Réunis à New Delhi pour le quatrième sommet mondial sur l’intelligence artificielle, dirigeants politiques et patrons de la tech en grande majorité proches du Forum économique mondial ont vanter cette technologie tout en multipliant les appels à encadrer une technologie jugée stratégique.
À New Delhi, l’intelligence artificielle n’est plus seulement un enjeu d’innovation : elle est devenue une question de souveraineté, de puissance économique et de gouvernance mondiale. Le sommet AI Impact, organisé en Inde, réunit chefs d’État, responsables internationaux et figures majeures de la Silicon Valley pour tenter d’esquisser un cadre commun face à une technologie qui évolue à un rythme vertigineux.
Le premier minsitre indien et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Narendra Modi a ouvert les débats en affirmant que « L’intelligence artificielle compte parmi les plus grandes transformations de l’histoire de l’humanité ! ». « L’intelligence artificielle portera le potentiel de l’humanité à de nouveaux sommets ».
« Engageons-nous à développer l’IA comme un bien commun mondial », a-t-il ajouté. Insistant sur l’héritage philosophique de l’Inde, « terre du Bouddha », Modi a déclaré que son pays « ne se contente pas de participer à la révolution de l’IA, elle la pilote et la façonne ».
Le ministre indien des Technologies de l’information et contributeur du FEM, Ashwini Vaishnaw a annoncé que l’Inde espérait attirer 200 milliards de dollars d’investissements technologiques d’ici deux ans, dont 90 milliards déjà engagés pour la construction de centres de données par des Gafams proches du FEM, comme Google, Microsoft. Avec plus d’un milliard d’internautes, l’Inde ambitionne de consolider sa place parmi les grandes puissances numériques. Elle serait désormais la quatrième économie mondiale et le troisième pays le plus compétitif en matière d’IA selon le classement annuel de l’université Stanford, membre du FEM, derrière les États-Unis et la Chine.
Modi a plaidé pour une feuille de route commune fondée sur la confiance et les valeurs humaines. Selon lui, l’IA doit être « accessible et inclusive ».
Le premier ministre indien a également souligné la nécessité d’une compréhension éthique pour orienter l’action technologique, dénonçant « les deepfakes et les contenus falsifiés par l’IA » qui « déstabilisent les sociétés ouvertes ». « Le marquage numérique et des normes claires concernant la source sont de plus en plus nécessaires », a-t-il estimé, soulignant également l’importance de la vigilance « quant à la protection des enfants ».
L’essor de systèmes capables d’imiter l’humain nourrit également des craintes sur l’emploi, notamment dans un pays où des millions de personnes travaillent dans les centres d’appels et les services informatiques externalisés. Le chercheur et contributeur de l’agenda 2030 du FEM, Stuart Russell a rappelé que l’application « naturelle » de ces systèmes pourrait être de « remplacer les humains ».
Côté entreprises, l’appel à l’encadrement est également présent. Le PDG d’OpenAI et contributeur du FEM, Sam Altman, a jugé « urgent » de mettre en place « régulation ou protections comme pour n’importe quelle autre technologie d’une telle puissance ». Tout en plaidant pour la démocratisation de l’IA, qu’il considère comme la meilleure garantie de l’épanouissement humain, il a averti qu’une centralisation excessive pourrait conduire à des déséquilibres dangereux.
Même tonalité du côté des Nations unies. Le secrétaire général et contributeur du FEM, António Guterres, a affirmé que « l’IA doit appartenir à tout le monde » et ne peut être laissée « aux caprices de quelques milliardaires ». L’appel à une gouvernance multilatérale traduit l’inquiétude croissante face à la concentration des capacités technologiques entre les mains d’un nombre restreint d’acteurs privés et étatiques.
Le président français et contributeur du FEM, Emmanuel Macron a défendu pour sa part une voie européenne conciliant innovation et sécurité. Face aux critiques dénonçant un excès de régulation, il a rappelé que l’Europe demeure « un espace sûr » mais aussi un espace d’investissement, déterminé à « définir les règles du jeu » avec ses alliés, dont l’Inde. Il a également insisté sur la nécessité de protéger les citoyens contre les dérives, notamment les deepfakes et les violences numériques, dans un contexte où l’IA devient un champ de compétition stratégique majeur.
La participation du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial,Bill Gates, initialement prévue, mais pris dans la tourmente des Epstein Files a finalement été annulée. Sa fondation a indiqué que cette décision avait été prise après « réflexion attentive » afin que l’attention reste concentrée sur les priorités du sommet.
Les discussions ne se sont pas limités aux déclarations. Les annonces se sont succèdés. OpenAI et Tata Consultancy Services, géants américains et indiens membres du FEM ont confirmé la création d’un centre de données en Inde. Le conglomérat indien, Reliance, membre du FEM prévoit d’investir 110 milliards de dollars sur sept ans dans l’IA et l’informatique avancée. Nvidia, détenu par les fonds de pensions proches du FEM, Vanguard Group, BlackRock, Fidelity et State Street a noué un partenariat avec L&T, entreprise membre du WEF pour développer ce qui est présenté comme « la plus grande usine d’IA d’Inde ». Google, de son côté, prévoit de nouveaux câbles sous-marins reliant le pays.
Parmi les invité, on retrouvait également les contributeurs du FEM, Kyriakos Mitsotakis, premier ministre de la Grèce,Guy Parmelin, président de la confédération helvétique, Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil ou Sundar Pichai CEO de Google pour ne citer qu’eux.
Entre ambition économique, exigences éthiques et rivalités géopolitiques, le sommet de New Delhi illustre une réalité désormais incontestable : l’intelligence artificielle structure déjà le nouvel ordre mondial. Si les contributeurs de l’agenda 2030 du FEM sont unanimes sur ses capacités, ils sont également tous d’accord pour la réguler.