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Photo : @Kawayashu / Wikimedia Commons

Saadia Mosbah : la militante antiraciste tunisienne condamnée à huit ans de prison

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Figure emblématique de la lutte contre le racisme en Tunisie, Saadia Mosbah a de nouveau vu sa condamnation à huit ans de prison confirmée dans une affaire que plusieurs organisations de défense des droits humains jugent politiquement motivée. Amnesty International, aux côtés d’autres ONG, estime que les accusations portées contre la fondatrice de l’association Mnemty sont infondées et s’inscrivent dans un contexte plus large de répression de la société civile tunisienne. Retour sur une affaire devenue symbolique de l’évolution du climat politique dans le pays.

Le sort judiciaire de Saadia Mosbah continue de susciter l’inquiétude des défenseurs des droits humains à travers le monde. La militante antiraciste tunisienne, connue pour son combat en faveur des Tunisiens noirs et des migrants subsahariens, a été condamnée à huit années de prison dans une affaire que plusieurs organisations internationales considèrent comme une criminalisation de son engagement associatif. Amnesty International demande désormais l’annulation de cette condamnation, estimant qu’elle repose sur des accusations sans fondement liées à ses activités de défense des droits humains.

Le 19 mars 2026, le tribunal de première instance de Tunis a condamné Saadia Mosbah à huit ans d’emprisonnement et à une lourde amende d’environ 122 000 dinars tunisiens. Cinq autres membres ou collaborateurs de l’association Mnemty ont également écopé de peines allant d’un à trois ans de prison. Les poursuites portent notamment sur des accusations de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite liées aux activités de l’organisation.

Pour Amnesty International, ces accusations sont directement liées au travail mené par l’association et ne reposent pas sur des éléments crédibles. L’organisation affirme que Saadia Mosbah et ses collègues ont été poursuivis sur la base de « charges financières infondées » découlant de leur action en faveur des droits humains. Amnesty réclame leur libération et l’annulation des condamnations prononcées à leur encontre.

L’affaire s’inscrit dans une séquence judiciaire qui dure depuis plus de deux ans. Saadia Mosbah a été arrêtée en mai 2024 après une perquisition à son domicile. Placée en détention provisoire, elle est restée emprisonnée pendant près de vingt-deux mois avant le prononcé du jugement. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé une détention prolongée qu’elles considèrent comme arbitraire et contraire aux garanties d’un procès équitable.

Le procès en appel s’est ouvert le 19 mai 2026 avant d’être reporté à plusieurs reprises, notamment au 2 puis au 19 juin. À l’approche de cette audience, Amnesty International, Front Line Defenders et plusieurs autres ONG ont multiplié les appels en faveur de la militante tunisienne, dénonçant une volonté croissante des autorités de réduire au silence les voix critiques et les organisations indépendantes.

Pour comprendre l’importance de cette affaire, il faut revenir sur le parcours de Saadia Mosbah. Fondatrice de l’association Mnemty (« Mon rêve »), créée en 2013, elle est devenue l’une des principales figures du combat contre les discriminations raciales en Tunisie. Son engagement a contribué à l’adoption, en octobre 2018, d’une loi historique contre le racisme, une première dans le monde arabe. Cette législation a permis de reconnaître juridiquement les discriminations raciales et de sanctionner les discours haineux.

Issue de la communauté noire tunisienne, qui représente une part significative de la population du pays, Saadia Mosbah a consacré une grande partie de sa vie à dénoncer les discriminations héritées de l’histoire de l’esclavage et les préjugés persistants dans la société tunisienne. Son action lui a valu une reconnaissance internationale, notamment aux États-Unis où elle a été récompensée pour son engagement en faveur de l’égalité raciale.

Mais le contexte politique tunisien a profondément changé ces dernières années. Depuis le discours prononcé le 21 février 2023 par le président tunisien Kaïs Saïed sur l’immigration subsaharienne, de nombreuses associations ont dénoncé une montée des discours hostiles aux migrants africains. Les défenseurs des droits humains affirment que les organisations venant en aide aux migrants sont de plus en plus présentées comme des acteurs suspects ou comme des relais d’intérêts étrangers.

Selon Amnesty International, le dossier Mosbah s’inscrit dans une répression plus large visant la société civile tunisienne. L’organisation souligne que plusieurs associations font actuellement face à des procédures administratives ou judiciaires et que des dizaines d’ONG risquent la dissolution. Cette tendance alimente les inquiétudes concernant l’état des libertés publiques dans le pays.

Les défenseurs de Saadia Mosbah dénoncent également les conditions de sa détention. Amnesty indique qu’elle a signalé des actes de racisme et même des agressions physiques en prison. D’autres organisations évoquent des problèmes de santé et un accès insuffisant aux soins médicaux.

Au-delà du cas individuel de la militante, cette affaire est devenue un symbole des tensions qui traversent aujourd’hui la Tunisie. Pour les ONG internationales, la condamnation de Saadia Mosbah illustre les difficultés croissantes rencontrées par les défenseurs des droits humains dans un contexte marqué par le durcissement du pouvoir et la multiplication des poursuites contre les voix critiques. Amnesty International continue ainsi de demander l’abandon des accusations et la libération immédiate de la militante antiraciste tunisienne.

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