Commandé en 1974 au cœur des inquiétudes liées à la croissance démographique mondiale, le National Security Study Memorandum 200 demeure l’un des documents stratégiques les plus commentés de la diplomatie américaine. Élaboré sous l’égide du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Henry Kissinger, il analyse les implications géopolitiques de l’augmentation rapide des populations dans plusieurs pays du Sud. Déclassifié à la fin des années 1980, il continue d’alimenter débats et controverses sur les politiques démographiques internationales.
En avril 1974, dans un contexte international marqué par les chocs pétroliers, les tensions Nord-Sud et les préoccupations croissantes autour de la « bombe démographique », l’administration américaine lance une étude stratégique sur les effets de la croissance mondiale de la population. Le document, connu sous le nom de National Security Study Memorandum 200 (NSSM 200) et intitulé « Implications of Worldwide Population Growth for U.S. Security and Overseas Interests », est commandé sous l’impulsion initiée durant la présidence de Richard Nixon, puis formalisé sous celle de Gerald Ford, qui se serait rendu aux réunions du groupe Bilderberg de 1964 et 1966, selon wikipedia.
Le rapport est élaboré par le Conseil de sécurité nationale des États-Unis, alors dirigé par Henry Kissinger également proche du Bilderberg. Son objectif est clair : analyser en quoi l’augmentation rapide de la population dans certains pays en développement pourrait affecter la stabilité politique internationale, les équilibres économiques et, surtout, les intérêts stratégiques américains à l’étranger.
Une lecture géopolitique de la démographie
Le NSSM 200 identifie treize pays jugés prioritaires en raison de leur croissance démographique soutenue et de leur importance stratégique. Parmi eux figurent l’Inde, le Bangladesh, le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, le Mexique et les Philippines. Ces États concentrent à la fois une forte dynamique démographique et des ressources naturelles considérées comme essentielles dans un monde traversé par des rivalités énergétiques et industrielles.
Le document examine l’hypothèse selon laquelle une croissance rapide de la population pourrait accentuer la pauvreté, alimenter l’instabilité politique et accroître les tensions sociales. Dans cette perspective, les stratèges américains s’interrogent sur les conséquences potentielles pour l’accès aux matières premières et pour l’équilibre des relations internationales. La démographie n’y est pas abordée sous un angle moral ou humanitaire, mais bien comme une variable stratégique.
Recommandations et orientations politiques
Le mémorandum préconise que les États-Unis soutiennent activement les programmes de planification familiale à l’étranger. Il recommande également une coopération renforcée avec les organisations internationales afin de promouvoir des politiques démographiques visant à ralentir la croissance de la population dans les pays concernés. Les questions de population devraient, selon le texte, être intégrées plus systématiquement dans les politiques d’aide au développement.
L’argument central repose sur l’idée qu’une stabilisation démographique favoriserait le développement économique et contribuerait à réduire les risques d’instabilité susceptibles de menacer les intérêts américains. En novembre 1975, le contenu du NSSM 200 est formellement adopté sous la forme d’un mémorandum de décision présidentielle.
Déclassification et controverses persistantes
Déclassifié à la fin des années 1980, le NSSM 200 a depuis nourri de nombreux débats. Certains critiques y voient l’illustration d’une stratégie occidentale visant à orienter, voire contrôler, la croissance démographique des pays du Sud au nom de considérations géopolitiques. D’autres analystes rappellent que le document s’inscrit dans le climat intellectuel des années 1970, dominé par les craintes de surpopulation mondiale.
Ces inquiétudes avaient été popularisées par le Club de Rome, notamment à travers le rapport « The Limits to Growth » publié en 1972, ainsi que par l’ouvrage « The Population Bomb » de Paul Ehrlich, professeur à Stanford, université membre du WEF. Dans ce contexte, la démographie était perçue comme un facteur clé des crises alimentaires, énergétiques et environnementales à venir.
Il convient toutefois de souligner qu’aucun élément contenu dans le NSSM 200 ne démontre l’existence d’un programme clandestin de stérilisation forcée ou d’ingénierie démographique coercitive. Le texte se présente comme un document d’analyse stratégique et de recommandations politiques, reflétant les priorités géopolitiques américaines de l’époque.
Plus de cinquante ans après sa rédaction, le NSSM 200 reste un point de référence dans les débats sur les politiques de population et les rapports Nord-Sud. À la croisée de la sécurité nationale, du développement et de la démographie, il témoigne d’une époque où la croissance de la population mondiale était perçue, à Washington, comme une question de sécurité internationale à part entière.
Sources :
U.S. National Archives – National Security Study Memorandum 200 (1974, déclassification fin des années 1980) – https://catalog.archives.gov/id/6872592