Une enquête conjointe de plusieurs médias allemands révèle l’identité de sept individus soupçonnés d’avoir saboté les gazoducs Nord Stream en septembre 2022. Parmi eux, plusieurs Ukrainiens aux liens présumés avec les services spéciaux. Des révélations qui fragilisent les relations entre Berlin et Kiev.
Deux ans après les explosions sous-marines qui ont gravement endommagé les gazoducs Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l’Allemagne, l’enquête judiciaire franchit un cap décisif. Selon les révélations de la Süddeutsche Zeitung, de Die Zeit et de la chaîne ARD, sept membres présumés du commando de sabotage ont été identifiés. Tous sont désormais visés par des mandats d’arrêt, et certains entre eux auraient des liens directs avec les services ukrainiens.
Parmi les suspects figure Serhiy K., un Ukrainien de 49 ans arrêté récemment à Rimini, en Italie. Lors de sa comparution devant le tribunal de Bologne, il aurait levé trois doigts, en référence au trizoub, le trident emblématique de l’Ukraine. Il est soupçonné d’avoir coordonné l’opération, menée à bord de l’Andromeda, un voilier parti du port allemand de Rostock en direction des eaux proches de l’île danoise de Bornholm.
Le commando se composait, selon les enquêteurs allemands, d’un skipper, de quatre plongeurs professionnels, d’un expert en explosifs et d’un logisticien. Parmi eux, la plongeuse Valeria T., connue pour ses capacités à évoluer à plus de 100 mètres de profondeur, et Vsevolod K., un ancien stagiaire militaire en Allemagne, décédé depuis sur le front ukrainien. Certains membres du groupe étaient en possession de faux passeports roumains mais aussi de vrais passeports ukrainiens avec des identités fictives, laissant penser à une implication étatique.
Pour Berlin, ces éléments posent une question délicate : quelle est l’ampleur de l’implication des autorités ukrainiennes ? Et dans quelle mesure cette opération a-t-elle été supervisée ou tolérée par l’appareil militaire ou les services de renseignement de Kiev ? Selon Die Zeit, cette enquête met en lumière des connexions entre les saboteurs et les structures officielles ukrainiennes. L’un des suspects aurait même échappé à une arrestation en Pologne grâce à un véhicule diplomatique.
La chancellerie allemande se montre extrêmement prudente. Officiellement, il s’agirait d’un « immense acte de vandalisme », sans qu’aucune conclusion n’ait encore été tirée sur l’identité des commanditaires. Pourtant, selon Tagesschau, l’ARD affirme que les relations tendues entre les services allemands et polonais ont ralenti l’enquête. Varsovie, critique de longue date des gazoducs Nord Stream, aurait fait preuve de réticence à coopérer pleinement.
L’extradition de Serhiy K. vers l’Allemagne n’est pas encore actée. Sa défense a réclamé un interprète ukrainien ou russe, ce qui a reporté son audience initiale. Le tribunal de Bologne ne devrait statuer qu’en septembre. En attendant, l’affaire Nord Stream redevient un point de tension géopolitique majeur au cœur du continent européen.
Sources :
Courrier international – Enquête : Les membres du commando de sabotage de Nord Stream identifiés – 28 août 2025
Süddeutsche Zeitung – Enquête sur Serhiy K. et le sabotage des gazoducs – [août 2025]
Die Zeit – Ukraine, espionnage et Nord Stream : ce que révèle l’enquête – [août 2025]
ARD / Tagesschau – Nord Stream : les suspects, leurs réseaux et les implications géopolitiques – [août 2025]