Au terme de débats particulièrement houleux, l’Assemblée nationale a adopté une résolution appelant à inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. Porté par Les Républicains et soutenu par le camp gouvernemental et le Rassemblement national, le texte a été rejeté par l’ensemble de la gauche. Non contraignante, cette résolution a néanmoins mis en lumière de profondes fractures politiques.
La tension était palpable dans l’hémicycle. Jeudi 22 janvier, après près de cinq heures de discussions marquées par de nombreux incidents de séance, l’Assemblée nationale a adopté une résolution visant la mouvance des Frères musulmans. Inscrit à l’ordre du jour dans le cadre de la journée réservée du groupe Les Républicains, le texte a recueilli 157 voix pour et 101 contre, dans une ambiance qualifiée de délétère par plusieurs députés.
Dépourvue de valeur contraignante, la résolution appelle la Commission européenne à engager une procédure afin d’inscrire « la mouvance des Frères musulmans et ses responsables sur la liste européenne des organisations terroristes ». Elle demande également à l’Union européenne de procéder à « une évaluation juridique et factuelle du réseau transnational des Frères musulmans », une étape jugée nécessaire par ses promoteurs pour mieux appréhender l’implantation et les ramifications du mouvement.
Rapporteur du texte, Éric Pauget a défendu une initiative dirigée contre ce qu’il a décrit comme un « mouvement politique » dont le projet serait de « faire triompher la charia sur la loi de la République ». Selon lui, une telle inscription permettrait notamment de geler d’éventuels financements et de faciliter la coopération et l’échange d’informations entre États européens.
À l’issue du vote, le président du groupe LR, Laurent Wauquiez, a salué une résolution destinée, selon ses mots, à sortir « d’un déni ». Il a appelé le gouvernement à relayer cette initiative auprès des instances européennes afin qu’elle débouche sur des suites concrètes. Face à la presse, il a également dénoncé un « travail d’obstruction » mené durant les débats, visant en particulier les députés de La France insoumise.
L’exécutif a, pour sa part, opté pour une position de neutralité prudente. Dans l’hémicycle, le gouvernement a rendu un avis de sagesse, ni favorable ni défavorable. La ministre déléguée chargée de la Francophonie, Éléonore Caroit, a expliqué partager l’objectif de lutter « contre la mouvance des Frères musulmans et son idéologie séparatiste », tout en estimant le texte juridiquement fragile et potentiellement difficile à défendre au niveau européen.
À gauche, l’opposition a été unanime. La députée écologiste Dominique Voynet a dénoncé une « diversion politicienne opportuniste » susceptible, selon elle, d’alimenter la stigmatisation d’une partie de la population sans réduire l’influence réelle des courants visés. Les groupes de gauche ont également mis en garde contre les risques d’amalgames et l’absence de base juridique solide.
Les débats ont été émaillés de propos polémiques. Le député RN Laurent Jacobelli a provoqué de vives réactions en liant l’opposition des députés LFI au texte à des accusations visant les droits des homosexuels, suscitant des demandes de sanctions dans les rangs de la gauche. La question sera examinée lors d’une réunion du bureau de l’Assemblée le 18 février, a indiqué Sébastien Chenu, qui présidait alors la séance.
D’autres échanges particulièrement tendus ont opposé des élus du Rassemblement national et de La France insoumise, illustrant la polarisation extrême autour de ce sujet. En toile de fond, la question de la place et de l’influence des Frères musulmans continue de diviser profondément la classe politique française, entre approche sécuritaire et crainte de stigmatisation.
Fondé en 1928 en Égypte, le mouvement panislamiste sunnite des Frères musulmans a connu une influence significative dans le monde arabe avant de subir un net recul ces dernières années sous la pression de plusieurs États de la région. En Europe, son rôle et son implantation demeurent au cœur de débats politiques et sécuritaires de plus en plus vifs.
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