L’ouverture d’une enquête contre Zhang Youxia, plus haut gradé de l’armée chinoise, marque un tournant inédit dans les purges menées par Pékin. À un an du congrès du Parti communiste chinois et du centenaire de l’Armée populaire de libération, cette mise à l’écart soulève de lourdes interrogations sur la modernisation militaire et la centralisation du pouvoir autour de Xi Jinping.
La décision a surpris jusque dans les cercles les plus avertis. Le 24 janvier, les autorités chinoises ont annoncé l’ouverture d’une enquête pour « graves violations de la discipline et de la loi » visant Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale et figure historique de l’Armée populaire de libération. Dans le même mouvement, Liu Zhenli, autre membre clé de l’état-major, a été évincé. Le communiqué officiel, laconique, n’a livré aucun détail supplémentaire, mais la presse internationale y voit un signal politique d’une rare intensité.
Le South China Morning Post évoque une décision « soudaine » traduisant la volonté du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Xi Jinping d’imposer une discipline absolue avant deux échéances majeures : le 21ᵉ congrès du Parti communiste chinois et le centenaire de l’armée, prévus l’an prochain. L’affaire frappe d’autant plus les esprits que Zhang Youxia apparaissait jusqu’ici comme l’un des officiers les plus protégés du régime.
Âgé de 75 ans, le général n’était pas seulement un proche du président chinois. Comme le rappelle The Economist, leurs familles sont liées par l’histoire révolutionnaire, leurs pères ayant combattu côte à côte durant la guerre civile. Zhang Youxia fait également partie des rares hauts gradés à disposer d’une expérience directe du combat, acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979. Autant d’éléments qui semblaient le mettre à l’abri des purges successives ayant frappé l’état-major depuis 2024.
Sa chute marque pourtant une nouvelle étape dans le resserrement du pouvoir militaire. La mise à l’écart simultanée de plusieurs responsables de premier plan réduit considérablement le poids collectif de la Commission militaire centrale et renforce la concentration des décisions entre les mains de Xi Jinping. Selon The Economist, une telle centralisation n’avait plus été observée depuis l’époque de Mao Zedong.
Les soupçons qui pèsent sur Zhang Youxia sont lourds. D’après des informations du The Wall Street Journal, l’enquête porterait notamment sur la divulgation d’informations confidentielles aux États-Unis concernant le programme nucléaire chinois, la perception de pots-de-vin et la constitution de réseaux d’influence au sein du Parti. Des accusations explosives, qui illustrent, selon plusieurs analystes, les difficultés persistantes de Pékin à éradiquer la corruption au sein de son appareil militaire.
Au-delà des individus, l’affaire pose la question de la modernisation réelle de l’Armée populaire de libération. Malgré des investissements colossaux et des vagues de sanctions internes, la corruption continue d’entraver l’objectif affiché par Xi Jinping : transformer l’APL en une force pleinement opérationnelle, capable notamment de mener une opération d’envergure contre Taïwan. La sévérité de cette purge traduirait ainsi une forme de frustration du pouvoir face à des résultats jugés insuffisants.
À Pékin, l’issue de l’enquête ne fait guère de doute. Un éditorial cinglant du Jiefangjun Bao, publié le lendemain de l’annonce officielle, présente déjà la sanction de Zhang Youxia et de Liu Zhenli comme une étape décisive dans la « bataille globale et prolongée contre la corruption ». Le texte insiste sur la nécessité de faire de ces deux responsables des contre-exemples, afin de « purifier » l’environnement politique et idéologique de l’armée.
Dans cette logique, le détail précis des accusations importe moins que la portée symbolique de l’affaire. En frappant un général aussi emblématique, le pouvoir chinois envoie un message sans ambiguïté à l’ensemble de la hiérarchie militaire : nul, pas même les plus proches du sommet, n’est à l’abri de la discipline du Parti.
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