L’enquête sur la mort de Quentin Deranque, militant nationaliste décédé après une violente agression à Lyon, a connu un tournant judiciaire majeur. Deux suspects ont été mis en examen pour« homicide volontaire », tandis que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, est poursuivi pour« complicité par instigation ». Quatre autres suspects devaient encore être présentés aux juges d’instruction dans la soirée en vue de leur mise en examen.
L’affaire a pris une dimension à la fois judiciaire et politique. Quentin Deranque, jeune militant nationaliste, est mort samedi à Lyon, deux jours après avoir été violemment frappé lors d’affrontements opposant militants d’ultradroite et d’ultragauche en marge d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences-Po Lyon. Depuis, l’enquête s’accélère et les mises en examen se multiplient.
Le parquet de Lyon a annoncé la mise en examen de deux premiers suspects pour « homicide volontaire ». Un troisième homme, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député Raphaël Arnault dont le contrat avait été rompue après les évènements, a été mis en examen pour « complicité par instigation ». Selon le procureur de la République, Thierry Dran, une information judiciaire criminelle a été ouverte et confiée à trois juges d’instruction.
Au total, onze personnes ont été interpellées mardi et mercredi dans la région lyonnaise, mais également en Haute-Loire, dans la Drôme et dans l’Aisne. Parmi elles figurent huit hommes, dont deux assistants parlementaires et un stagiaire du député insoumis, ainsi que trois femmes. Les suspects, âgés de 20 à 26 ans, sont étudiants, employés du secteur privé, sans emploi pour l’un d’eux, et assistant parlementaire pour un autre. Trois déclarent être proches ou membres de la mouvance d’ultragauche.
Des gardes à vue sous tension
Les gardes à vue, qui se sont achevées jeudi et vendredi, ont permis d’établir que certains mis en cause reconnaissent leur présence sur les lieux de l’agression. Plusieurs admettent avoir porté des coups à Quentin Deranque ou à d’autres victimes, tout en contestant toute intention homicide. Deux suspects ont refusé de s’exprimer. Le parquet requiert la mise en examen pour « homicide volontaire » à l’encontre de sept personnes présentées à un juge, ainsi que leur placement en détention provisoire, invoquant notamment un risque de trouble à l’ordre public.
Quatre autres individus, soupçonnés d’avoir aidé certains protagonistes à se soustraire aux investigations, ont été remis en liberté. L’enquête se poursuit, le procureur précisant qu’« il reste plusieurs personnes à identifier », l’identification des participants aux affrontements s’étant révélée complexe.
Deux des mis en cause présentent des antécédents judiciaires. L’un a déjà été condamné pour violences et usage de stupéfiants, l’autre pour des faits de vol. Un suspect est par ailleurs soumis à un contrôle judiciaire pour des violences aggravées en raison de la race, de l’ethnie ou de la religion.
Une affaire aux répercussions politiques
Sur le plan politique, le dossier a rapidement dépassé le cadre judiciaire. La France insoumise réfute toute responsabilité dans le drame, mais se retrouve sous le feu des critiques de ses opposants, qui l’accusent d’entretenir un climat de confrontation dans le débat public. LFI s’était rapproché de la Jeune Garde, un collectif antifasciste après avoir été victime de violence dans ses permanences, se plaignant du manque de protection des autorités.
La conférence de presse du procureur Thierry Dran, organisée en fin d’après-midi au tribunal judiciaire de Lyon, a confirmé la gravité des qualifications retenues. Le doyen des juges d’instruction devait faire un point sur le dossier en soirée, tandis que les interrogatoires de première comparution se poursuivaient.
La famille de Quentin Deranque, par la voix de son avocat, Me Fabien Rajon, a indiqué « prendre acte » des réquisitions du parquet mais souhaiter une requalification des faits en « meurtre en bande organisée ». Les parents du jeune homme ont par ailleurs annoncé qu’ils ne participeraient pas à la marche organisée en hommage à leur fils, considérant qu’elle ne relève pas de leur initiative. D’autres personnes engagées contre les violences, comme la mère de Théo, jeune homme victime d’agressions pourraient s’exprimer si l’évènement est autorisé. De nombreux élus, dont le maire de Lyon, Grégory Doucet, s’opposent à sa tenue pour raison de sécurité.
Dans ce climat tendu, un Isérois interpellé dans le cadre de l’enquête a vu son identité et son lieu de travail diffusés sur les réseaux sociaux, parfois accompagnés de menaces de mort. Les gendarmes ont dû mettre en place un dispositif de surveillance autour de l’entreprise où il est employé afin de prévenir toute dégradation.
Sources :
Le Dauphiné Libéré – live
Le Progrès – Live « Mort de Quentin : Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, mis en examen » – https://www.leprogres.fr
BFMTV – Intervention de Me Fabien Rajon – https://www.bfmtv.com