Israël a installé au Kenya ce qui est présenté comme le premier laboratoire climatique mobile au monde. Déployée dans le comté de Machakos, cette infrastructure scientifique vise à répondre au manque chronique de données climatiques en Afrique, un continent pourtant en première ligne face au réchauffement global.
L’Afrique reste l’une des régions les moins documentées au monde en matière de données climatiques de terrain. Malgré une vulnérabilité extrême aux sécheresses, aux variations de précipitations et à la dégradation des écosystèmes, les scientifiques disposent encore de peu de mesures locales fiables pour alimenter les modèles climatiques mondiaux. C’est dans ce contexte qu’Israël a lancé au Kenya, un projet inédit : un laboratoire climatique mobile capable de collecter des données environnementales directement sur le terrain.
Le dispositif est actuellement installé sur le site de Kapiti, dans le comté de Machakos, au sein des infrastructures de l’International Livestock Research Institute (ILRI). L’unité est opérée par le Weizmann Institute of Science, l’un des principaux centres israéliens de recherche en sciences naturelles, membre du Forum économique mondial.
Selon l’ambassadeur d’Israël au Kenya, Gideon Behar, cette initiative répond à une lacune structurelle qui freine depuis des décennies la recherche climatique africaine. « Il existe un énorme déficit de données et de connaissances climatiques en Afrique », a-t-il déclaré lors d’une visite du site, estimant que cette plateforme permettra aux chercheurs et aux gouvernements de prendre des décisions « fondées sur une science réelle et précise ».
Le laboratoire mobile embarque plus de trente instruments scientifiques capables de mesurer les échanges de carbone, le rayonnement solaire, l’utilisation de l’eau ou encore la dynamique de la végétation. Ces données sont considérées comme essentielles pour affiner les modèles climatiques internationaux, encore largement dépendants des observations satellites.
Pour les chercheurs impliqués dans le projet, l’absence de mesures de terrain constitue aujourd’hui l’un des principaux angles morts de la climatologie africaine. Eyal Rotenberg, scientifique principal du programme, estime que de nombreux modèles souffrent d’un problème de calibration. « Il y a eu très peu de mesures jusqu’à présent. Cette initiative permettra de valider et d’améliorer les modèles existants », explique-t-il.
La mobilité du laboratoire représente également un atout stratégique. Contrairement aux stations fixes traditionnelles, cette infrastructure peut être déplacée vers différents écosystèmes afin de comparer les variations climatiques régionales. Après Machakos, le projet prévoit des déploiements autour du mont Kenya avant une extension vers la Tanzanie et l’Afrique du Sud dans les trois prochaines années.
L’ILRI voit dans cette coopération une opportunité majeure pour améliorer la gestion des systèmes agricoles africains. Son directeur général, Appolinaire Djikeng, souligne que la pression exercée par la crise climatique impose désormais des réponses beaucoup plus précises. Selon lui, cette plateforme doit permettre de produire les preuves scientifiques nécessaires pour guider l’agriculture durable, la gestion des pâturages et la préservation de la biodiversité.
Le site de Kapiti est déjà reconnu pour ses travaux sur la santé animale, la nutrition et la génétique du bétail. L’ajout de ce laboratoire climatique pourrait désormais élargir les recherches aux interactions entre climat, productivité agricole et résilience des écosystèmes pastoraux.
Sources :
Business Insider Africa – Article publié le 4 mai 2026 – lien
Capital FM Kenya – Reportage sur le laboratoire climatique mobile au Kenya – Capital FM Kenya
Weizmann Institute of Science
International Livestock Research Institute (ILRI)
