Bien avant d’être ministre de la Culture, Catherine Pégard s’était retrouvée au cœur d’une controverse politico-maçonnique autour de Jacques Chirac. En 2001, les journalistes Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre affirmaient dans Les Frères invisibles que de « hauts grades » soutenaient l’idée d’une initiation de l’ancien président à la Grande Loge Alpina, une obédience suisse réputée très fermée. Cette thèse avait alors été rapidement contestée, notamment via Le Point, où Catherine Pégard tenait ses célèbres « Carnets ».
Le nouvel angle est plus politique que mondain, et sans doute plus révélateur. Car derrière le nom de Catherine Pégard n’apparaît pas seulement aujourd’hui la ministre embarrassée par une photographie prise à Versailles en 2013. Il y a aussi la journaliste d’influence qu’elle fut durant des années au Point, à une époque où certaines informations sensibles touchant Jacques Chirac faisaient l’objet de démentis rapides, parfois très visibles, dans le débat public.
L’épisode remonte à 2001, année de publication de Les Frères invisibles, enquête signée par Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, parue chez Albin Michel. Le livre, consacré à l’influence des réseaux maçonniques dans la vie publique française, avançait à propos de Jacques Chirac que « des maçons de haut grade affirment qu’il a été initié à la Grande Loge Alpina, une obédience suisse très élitiste ». L’ouvrage a connu un fort retentissement médiatique à sa sortie, au point d’alimenter durablement les commentaires sur les liens supposés entre pouvoir politique et franc-maçonnerie.
C’est là qu’intervient Catherine Pégard. Dans l’extrait de Noir Chirac publié en 2002 par François-Xavier Verschave, économiste et essayiste français né à Lyon qui a contribué à populariser le concept de « Françafrique » soulignait que cette information a été « aussitôt démentie » par « la “une” des Carnets de Catherine Pégard dans Le Point ». Verschave s’étonnait que le démenti ne soit pas venu par un communiqué officiel de l’Élysée, mais par la médiation d’une plume politique alors identifiée comme proche du pouvoir chiraquien. En tout cas, Le Point appartenait déjà à François Pinault, proche de Jacques Chirac. Cette précision est importante, car elle éclaire moins la question, jamais établie publiquement, d’une éventuelle initiation de Jacques Chirac que la manière dont certaines rumeurs ou enquêtes étaient gérées dans l’écosystème médiatico-politique de l’époque.
Le sujet reste d’autant plus sensible qu’aucune certitude publique n’est venue, depuis, trancher cette affirmation. Dans le même passage, Verschave souligne lui-même qu’il ne dispose pas d’une « certitude absolue », l’appartenance maçonnique relevant par principe du secret.
Des sources postérieures rappellent que la GLSA ne trouve aucune trace d’une appartenance de Jacques Chirac et mentionnent même un possible quasi-homonyme, « Jacques Chibrac », pour expliquer la rumeur.
Cette reflexion de Verschave était partagé dans un extrait de Noir Chir intitulé « CIA et initiés : le Temple et ses Loges », dans lequel l’auteur y avançait une idée centrale : une partie des réseaux de pouvoir français, notamment dans les secteurs de la défense, de l’énergie, de la finance, des médias et des relations franco-africaines, aurait été irriguée par des sociabilités maçonniques, en particulier autour de la Grande Loge nationale française, la GLNF.
Le texte ne produit donc pas de preuve définitive, mais il documente une controverse, une bataille de récits, et un rapport de force entre enquête journalistique, démenti médiatique et silence institutionnel. D’autant plus qu’avant de devenir ministre de la Culture, Catherine Pégard s’est rendue à la réunion du groupe Bilderberg de 2015 selon la base de donnée d’Aleksander M . Zielinski, professeur à l’universitaire de Fribourg, listant les participants aux réunions de ce groupe informel.
Sources :
[Survie / Billets d’Afrique] – 29 août 2002 – « CIA et initiés : le Temple et ses Loges »
[E.Leclerc e-librairie] – fiche ouvrage – Les Frères invisibles, Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre
[Le Point] – 26 février 2026 – Portrait de Catherine Pégard