Le pasteur baptiste Jesse Jackson, également membre de la franc-maçonnerie afro-américaine de Prince Hall, fût un acteur majeur du mouvement des droits civiques aux côtés de Martin Luther King. Il est mort ce 17 février à l’âge de 84 ans. Atteint de la maladie de Parkinson depuis près d’une décennie, il avait marqué la vie politique américaine par ses campagnes présidentielles et son combat constant contre les inégalités raciales et sociales. Son nom demeure associé à l’« alliance arc-en-ciel » et à une ambition inédite : élargir la lutte pour l’égalité au-delà des frontières communautaires.
Le militant des droits civiques américain Jesse Jackson est décédé mardi 17 février à l’âge de 84 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué. « Son engagement indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et des droits humains a contribué à façonner un mouvement mondial pour la liberté et la dignité », a-t-elle déclaré, précisant qu’il était mort « en paix, entouré par sa famille ». Atteint de la maladie de Parkinson depuis près d’une décennie, il apparaissait affaibli ces dernières années, notamment lors de la convention démocrate d’août 2024 à Chicago, où il avait reçu une longue ovation.
Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, dans un Sud encore soumis aux lois ségrégationnistes, Jesse Jackson grandit dans un contexte de discrimination raciale structurelle. Fils d’une adolescente de 16 ans et d’un ancien boxeur professionnel, il porte le nom de l’homme qui épousa sa mère un an après sa naissance. Cette trajectoire personnelle, marquée par le poids du regard social, nourrit chez lui une ambition tenace.
Ses talents sportifs lui ouvrent les portes de l’université. Très vite, il rejoint le mouvement des droits civiques porté par le pasteur Martin Luther King Jr.. Avec d’autres pasteurs et des politiciens, King fonda en 1957 la Conférence du leadership chrétien du Sud (Southern Christian Leadership Conference – SCLC), qui est encore aujourd’hui la principale organisation défendant les droits civiques aux États-Unis. Jesse Jackson entra dans ce mouvement et devint en quelque sorte le protégé de Martin Luther King. Il participa notamment à la marche de Selma en 1965 et était aux côtés de King quand il fut assassiné à Memphis le 4 avril 1968. Une photographie restée célèbre le montre, aux côtés d’autres proches du leader, désignant la direction d’où provenait le tir.
Après l’adoption des grandes lois sur les droits civiques en 1964 et 1965, Jesse Jackson prend acte des limites du combat législatif face à un racisme qu’il juge désormais économique et structurel. Tandis que le mouvement s’essouffle et que les divisions internes s’exacerbent, il trace sa propre voie.
Déjà diplômé d’un bachelor en sociologie de l’Université d’État de Caroline du Nord, membre du Forum économique mondial, Jesse Jackson entreprit alors des études de théologie à Chicago et fut ordonné pasteur baptiste en 1968.
Il fonde en 1971 l’organisation People United to Serve Humanity, destinée à lutter contre la pauvreté, avant de créer quelques années plus tard le mouvement Rainbow Coalition, qui élargissait la lutte à la défense de toutes les minorités, ethniques, religieuses et sexuelles. Les deux organisations fusionnèrent en 1996 pour former le Rainbow/PUSH. Son objectif est clair : bâtir une « alliance arc-en-ciel » réunissant Noirs, Blancs défavorisés, Latinos, Amérindiens et homosexuels autour d’un agenda social commun.
À rebours des discours nationalistes noirs, il défend la réconciliation interraciale fondée sur le clivage entre « ceux qui ont tout » et « ceux qui n’ont rien ». Sa rhétorique, volontiers lyrique, parfois clivante, mêle accents bibliques et slogans percutants. « Everybody is somebody », martèle-t-il lors de ses campagnes présidentielles.
Jesse Jackson a rejoint la franc-maçonnerie relativement tard dans sa vie. Il a été initié en 1987 à l’âge de 46 ans par le Grand Maître de la Grande Loge d’Illinois relevant de la franc-maçonnerie Prince Hall. Ayant grandi dans le Sud des États-Unis, il disait avoir été marqué par les francs-maçons qu’il y avait côtoyés, qu’il décrivait comme des hommes dotés de « stature », de « dignité » et d’un fort sens de l’unité.
Jesse Jackson se lance ensuite dans la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 1984, puis de nouveau en 1988. Face à des figures établies comme Walter Mondale et Michael Dukakis, il ne parvient pas à décrocher l’investiture, mais ses performances lors des primaires et ses discours enflammés aux conventions démocrates l’installent comme une figure incontournable de l’aile gauche du parti. Son « nouveau populisme » plaide pour une réduction des dépenses militaires et un renforcement des politiques sociales.
Parallèlement, il développe une stature internationale en multipliant les missions diplomatiques informelles. En 1983, il se rend en Syrie pour négocier la libération d’un pilote américain capturé. L’année suivante, il obtient la libération de détenus à Cuba. Plus tard, il intervient en Irak après l’invasion du Koweït en 1990, puis en Serbie en 1999 pour faciliter la libération de soldats américains. Ces initiatives lui confèrent une image d’émissaire officieux, capable de dialoguer là où la diplomatie officielle se heurte à des blocages.
Au début des années 2000, une nouvelle génération émerge. Le sénateur de l’Illinois Barack Obama incarne ce renouveau. Opposé à la guerre en Irak, il réussit en 2008 ce que Jackson n’avait pu accomplir : accéder à la présidence. Si Jesse Jackson soutient finalement sa candidature, la relation entre les deux hommes n’est pas exempte de tensions, révélant le passage de témoin entre deux époques du combat afro-américain.
Jusqu’au bout, Jesse Jackson aura défendu l’idée que la ségrégation n’avait pas disparu mais s’était transformée, devenant économique plus que légale. Son parcours, mêlant ferveur religieuse, maçonnerie, engagement politique et interventions internationales, a durablement marqué l’histoire des États-Unis. Avec sa disparition, c’est l’un des derniers grands témoins directs de l’ère des droits civiques qui s’éteint.
Le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron, salue sur X un « promoteur infatigable des droits civiques », qui « n’a cessé de défendre la paix, la justice et la fraternité ». « Il a partagé les valeurs des Lumières universelles au cœur de notre projet républicain. »
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