Réduire les coûts, accélérer la production et renforcer l’autonomie stratégique face aux États-Unis : le nouveau délégué général pour l’armement a remis à Emmanuel Macron une note structurante pour transformer la DGA. Une feuille de route qui traduit la volonté politique d’installer une véritable « DGA de combat » à l’heure de l’économie de guerre.
Le document a circulé discrètement, mais son contenu est loin d’être anodin. Quelques semaines après sa nomination à la tête de la Direction générale de l’armement, Patrick Pailloux a transmis au président Emmanuel Macron une note stratégique détaillant les priorités qu’il entend fixer à l’institution chargée des plus grands programmes d’armement français. L’objectif est clair : transformer la DGA en un outil plus offensif, capable de répondre aux exigences d’une économie de guerre durable.
Cette feuille de route s’inscrit dans le sillage de la volonté affichée par la ministre des armées Catherine Vautrin de réformer en profondeur la DGA. Le terme de « DGA de combat » n’est pas qu’un slogan. Il traduit une inflexion assumée vers plus de rigueur budgétaire, davantage de pression sur les industriels et une accélération drastique des calendriers de production.
Premier axe mis en avant : la maîtrise des coûts. Patrick Pailloux passé par l’École polytechnique, France Telecom, le ministère de la Défense, comme chef de département dans le domaine des systèmes d’information et de télécommunication, la direction centrale de la sécurité des systèmes d’information (DCSSI) dont il fut le directeur, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) dont il fut le DG et la DGSE dont il fut le directeur de la direction technique (DT), plaide pour une acquisition des équipements « au juste prix », condition indispensable pour soutenir l’effort de défense dans la durée. Il propose la création, en interne, d’une cellule de « cost killing » chargée d’identifier les marges d’économies possibles sur certains programmes d’armement. Une approche déjà évoquée par le passé, mais que le nouveau patron de la DGA souhaite désormais systématiser. Dans cette logique, il révèle avoir mené des négociations particulièrement serrées sur les marges de Naval Group lors de la notification du marché du porte-avions de nouvelle génération, en lien étroit avec l’Agence des participations de l’État.
Deuxième priorité : produire plus vite. Face à l’intensification et à la multiplication des conflits, le délégué général pour l’armement défend une « approche pilotée par les délais ». Concrètement, la DGA s’est dotée de « centres experts référents », installés au plus près des capacités techniques et opérationnelles, afin d’accélérer la production de drones aériens, navals et terrestres, mais aussi d’équipements de lutte anti-drones et de guerre électronique. Cette méthode doit, à terme, être étendue à l’industrie de défense lorsque les projets s’y prêtent.
La note cite déjà un exemple emblématique avec MBDA. L’industriel est sollicité pour développer rapidement un missile air-air destiné à l’armée de l’air et de l’espace, intégrant les enseignements récents de la confrontation aérienne entre l’Inde et le Pakistan. En mai dernier, l’abattage d’un Rafale indien au-dessus du Cachemire a servi d’électrochoc, soulignant la nécessité d’adapter sans délai certains équipements clés.
Au-delà de l’urgence industrielle, Patrick Pailloux fixe un cap politique en matière d’autonomie stratégique. Il dresse un constat sévère sur la coopération européenne en matière d’armement, qu’il juge encore « embryonnaire ». Selon lui, il ne peut y avoir d’Europe de la défense sans une production et des achats véritablement européens, inscrits dans le pilier européen de l’OTAN.
Dans cette perspective, il appelle à multiplier les partenariats industriels intra-européens afin de réduire la dépendance aux équipements américains. La note met en avant un précédent récent : le choix par la France, fin 2025, de l’avion de guet aérien suédois GlobalEye pour remplacer rapidement les AWACS américains. Cet achat, assorti d’un accord industriel de long terme, est présenté comme un modèle à reproduire.
À travers cette feuille de route, le nouveau patron de la DGA affirme une ligne sans ambiguïté : l’armement français doit gagner en efficacité, en rapidité et en souveraineté. Une transformation profonde, qui place la DGA au cœur de la stratégie de défense nationale et européenne voulue par l’exécutif.
Sources :
L’Express – 30 janvier 2026 – lien