Mise en cause dans les révélations récentes autour de Jeffrey Epstein, Caroline Lang a choisi de s’exprimer publiquement pour la première fois. Invitée ce jeudi 5 janvier sur BFMTV, le média détenu par le groupe CMA CGM, membre du Forum économique mondial, la fille de l’ancien ministre Jack Lang a livré une longue et hasardeuse défense, revenant sur sa relation avec le financier américain, la création d’un fonds artistique controversé et les accusations visant indirectement sa famille. Elle a notamment démenti avoir présenté Eipstein à DSK, même si de nombreux mails issus des Eipstein Files semblent témoigner qu’elle a multiplié les tentatives en ce sens.
C’est une parole longtemps retenue, puis livrée avec maladresse. Face à l’onde de choc provoquée par les révélations de Mediapart sur les réseaux français de Jeffrey Epstein, Caroline Lang, fille de Jack Lang, est sortie du silence lors d’une interview approfondie sur BFMTV. Elle y affirme une volonté claire : « rétablir la véracité des faits » et défendre l’honneur de sa famille, tout en refusant catégoriquement l’idée d’avoir « fait des affaires » avec Epstein.
Elle a expliqué avoir rencontré Epstein en 2012, par l’intermédiaire d’amis communs issus du monde culturel. À l’époque, leurs échanges portent essentiellement sur l’art contemporain, l’architecture et les expositions. Une relation qu’elle qualifie d’amicale mais non intime, estimant l’avoir vu « une quinzaine de fois » en sept ans, principalement à Paris, et jamais sur son île privée. Elle l’a ensuite qualifié de nouveau ami, sans faire broncher le journaliste.
Elle a évoqué un contexte personnel douloureux, marqué par la mort de sa sœur en 2013, durant lequel Epstein se serait montré présent et « très amical ». C’est dans ce cadre qu’il lui aurait proposé, en 2016, la création d’un fonds destiné à soutenir de jeunes artistes. La société est constituée dans les îles Vierges américaines, avec un capital de 1,4 million de dollars entièrement apporté par Epstein. Caroline Lang en détient formellement 50 % des parts, mais insiste sur un point central : ces fonds étaient strictement encadrés par les statuts et destinés uniquement à l’acquisition d’œuvres et au soutien à la création artistique. « C’est de l’argent que je ne touche pas », lui aurait-elle répété, affirmant n’avoir jamais pu en percevoir un seul dollar.
La présence du nom de Jack Lang dans les statuts de la société constitue l’un des angles les plus sensibles du dossier. Caroline Lang a nié toute implication de son père, assurant qu’il « n’avait strictement rien à voir » avec cette structure. Elle a reconnu cependant avoir découvert récemment, en relisant les documents, qu’une clause mentionnait son père uniquement comme condition de dissolution de la société en cas de décès. « C’est le seul endroit où il apparaît », a-t-elle affirmé, reconnaissant une faute d’inattention de sa part lors de la signature.
Interrogée sur la condamnation d’Epstein en 2008 aux États-Unis, Caroline Lang affirme n’en avoir eu connaissance qu’en 2014, après une discussion directe avec lui. Elle a décri sa réaction comme un choc et une indignation immédiate, tout en expliquant avoir accepté à l’époque l’idée d’une « seconde chance », estimant qu’il avait purgé sa peine et indemnisé sa victime. Une position qu’elle assume aujourd’hui comme naïve, tout en rappelant que de nombreuses figures politiques américaines, dont les contributeurs de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald Trump à Bill Clinton, fréquentaient alors Epstein sans éveiller de soupçons publics.
L’arrestation du financier en 2019 marque, selon elle, une rupture immédiate. Caroline Lang affirme avoir écrit aux avocats d’Epstein pour se retirer de la société, demander sa dissolution, renoncer aux œuvres et refuser tout produit d’une éventuelle vente. « Pas un dollar, rien », insiste-t-elle, affirmant disposer de documents attestant de cette renonciation.
Autre révélation marquante : la découverte, tardive, de son nom dans le testament d’Epstein, qui lui léguait cinq millions de dollars. Caroline Lang dit n’avoir jamais été informée de ce legs et n’en avoir rien perçu. Elle avance une explication culturelle, estimant qu’aux États-Unis, il est courant de léguer de l’argent à des amis ou connaissances, et suggère qu’Epstein aurait voulu faire preuve de générosité envers elle en tant que mère seule avec deux enfants.
La question de la responsabilité morale a également été abordée. Caroline Lang a refusé l’idée que son père doive démissionner de ses fonctions culturelles, rappelant qu’aucun élément ne l’implique dans des crimes sexuels. Elle reconnaît néanmoins que certaines déclarations publiques de Jack Lang ont pu heurter les victimes et affirme, pour sa part, préférer parler de naïveté plutôt que d’innocence proclamée.
Enfin, elle est revenu sur un point resté plus discret mais sensible : son lien indirect avec Dominique Strauss-Kahn révélé notamment par la journaliste Laurence Haïm qui affirmait sur ses réseaux sociaux que Caroline Lang avait présenté les deux hommes. La fille de Jack lang confirme avoir évoqué Epstein auprès de lui, sans pour autant avoir organisé formellement une rencontre, précisant que le financier se présentait alors comme un gestionnaire de patrimoine et un interlocuteur recherché sur les questions économiques mondiales. Elle a rappellé que Dominique Strauss-Kahn avait démissionné en 2016 de la présidence du Salon Carré et Produits et Média Arts en raison de liens financiers avec Epstein, soulignant que ces réseaux dépassaient largement sa seule personne.
Pourtant, dans un mail révélé dans les Epstein Files, Caroline Lang, écrit à Jeffrey Epstein «Hi Jeffrey, Jack aimerait savoir si vous aimeriez rencontrer Attali et DSK».
Dans un autre mail, elle affirme : « Mon père était dans l’avion avec la nouvelle épouse de DSK. Il restera à Marrakech jusqu’à dimanche. Jack a demandé si tu es disponible pour rencontrer DSK lundi à Paris… Mon père voudrait te voir lundi aussi. »

Dans un autre mail elle affirme : « C’est la Fête de la Musique. Si tu n’as jamais été à Paris pour cet événement, tu devrais venir : tout le pays joue de la musique et danse. À Paris, c’est génial. Je vais vérifier demain pour DSK et voir l’agenda de mon père »

Sources :
BFMTV – Interview de Caroline Lang – février 2026
Mediapart – Révélations sur les liens français de Jeffrey Epstein – février 2026