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Procès Lafarge. Photo : Capture d'écran de France 24

Lafarge : condamnation historique pour financement du terrorisme en Syrie

Le 13 avril 2026, la justice française a rendu un verdict inédit en condamnant le groupe Lafarge pour financement du terrorisme. L’entreprise et plusieurs de ses anciens dirigeants, dont Bruno Lafont, ont été reconnus coupables pour des faits remontant à la guerre en Syrie entre 2013 et 2014. Une décision qui marque un tournant dans la responsabilité pénale des multinationales.

Le 13 avril 2026, après plusieurs années d’enquête et de procédure, le tribunal correctionnel de Paris a rendu un jugement majeur dans l’affaire Lafarge. Le groupe a été reconnu coupable de financement du terrorisme pour des faits remontant à la période 2013-2014, au plus fort de la guerre en Syrie.

Dans son jugement, la juridiction a estimé que l’entreprise avait mis en place un « système organisé, opaque et illégal » afin de poursuivre l’exploitation de son usine de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, malgré l’emprise croissante de groupes armés jihadistes dans la région. Selon les éléments du dossier, Lafarge aurait versé plusieurs millions d’euros à différents intermédiaires et factions armées pour garantir la circulation de ses marchandises et la sécurité de ses installations.

La sanction financière prononcée atteint le maximum prévu par la loi pour ce type d’infraction, soit 1,125 million d’euros. À cela s’ajoute une amende douanière de4,57 millions d’euros pour violation des sanctions internationales. Une double condamnation qui reflète, selon les magistrats, « la gravité exceptionnelle des faits et leur caractère systémique ». Le jugement vise également huit anciens cadres dirigeants du groupe. Parmi eux, Bruno Lafont, PDG de Lafarge entre 2007 et 2015, a été condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate. Christian Herrault, ancien directeur des opérations, a écopé d’une peine similaire. D’autres responsables ont été condamnés à des peines allant de 18 mois à sept ans de prison.

À l’audience, le parquet avait dénoncé une stratégie d’entreprise assumée, estimant que « la poursuite de l’activité a été privilégiée au mépris des règles les plus élémentaires du droit international ». Une analyse reprise dans les attendus du jugement, qui soulignent que l’entreprise a continué à opérer « en connaissance de cause » dans un environnement dominé par des organisations terroristes.

Cette décision constitue une première en France. Comme le souligne La Croix dans son édition du 13 avril 2026, il s’agit d’une « condamnation inédite d’un grand groupe pour financement du terrorisme », marquant une évolution importante dans la reconnaissance de la responsabilité pénale des multinationales.

Pour les ONG engagées dans le dossier, dont Sherpa, cette décision est un tournant. L’association rappelle que « cette affaire démontre qu’aucune entreprise ne peut s’exonérer de ses responsabilités lorsqu’elle opère en zone de conflit ». Elle insiste également sur le fait que la procédure a permis de documenter en détail les mécanismes financiers ayant permis ces versements.

L’affaire ne s’arrête toutefois pas à ce jugement. Le 13 avril 2026, les avocats de Bruno Lafont et de plusieurs autres condamnés ont annoncé leur intention de faire appel. Cette nouvelle phase judiciaire pourrait durer plusieurs années et donner lieu à un réexamen complet des faits et des responsabilités.

Par ailleurs, un autre volet reste en suspens, celui de la complicité de crimes contre l’humanité. Cette qualification, examinée dans une procédure distincte, pourrait encore alourdir les conséquences judiciaires pour les anciens dirigeants du groupe. Au-delà du cadre judiciaire, l’impact de cette affaire est considérable. Elle intervient dans un contexte où les activités des multinationales en zones instables sont de plus en plus scrutées. Comme le rappelle Le Monde, le procès Lafarge pose une question centrale : jusqu’où une entreprise peut-elle aller pour maintenir son activité en territoire de guerre sans franchir les limites du droit ?

Sources :
Le Figaro, Lafarge : l’entreprise reconnue coupable de financement de terrorisme en Syrie, l’ex-PDG Bruno Lafont condamné à six ans de prison, 13 avril 2026 : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-cimentier-lafarge-reconnu-coupable-de-financement-de-terrorisme-en-syrie-20260413
Le Monde, Au procès Lafarge, la justice condamne un « système organisé, opaque et illégal » de financement du terrorisme, 13 avril 2026 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/13/au-proces-lafarge-la-justice-condamne-un-systeme-organise-opaque-et-illegal-de-financement-du-terrorisme_6679757_3224.html
La Croix, Financement du terrorisme : l’ex-PDG de Lafarge condamné à 6 ans de prison et incarcéré, 13 avril 2026 : https://www.la-croix.com/jugement-pour-lafarge-accuse-de-financement-du-terrorisme-en-syrie-20260413
Sherpa, Affaire Lafarge Syrie : https://www.asso-sherpa.org/affaire-lafarge-syrie
Euronews, Financement du terrorisme en Syrie : Lafarge à la barre lors d’un procès historique, 4 novembre 2025 : https://fr.euronews.com/business/2025/11/04/financement-du-terrorisme-en-syrie-lafarge-a-la-barre-lors-dun-proces-historique

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