrarier.” Le shooting se déroule dans la résidence new-yorkaise d’Epstein, où Anderson remarque une jeune femme à l’accent d’Europe de l’Est et une table de massage en cours de démontage dans l’une des pièces.
Les photos retrouvées dans les fichiers Epstein
L’article de magazine n’est jamais publié. Epstein réclame alors les photos. Les échanges d’e-mails entre Anderson et Lesley Groff, secrétaire personnelle d’Epstein, figurent parmi les 3,5 millions de pages publiées par le ministère américain de la Justice dans le cadre des fichiers Epstein. L’affaire culmine lorsqu’Epstein envoie un certain “Merwin” au studio d’Anderson pour récupérer le disque dur de force : “Très grand, avec de très grandes mains gantées de cuir noir. C’était très mafieux. Il l’a envoyé pour m’intimider et s’assurer qu’il obtiendrait le disque dur.” Anderson redécouvre récemment des copies sauvegardées sur un autre disque dur. L’une des photos montre un e-mail imprimé posé sur un bureau, qui semble indiquer une réclamation de 60 000 dollars de salaires impayés liée à l’ex-prince Andrew et à Sarah Ferguson. Il semblerait, à la lecture des fichiers Epstein, que ces derniers sollicitaient l’aide financière du milliardaire pour régler cette dette.
De l’Afghanistan à la Maison Blanche de Trump : une vie de photojournalisme
Né en 1970 à Kelowna, en Colombie-Britannique, Anderson a grandi au Texas. Sa carrière internationale a débuté en 1999 lorsqu’il a embarqué avec 44 réfugiés haïtiens sur une embarcation de fortune qui a commencé à couler en pleine mer. Les photos de cet épisode lui ont valu la médaille Robert Capa en 2000 et ont ouvert la voie à des missions en zones de conflit : Afghanistan post-11 septembre, Gaza, Liban, Irak. Aujourd’hui basé à Paris, Anderson travaille principalement sur des portraits de célébrités, dont George Clooney, Jeremy Allen White et Rosalía, tout en menant des projets personnels incluant le cinéma. Quand Vanity Fair lui a proposé de photographier l’équipe de Trump à la Maison Blanche, il a d’abord refusé, craignant un traitement “magazine people”, avant d’accepter lorsqu’on lui a précisé vouloir qu’il “remette son chapeau de journaliste”. “Je sentais qu’il était de mon rôle de photographe d’aller et, aussi précisément et honnêtement que possible, de dépeindre ce que j’ai vécu et vu. C’est le travail.”
Index : le livre-témoignage de trente ans devant l’objectif
Le livre Index rassemble un large corpus d’images couvrant trois décennies de photojournalisme : clichés de conflits, photographies de rue en Chine, portraits de célébrités, photographies de vacances en famille, et la récente série sur l’entourage de Trump. Anderson considère que son rôle est de photographier les sujets les plus incontournables de son époque, quels qu’ils soient. Interrogé sur la question de savoir s’il accepterait aujourd’hui de photographier Epstein en connaissance de cause, Anderson répond sans hésitation par l’affirmative : “Je ferais cette mission parce que je sens que ma responsabilité est d’aller et de faire un portrait qui révèle quelque chose de cette personne. Si je dois faire quelque chose, c’est ça.” Le portrait d’Epstein figurant dans le livre montre, selon Anderson lui-même, “un homme qui me regarde pour me faire comprendre qu’il m’intimide. Ce n’est pas une photographie de célébrité. J’aime à penser que j’ai fait son portrait en révélant quelque chose de lui.”
Le travail de Christopher Anderson rappelle que l’objectif du photojournaliste n’est pas de juger mais de révéler. Dans un monde saturé d’images superficielles, Index s’impose comme un témoignage exigeant sur les marges et les centres du pouvoir contemporain, des embarcations de fortune haïtiennes aux couloirs feutrés du pouvoir américain.
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Meta description : Le photographe Christopher Anderson révèle les coulisses de son portrait d’Epstein en 2015 : intimidation, disque dur volé et images retrouvées dans les fichiers DOJ.