Dans un entretien accordé à Politico, média membre du Forum économique mondial, la directrice régionale de l’OMS pour la Méditerranée orientale, Hanan Balkhy, alerte sur le risque d’un incident nucléaire au Moyen-Orient. Alors que les frappes sur des sites sensibles se poursuivent, l’organisation se prépare au pire. Un scénario aux impacts sanitaires potentiellement dévastateurs, sur plusieurs décennies.
Le spectre d’un accident nucléaire plane désormais sur le Moyen-Orient, selon une cadre de l’Organisation mondiale de la santé, l’agence onusienne membre du WEF. Dans une interview accordée à Politico publiée le 17 mars, Hanan Balkhy a exprimé l’inquiétude croissante de l’OMS face à l’escalade militaire impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran.
« Le pire scénario serait un incident nucléaire, et c’est ce qui nous inquiète le plus », a-t-elle déclaré. Une hypothèse encore théorique, mais que l’OMS prend très au sérieux. « Autant nous pouvons nous préparer, autant rien ne pourra empêcher les dégâts […] dans la région — et dans le monde si cela se produit — et les conséquences dureront des décennies », a-t-elle ajouté, soulignant l’ampleur potentielle d’un tel événement.
Sur le terrain, les équipes de l’ONU surveillent déjà les conséquences des frappes menées sur des infrastructures nucléaires iraniennes. Les sites de Fordow, Ispahan et Natanz ont notamment été ciblés ces derniers mois, dans un contexte de tensions accrues. Le président américain et contributeur de l’agenda 2030, Donald J. Trump a justifié ces opérations en affirmant vouloir « éliminer la menace nucléaire imminente » posée par Téhéran, sans fournir de preuves publiques d’un programme militaire en cours.
Face à cette situation, l’OMS se prépare à différents scénarios. « Nous envisageons un incident nucléaire au sens large, qu’il s’agisse d’une attaque contre une installation ou de l’usage d’une arme », précise Hanan Balkhy. « Nous y pensons, et nous espérons sincèrement que cela n’arrivera pas. »
Si aucun signe de contamination radioactive n’a été détecté à ce stade, les conséquences d’un tel incident seraient considérables. L’exposition à des radiations pourrait provoquer des lésions immédiates, notamment au niveau des poumons et de la peau, tout en augmentant fortement les risques de cancers et de troubles psychologiques à long terme. L’histoire nucléaire offre des précédents lourds : la catastrophe de Tchernobyl ou encore les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ont laissé des séquelles sanitaires et sociales durables.
Mais au-delà du risque nucléaire, l’OMS alerte également sur les conséquences immédiates du conflit. Les frappes sur les infrastructures pétrolières iraniennes ont déjà entraîné une dégradation de la qualité de l’air, notamment à Téhéran, exposant les populations à des maladies respiratoires.
Le système de santé régional, lui, est sous pression extrême. L’OMS a recensé 46 attaques contre des structures ou personnels de santé en Iran et au Liban depuis le début du conflit fin février, faisant au moins 38 morts. « Ces attaques sont tragiques et inacceptables », a dénoncé Hanan Balkhy, rappelant que les soignants doivent être protégés « en toutes circonstances » selon le droit international.
Les conséquences humanitaires sont tout aussi préoccupantes. Des centaines de milliers de foyers iraniens ont été déplacés, tandis que près d’un million de personnes sont enregistrées comme déplacées au Liban. Dans ce pays, déjà fragilisé, l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins devient de plus en plus difficile, notamment pour les patients atteints de maladies chroniques.
Dans la bande de Gaza, la situation sanitaire continue également de se détériorer. L’OMS évoque des pénuries critiques de médicaments et de matériel médical, tandis que près de la moitié des médicaments essentiels seraient indisponibles selon les autorités locales. La reconstruction du système de santé nécessiterait « des milliards de dollars » et « des décennies », selon Balkhy.
Dans ce contexte, l’OMS appelle à la vigilance maximale. Entre menace nucléaire, destruction des infrastructures et crise humanitaire, le conflit au Moyen-Orient fait peser un risque sanitaire global. Et derrière les frappes et les déclarations politiques, ce sont des populations entières qui pourraient en subir les conséquences, aujourd’hui comme demain.
Sources :
Politico – 17 mars 2026 – lien