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Harry A. Williamson (debout, à l'extrême droite) et cinq autres membres de la loge carthaginoise n° 47 (Prince Hall). Photo : DR

Franc-maçonnerie Prince Hall : l’histoire d’une fraternité afro-américaine née dans l’Amérique ségrégationniste

Fondée à la fin du XVIIIᵉ siècle par Prince Hall, la franc-maçonnerie Prince Hall constitue la plus ancienne organisation maçonnique afro-américaine au monde. Née dans un contexte de ségrégation et de contradictions constitutionnelles, elle s’est imposée comme un espace de réflexion, de solidarité et d’engagement civique pour des générations d’Afro-Américains. Retour sur une institution longtemps marginalisée, devenue un pilier discret de l’histoire sociale américaine.

La franc-maçonnerie Prince Hall est aujourd’hui la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique à prédominance afro-américaine. Elle a été fondée officiellement le 29 septembre 1784 par Prince Hall, figure reconnue de la communauté noire de Boston, militant des droits civiques et abolitionniste. La franc-maçonnerie Prince Hall revendique environ 300 000 membres répartis au sein de 4 500 loges à travers le monde. Deux branches principales coexistent : les grandes loges indépendantes d’État, pour la plupart reconnues par les juridictions régulières rattachées à la Grande Loge unie d’Angleterre, et celles placées sous l’autorité de la National Grand Lodge.

Le rôle des esclaves durant la guerre d’indépendance

Pour comprendre son émergence, il faut revenir à l’Amérique de la fin du XVIIIᵉ siècle, traversée par l’aspiration à l’indépendance et par la contradiction fondamentale de l’esclavage. Environ 5 000 Afro-Américains combattent aux côtés des insurgés durant la guerre d’indépendance. Beaucoup espèrent que leur engagement militaire conduira à l’abolition de l’esclavage. Mais le compromis constitutionnel adopté en 1787, notamment l’article I, section 9, reporte toute interdiction de l’importation d’esclaves à 1808, entérinant de fait la poursuite du système esclavagiste. Les textes fondateurs, Déclaration d’indépendance de 1776 et Constitution, laissent ainsi place à une ambiguïté durable.

L’émergence d’une loge afro-américaine

La franc-maçonnerie, introduite dans les colonies par des migrants britanniques, s’implante d’abord à Philadelphie et Boston. Des figures majeures de la jeune nation en sont membres, parmi lesquelles Benjamin Franklin et George Washington. L’appartenance maçonnique est alors perçue comme un signe de respectabilité et d’adhésion à des valeurs humanistes et philanthropiques. Pourtant, comme la société américaine, les loges demeurent profondément divisées sur la question de l’esclavage.

C’est dans ce climat de ferveur révolutionnaire et d’exclusion raciale que Prince Hall, figure reconnue de la communauté noire de Boston, tente avec quatorze Afro-Américains libres d’intégrer la loge Saint John de Boston. Leur demande est rejetée. Ils sont finalement initiés le 6 mars 1775 par une loge militaire britannique, la British Army Lodge n° 441. Quelques mois plus tard, le 3 juillet 1775, naît l’African Lodge n° 1, première loge maçonnique afro-américaine. L’acte fondateur est posé.

Au départ, les membres pouvaient se réunir, participer à certaines cérémonies et enterrer leurs morts selon les rites maçonniques, mais ils n’avaient pas le droit d’initier de nouveaux membres ni d’exercer des fonctions dirigeantes. Après leur exclusion par la Grande Loge du Massachusetts, ils reçurent en 1784 une patente de la Première Grande Loge d’Angleterre, effective en 1787, sous le nom d’African Lodge n°459. Cette loge devint ensuite la référence pour d’autres groupes de francs-maçons noirs aux États-Unis, en fondant des loges à Philadelphie, Providence et New York. En 1791, ces loges se fédérèrent à Boston pour former l’African Grand Lodge of North America, avec Prince Hall élu grand maître jusqu’à sa mort en 1807.

