L’Assemblée nationale a rejeté, ce vendredi 23 janvier, les deux motions de censure déposées par La France insoumise et le Rassemblement national après l’activation de l’article 49.3 sur le budget 2026. En engageant la responsabilité de son gouvernement, Sébastien Lecornu a franchi une étape politique, au terme de débats marqués par une forte polarisation. Le gouvernement sort fragilisé mais toujours en place.
La séquence parlementaire aura été tendue jusqu’au bout. Vendredi matin, l’Assemblée nationale a rejeté successivement les deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, à la suite de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote la partie « recettes » du budget de l’État pour 2026. La motion défendue par La France insoumise a recueilli 269 voix, soit dix-neuf de moins que la majorité absolue requise, tandis que celle du Rassemblement national n’a réuni que 142 suffrages favorables.
En engageant mardi la responsabilité de son gouvernement, le Premier ministre a justifié son choix par une impasse parlementaire devenue, selon lui, insurmontable. « Quand le débat ne permet plus de conclure, quelqu’un doit assumer », a-t-il martelé à la tribune, défendant un budget qu’il qualifie de « texte de compromis » élaboré sous de fortes contraintes économiques et politiques. Il a également assuré que le recours au 49.3 ne devait plus être un « réflexe », mais rester une réponse exceptionnelle à l’impossibilité de trancher.
Prenant la parole pour défendre la motion de censure de LFI, Éric Coquerel a accusé l’exécutif d’« escroquerie budgétaire », fustigeant un projet qu’il juge austéritaire et socialement injuste. Il a notamment critiqué la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune et l’insuffisance, selon lui, des contributions demandées aux plus hauts patrimoines, estimant que « tout dans ce budget est escroquerie ».
Du côté de l’extrême droite, Marine Le Pen a défendu elle-même la motion de censure de son groupe, dénonçant une « trahison » et un « abus de Constitution ». Elle a qualifié le projet budgétaire de « Tchernobyl budgétaire », accusant le gouvernement de masquer l’ampleur de la dette et de creuser dangereusement les déficits publics. « Tous ceux qui ne voteront pas la censure porteront la responsabilité politique de ce texte », avait-elle lancé depuis l’hémicycle.
Entre ces deux blocs, les groupes socialiste, Les Républicains et Horizons ont refusé de s’associer aux motions de censure, malgré des désaccords parfois profonds sur le fond du budget. Plusieurs élus ont invoqué la nécessité de doter le pays d’un budget, préférant un texte jugé imparfait à une crise institutionnelle prolongée.
Le scrutin serré sur la motion de LFI a été interprété par certains comme un signal politique. Éric Coquerel a salué un vote révélateur d’un malaise croissant au sein de l’Assemblée, soulignant que la majorité absolue n’avait été manquée que de quelques voix. Le député Généation.s Benjamin Lucas s’est félicité que « »5 collègues socialistes ont voté cette motion de censure », espérant « qu’ils arriveront à en convaincre d’autres […] pour que nous puissions avoir une majorité pour faire tomber ce gouvernement et empêcher à ce mauvais budget de s’appliquer »
De son côté, le RN n’est pas parvenu à élargir son socle au-delà de ses rangs habituels. À la sortie du vote, le député RN Jean-Philippe Tanguy a déclaré que « M. Lecornu ne protège que lui et M. Macron et tous les députés qui sont suffisamment lâches pour refuser d’aller aux urnes ».
À l’issue de ces votes, la séance a été suspendue, mais la séquence budgétaire est loin d’être close. Dans la foulée, Sébastien Lecronu a de nouveau engager la responsabilité du gouvernement sur la partie « dépenses » et sur l’ensemble du projet de loi de finances pour 2026, ouvrant la voie à de nouvelles motions de censure, dont l’adoption paraît toutefois peu probable à ce stade.
Cette journée parlementaire confirme l’extrême fragilité de l’équilibre politique actuel. Si Sébastien Lecornu reste en fonction, le recours au 49.3, la proximité du seuil de censure et la virulence des oppositions illustrent un climat institutionnel sous tension, dans lequel chaque vote devient un test de survie pour l’exécutif.
Sources :
BFM TV – Direct Budget 2026 et motions de censure – 22 janvier 2026 – lien