Face à une résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda, l’Organisation mondiale de la santé a déclenché une urgence de santé publique internationale. Lors de la présentation d’un rapport ce matin, lors de la 79e Assemblée mondiale de la santé, le directeur général de l’OMS a également dressé un vaste bilan des actions menées contre les pandémies, les maladies chroniques, le tabac ou encore les crises humanitaires. Entre tensions géopolitiques, pénuries de soignants et nouvelles menaces sanitaires, l’institution affirme tenter de maintenir une coordination mondiale sous pression.
L’Organisation mondiale de la santé a placé la lutte contre Ebola au centre de ses préoccupations lors de la 79e Assemblée mondiale de la santé. Dans un discours dense et marqué par l’urgence, le directeur général de l’OMS a annoncé avoir déclenché une urgence de santé publique de portée internationale concernant l’épidémie qui touche actuellement la République démocratique du Congo et l’Ouganda, des contributeurs de l’agenda 2030, Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni. Une décision rare, prise avant même la réunion officielle du comité d’urgence, conformément au règlement sanitaire international.
Selon les chiffres présentés, 30 cas confirmés ont été recensés dans l’est de la RDC, notamment dans des zones particulièrement instables de la province de l’Ituri. Deux cas ont également été détectés à Kampala, la capitale ougandaise, dont un décès lié à des voyageurs provenant du Congo. Un citoyen américain contaminé a été transféré en Allemagne. Plus de 500 cas suspects font actuellement l’objet d’investigations sanitaires. L’OMS, membre du FEM redoute surtout une propagation accélérée dans des zones urbaines densément peuplées et dans des régions affectées par les déplacements massifs de population liés aux conflits armés.
L’organisation insiste sur la gravité de cette flambée épidémique : le virus en circulation appartient à une souche d’Ebola pour laquelle aucun vaccin ni traitement homologué n’existe actuellement. Dans ce contexte, les autorités sanitaires misent essentiellement sur le traçage des contacts, la surveillance épidémiologique et les campagnes de sensibilisation communautaire. L’Ouganda a notamment décidé de reporter d’importants rassemblements religieux susceptibles de réunir plusieurs millions de personnes.
Au-delà de l’épidémie d’Ebola, l’OMS a également évoqué une autre crise sanitaire liée au hantavirus détecté sur un navire de croisière. Onze cas et trois décès ont été recensés parmi les passagers et membres d’équipage. Les autorités sanitaires internationales surveillent étroitement les voyageurs rapatriés dans plusieurs pays européens.
Le discours a ensuite pris une dimension beaucoup plus large, dressant le bilan sanitaire mondial de l’année écoulée. L’OMS revendique des avancées majeures dans la lutte contre le tabagisme. Après la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni a engagé des mesures visant à interdire progressivement la vente de tabac aux générations les plus jeunes. Plusieurs pays, dont la Zambie, ont renforcé leurs législations antitabac, tandis que l’organisation s’inquiète de la progression rapide des cigarettes électroniques et des sachets de nicotine.
L’institution internationale pousse également les États à augmenter fortement les taxes sur les produits jugés nocifs pour la santé, notamment le tabac, l’alcool et les boissons sucrées. L’initiative baptisée « 3×35 » appelle à une hausse de 50 % des prix réels de ces produits d’ici 2035. Plusieurs pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont déjà commencé à appliquer ces recommandations.
L’OMS a aussi mis en avant des progrès dans la lutte contre les maladies transmissibles. Plusieurs pays ont officiellement éliminé certaines pathologies comme la trachome, la lèpre ou encore la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Les Maldives deviennent ainsi le premier État à obtenir une « triple élimination » concernant le VIH, l’hépatite B et la syphilis congénitale.
Dans le domaine du VIH, l’organisation mise désormais beaucoup sur le lénacapavir, un traitement injectable administré tous les six mois. Présenté comme l’un des outils les plus prometteurs de l’histoire de la prévention contre le VIH, ce médicament pourrait profondément transformer les stratégies sanitaires mondiales dans les années à venir.
Le directeur général de l’OMS a également insisté sur les défis structurels qui fragilisent les systèmes de santé mondiaux. Selon les estimations de l’organisation, le monde pourrait manquer de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030, notamment en Afrique et dans la région méditerranéenne orientale. L’Académie de l’OMS installée à Lyon joue désormais un rôle central dans la formation des personnels médicaux. Plus de 400 cours gratuits y sont proposés en 23 langues.
L’intelligence artificielle et la santé numérique figurent aussi parmi les nouveaux axes stratégiques de l’organisation. Plus de 120 pays utilisent désormais la plateforme EIOS, un système d’intelligence épidémiologique capable d’identifier rapidement les signaux de nouvelles menaces sanitaires grâce à l’analyse automatisée de données.
Dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, l’OMS continue également d’intervenir dans plusieurs zones de guerre. Gaza, le Soudan et l’Ukraine figurent parmi les territoires où l’organisation coordonne des évacuations médicales, des campagnes de vaccination et l’acheminement de matériel sanitaire d’urgence. En 2025, plus de 1 300 attaques contre des infrastructures de santé ont été recensées dans 19 pays et territoires.
L’organisation a enfin alerté sur ses propres difficultés financières. Son directeur général estime que le financement actuel reste « imprévisible et insuffisamment diversifié », fragilisant la capacité de l’institution à répondre aux crises sanitaires futures. Une inquiétude d’autant plus forte que les conflits, les pandémies et les effets du changement climatique continuent d’accroître les risques sanitaires à l’échelle mondiale.
Sources :
Organisation mondiale de la santé – Discours présenté lors de la 79e Assemblée mondiale de la santé – https://www.who.int/