Après la mort de Prince Hall en 1807, le mouvement prend son nom et s’organise progressivement en une structure autonome. La franc-maçonnerie Prince Hall devient bien plus qu’un cadre initiatique. Elle se transforme en espace de parole et d’élaboration politique pour les Afro-Américains libres, soucieux de construire une communauté forte capable d’interpeller les autorités. Elle accueille en son sein des figures marquantes du début du XIXᵉ siècle comme Richard Allen, Absalom Jones, James Forten ou encore Theodore S. Wright.

Les rapports entre la loge Prince Hall, la Grande loge britannique et les loges blanches américaines

Cependant, la reconnaissance institutionnelle demeure longtemps hors de portée. Les grandes loges blanches nord-américaines refusent d’admettre la régularité des loges Prince Hall, dans un contexte marqué par des mentalités ségrégationnistes. Jusqu’à l’abolition officielle de l’esclavage par le treizième amendement, ratifié le 6 décembre 1865, la majorité des loges Prince Hall se situent dans les États du Nord. Après la guerre de Sécession, elles se développent dans le Sud durant la période de Reconstruction, sous l’impulsion de maçons afro-américains du Nord venus participer à la recomposition politique et sociale des anciens États confédérés.

En 1827, la loge se proclama indépendante de la Grande Loge unie d’Angleterre, suivant l’exemple de la Grande Loge du Massachusetts, et affirma aussi son autonomie face aux grandes loges blanches américaines. Après près de deux siècles de débats, la Grande Loge unie d’Angleterre reconnut finalement la Prince Hall Grand Lodge of Massachusetts, ce qui entraîna la reconnaissance progressive de nombreuses grandes loges blanches nord-américaines envers leurs homologues noires. Toutefois, certaines juridictions régulières continuent de ne pas reconnaître les loges Prince Hall dans plusieurs États du Sud, anciens États esclavagistes au moment de la guerre de Sécession. La dernière reconnaissance importante fut celle du Texas en 2006.

Au fil des décennies, la franc-maçonnerie Prince Hall s’impose comme une institution structurante pour les élites afro-américaines. Discrète mais influente, elle contribue à façonner un leadership communautaire engagé dans les combats pour l’égalité civique. Dans une Amérique longtemps traversée par la ségrégation puis par les luttes pour les droits civiques, elle incarne une continuité historique rare : celle d’une fraternité née dans l’exclusion, devenue un pilier de l’affirmation collective afro-américaine. La franc-maçonnerie Prince Hall est même implantée au Canada, dans les Caraïbes et au Libéria.

Les frères de la loge Prince Hall qui ont marqué l’histoire américaine

De nombreux afro-américains célèbres ont été membres de cette loge comme Thurgood Marshall, qui fût le premier afro-américain a devenir juge à la cour suprême, Jesse Jackson; figure majeure du mouvement des droits civiques, Richard Hatcher, premier maire noir d’une grande ville industrielle, Maynard Jackson, premier maire noir d’Atlanta. La franc-maçonnerie Prince Hall a également accueillie des musiciens comme Duke Ellington, des humoristes comme Richard Pryor ou des sportifs comme les champions du monde de boxe, Sugar Ray Robinson et Floyd Patterson, mais aussi des légendes du basket comme Wilt Chamberlain.

Les principales célébrités actuelles de la loge Prince Hall

D’autres basketteurs célèbres ont été initiés à la loge Prince Hall. On peut citer Kareem Abdul-Jabbar, Scottie Pippen ou Shaquille O’Neal. Toujours dans le sport, on retrouve le boxeur, Floyd Mayweather Jr.. Dans la musique, on peut citer les rappeurs Jay-Z et Rick Ross. Dans le monde politique, Andrew Young, ancien ambassadeur des États-Unis à l’ONU et proche de Martin Luther King ou Kweisi Mfume, représentant démocrate du Maryland et ancien président de la NAACP, reconnu pour son action en faveur des droits civiques et de l’égalité des chances.

Sources :

Wikipédia – « Franc-maçonnerie Prince Hall » – consulté en février 2026 – lien

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