De passage à Lyon le 27 janvier dernier pour une conférence-débat au Bistrot Broc à la Croix-Rouse consacrée à la fabrique de l’opinion, Caroline Contsant, cheffe de la rubrique médias de L’humanité,a dressé un constat sévère de l’état du paysage médiatique français. Au coeur des échanges : l’hyperconcentrqation des médias aux mains de quelques milliardaires. Nous avons pu nous entretenir avec elle à la fin de cette conférence-débat sur la concentration des médias, mais aussi sur la censure des réseaux sociaux.
La journaliste a mis en lumière un phénomène désormais bien documenté : une grande partie des médias français appartient à des milliardaires dont l’activité principale se situe loin du journalisme.
Nous avons souligné que Le Figaro est détenu par le groupe industriel Dassault Aviation, elle nous a rétorqué que Canal+ est contrôlé par Vincent Bolloré, tandis que Bernard Arnault possède Le Parisien, Les Échos et Challenges.
Selon Constant, ces propriétaires peuvent investir dans les médias précisément parce qu’ils disposent d’autres industries beaucoup plus lucratives. Le journalisme n’est pas leur priorité stratégique, mais un levier d’influence. Cette situation fragilise, selon elle, le pluralisme et limite l’accès des citoyens à une information indépendante, indispensable pour exercer un jugement éclairé.
Algorithmes et invisibilisation de l’information
Au-delà de la propriété des médias, nous avons questionné la cheffe de rubrique médias de L’Humanité sur la censure algorithmique exercée par les plateformes numériques. Selon elle, les rédactions sont contraintes de s’adapter en permanence aux règles mouvantes de Meta, de Google ou d’autres géants du numérique, sans jamais en maîtriser les ressorts.
Un même article peut être soudainement propulsé par les algorithmes, puis disparaître presque totalement des fils d’actualité, sans explication, nous a expliqué la journaliste. Cette instabilité crée une dépendance structurelle des médias aux plateformes, qui deviennent des intermédiaires incontournables de la diffusion de l’information.
Réseaux sociaux et couverture des mouvements sociaux
Nous lui avons parlé de l’expérience que nous avons vécu au sein du média Veridik ayant couvert intensivement certains mouvements sociaux, comme celui des Gilets jaunes et qui avait observé par la suite une chute brutale de leur visibilité en ligne. Constant, nous a expliqué qu’à cette période, des plateformes comme Facebook et Instagram avaient effectué des changements majeurs d’algorithme.
Pour la journaliste de l’Humanité, il ne s’agit pas d’une simple impression mais d’un phénomène récurrent : des mots-clés deviennent sensibles, des sujets sont moins mis en avant, voire supprimés. La question palestinienne est citée comme exemple récent de contenus régulièrement affectés.
Régulation, DSA et accusations de censure
Les échanges ont également évoqué le cadre réglementaire européen, notamment le Digital Services Act mis en place durant la présidence française de l’Union européenne. Certaines ONG, comme Civilization Works accusent l’État français d’avoir contribué à un système de censure transnational, sous couvert de lutte contre la haine en ligne ou la désinformation.
Sans reprendre ces accusations à son compte, la journaliste souligne que la réalité de la modération algorithmique est visible au quotidien. Des contenus entiers disparaissent, parfois sans justification claire, posant la question de qui définit la vérité et selon quels critères.
Liberté d’expression et pouvoir des plateformes
La journaliste s’est emportée sur une réflexion plus large concernant le pouvoir politique et idéologique des grandes plateformes. Les dirigeants de X, Amazon ou Meta ne sont pas des acteurs neutres du débat public, a-t-elle souligne. Leur proximité affichée avec des responsables politiques, notamment lors de l’investiture de Donald Trump, interroge sur leur conception de la démocratie, selon elle.
Nous avons évoqué la question d’Elon Musk et avons tenté de lui faire part de notre point de vue sur Elon Musk qui malgré sa mauvaise presse en France présente selon nous la particularité de tenter de lutter pour la liberté d’expression et propose un autre modèle : « your a the média » qui est selon nous plus démocratique que celui des autres plateformes de réseaux sociaux qui subissent la régulation de l’Union européenne ou des campagnes #Verified et #NonàlaHaine des Nations unies qui sous prétexte de lutter contre la désinformation et les messages haineux sont accusés par les défenseurs des libertés de porter atteinte à la liberté d’expression.
Comme souvent à l’évocation du nom d’Elon Musk, nous nous sommes heurté à un mur, alors que cela nous semble une question cruciale, comme en témoigne la perquisition le 3 février dernier, soit quelques jours après l’interview du siège social de X, que le milliardaire a qualifié de geste « politique ».