Annulations de vols commerciaux vers le Moyen-Orient, déploiement naval massif dans le Golfe Persique, menaces directes de Téhéran contre les bases américaines et leurs alliés. En quelques heures, les signaux d’une possible intervention militaire américaine en Iran se sont intensifiés, ravivant le spectre d’une escalade régionale majeure. /e général Dominique Trinquant, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, analyse dans les colonnes de Marianne, les intentions de Washington, la crédibilité des menaces iraniennes et les scénarios d’un affrontement désormais difficile à exclure.
La présence militaire américaine dans le Golfe Persique n’a rien de symbolique. La flotte déployée comprend notamment le porte-avions USS Abraham Lincoln, plusieurs destroyers équipés de missiles de croisière Tomahawk, ainsi que des sous-marins et des bases avancées, notamment au Qatar.
Selon Dominique Trinquant, cette concentration de moyens constitue une force colossale, capable de frapper durement le régime iranien. « On ne concentre pas des forces de cette ampleur sans envisager leur utilisation », souligne-t-il, rappelant que la dissuasion peut rapidement basculer en attaque si elle échoue.
Protéger les alliés avant de frapper
L’un des éléments clés de la situation actuelle réside dans la protection des alliés régionaux des États-Unis, condition préalable à toute action militaire. Lors des précédentes tensions, des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou Israël avaient alerté Washington sur leur vulnérabilité face à une riposte iranienne.
Aujourd’hui, selon l’ancien général, le mouvement en cours vise précisément à sécuriser ces partenaires afin de rendre une opération contre l’Iran militairement possible. Un signal clair adressé aux dirigeants iraniens : les États-Unis se disent désormais prêts à intervenir.
Le rôle central du renseignement israélien
Toute action militaire d’envergure repose sur un renseignement précis. Sur ce point, Dominique Trinquant insiste sur le rôle du Mossad, qu’il décrit comme profondément infiltré au sein du régime iranien.
Ce renseignement serait déterminant pour toute stratégie de « décapitation » du pouvoir, ciblant les centres de commandement et les figures clés du régime des mollahs. Sans informations fiables sur les positions exactes des dirigeants et des infrastructures sensibles, aucune frappe majeure ne serait envisagée.
L’Iran peut-il réellement riposter ?
Téhéran affirme avoir « le doigt sur la gâchette » et se dit « plus préparé que jamais ». Selon Dominique Trinquant, l’Iran dispose bien de capacités de riposte, notamment via ses missiles balistiques, dont une partie des stocks aurait été reconstituée.
En revanche, la défense antiaérienne iranienne aurait été considérablement affaiblie ces dernières années. L’efficacité réelle d’une riposte dépendrait donc largement du dispositif de défense mis en place par les États-Unis et leurs alliés dans la région.
Quelles cibles pour une escalade régionale ?
En cas de confrontation ouverte, les bases américaines ne seraient pas les seules visées. Les sites pétroliers en Arabie saoudite, les installations militaires au Qatar et des cibles en Israël pourraient également être frappés. Une telle riposte transformerait rapidement un affrontement bilatéral en crise régionale majeure.
Trump, entre pression maximale et ouverture diplomatique
Malgré cette montée en tension, Donald Trump affirme rester ouvert à des négociations. L’objectif affiché serait d’obtenir de l’Iran l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium et l’abandon de toute ambition nucléaire militaire.
Pour Dominique Trinquant, cette stratégie repose sur une pression maximale destinée à contraindre Téhéran à négocier. Mais il prévient : si une opération militaire est lancée, elle devra être « bien ciblée » et menée jusqu’au bout pour éviter un enlisement ou une instrumentalisation interne par le régime iranien.
Un basculement désormais crédible
L’accumulation de signaux militaires, la rhétorique iranienne et les mouvements navals américains rendent désormais l’hypothèse d’une intervention crédible, selon Trinquant, même si son calendrier reste incertain. Une action coordonnée entre l’armée américaine et les services israéliens n’est plus exclue, d’après celui qui est un intervenant et un administrateur associé à l’Institut Aspen France.