L’ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a été condamné le 22 juin 2026 par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation à l’encontre du magistrat Édouard Levrault. Cette décision judiciaire marque un nouvel épisode dans un conflit ancien opposant l’ex-avocat pénaliste à l’ancien juge d’instruction détaché à Monaco. Retour sur une affaire qui trouve son origine plusieurs années avant l’arrivée de Dupond-Moretti au ministère de la Justice.
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, lundi 22 juin 2026, Éric Dupond-Moretti à une amende de 500 euros avec sursis pour diffamation publique envers le magistrat Édouard Levrault. L’ancien ministre de la Justice a également été condamné à verser, solidairement avec son éditeur Michel Lafon, 4 000 euros de dommages et intérêts au magistrat.
Cette décision intervient à l’issue d’un long contentieux opposant deux figures du monde judiciaire français dont les relations se sont progressivement dégradées au fil des années. Pour comprendre les enjeux de cette condamnation, il faut remonter à la période où Éric Dupond-Moretti exerçait encore comme avocat pénaliste, bien avant son entrée au gouvernement en juillet 2020.
Une affaire née dans les couloirs de la justice monégasque
Le différend trouve son origine dans une enquête menée à Monaco par le juge d’instruction Édouard Levrault. À l’époque, celui-ci instruit plusieurs dossiers sensibles liés à des soupçons de corruption au sein de la principauté. Dans l’un de ces dossiers figure un commissaire de police monégasque défendu par Éric Dupond-Moretti.
Après son départ de Monaco, Édouard Levrault participe en 2020 à un documentaire diffusé sur France 3 consacré à plusieurs affaires ayant secoué le Rocher. Lors de cette émission, le magistrat revient sur certains dossiers qui ont marqué son passage dans la principauté. Ces déclarations provoquent alors la colère d’Éric Dupond-Moretti, qui estime que le juge a violé le secret de l’instruction. L’avocat multiplie alors les critiques publiques à l’encontre du magistrat. Selon la justice, certaines de ces accusations ont dépassé le cadre de la liberté d’expression et relèvent de la diffamation.
L’affaire jugée en 2026 concernait principalement des passages du livre « J’ai dit oui ! », publié après le départ de l’ancien ministre du gouvernement. Dans cet ouvrage, Éric Dupond-Moretti accusait explicitement Édouard Levrault d’avoir enfreint le secret de l’instruction dans l’affaire monégasque. Or, plusieurs instances avaient précédemment examiné cette accusation sans la retenir. L’Inspection générale de la justice avait estimé que le magistrat n’avait commis aucune violation du secret professionnel ou du secret de l’instruction. De son côté, le Conseil supérieur de la magistrature avait considéré qu’Édouard Levrault n’avait pas dépassé les limites de sa liberté d’expression.
Pour le tribunal correctionnel de Paris, les accusations formulées par l’ancien garde des Sceaux ne reposaient donc pas sur une base suffisamment établie pour justifier de telles affirmations publiques. Les juges ont considéré que les propos constituaient bien une diffamation envers un magistrat exerçant une fonction publique.
Un procès très suivi en avril 2026
Le procès s’était tenu le 16 avril 2026 devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Édouard Levrault avait alors dénoncé ce qu’il considérait comme une campagne de dénigrement menée contre lui depuis plusieurs années. Son avocat, François Saint-Pierre, avait évoqué à l’audience un « acharnement » de l’ancien ministre à l’encontre de son client.
Le magistrat réclamait initialement 30 000 euros de dommages et intérêts. Le tribunal lui a finalement accordé une somme nettement inférieure, fixée à 4 000 euros. La juridiction a toutefois annulé, pour des raisons procédurales, une autre partie de la plainte visant des propos similaires tenus par Éric Dupond-Moretti dans son spectacle sur scène. L’ancien ministre a également été relaxé concernant certains passages d’un autre ouvrage publié récemment.
Une nouvelle déconvenue judiciaire pour l’ancien garde des Sceaux
Cette condamnation intervient dans un contexte particulier pour l’ancien ministre. Lorsque Éric Dupond-Moretti occupait la place Vendôme, il avait lui-même été mis en cause pour avoir lancé des procédures administratives visant plusieurs magistrats avec lesquels il avait été en conflit lorsqu’il exerçait comme avocat, dont Édouard Levrault. Cette situation avait conduit à son renvoi devant la Cour de justice de la République pour prise illégale d’intérêts.
À l’issue de ce procès très médiatisé, la Cour de justice de la République l’avait toutefois relaxé en novembre 2023, estimant que l’élément intentionnel de l’infraction n’était pas caractérisé. La décision rendue le 22 juin 2026 constitue donc la première condamnation pénale prononcée contre l’ancien ministre dans ce long feuilleton judiciaire. Éric Dupond-Moretti dispose d’un délai de dix jours pour faire appel du jugement.
Au-delà de la sanction financière relativement modeste, cette affaire illustre la profondeur du conflit qui a opposé durant plusieurs années l’ancien ténor du barreau à une partie de la magistrature française. Un affrontement devenu emblématique des tensions qui ont marqué son passage au ministère de la Justice et qui continue aujourd’hui de produire ses effets devant les tribunaux.
Sources :
[HuffPost] – 22 juin 2026 – Éric Dupond-Moretti condamné pour avoir diffamé un magistrat – HuffPost France
[Le Parisien] – 16 avril 2026 – Au procès pour diffamation d’Éric Dupond-Moretti, l’avocat du juge d’instruction dénonce un « acharnement pathologique » – Le Parisien
[Public Sénat] – 29 novembre 2023 – Éric Dupond-Moretti relaxé par la Cour de justice de la République – Public Sénat
[Le Monde] – 16 janvier 2025 – Magistrats mis en cause par Éric Dupond-Moretti : l’État condamné pour faute – Le Monde
