Alors que les tensions militaires s’intensifient au Moyen-Orient, une cinquantaine de marins français restent bloqués dans le détroit d’Ormuz. Dans une interview accordée à TF1info, le secrétaire général de la Fédération des Officiers de la Marine Marchande, Emmanuel Chalard, décrit une situation « inédite et extrêmement grave » pour ces civils exposés à une zone de combat.
La crise qui secoue le Moyen-Orient place plusieurs dizaines de marins français dans une situation particulièrement préoccupante. Dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié transportés dans le monde, des navires marchands restent immobilisés en raison de la montée des tensions militaires et des attaques visant le trafic maritime.
Parmi eux, une cinquantaine de navires appartenant à des armateurs français, dont cinq battant pavillon français. À bord, plusieurs dizaines de marins se retrouvent exposés à une zone désormais classée « terrain de guerre » par le secteur maritime.
Dans une interview accordée à TF1info, Emmanuel Chalard, secrétaire général de la Fédération des Officiers de la Marine Marchande, a détaillé les mesures prises et les inquiétudes qui persistent pour les équipages encore présents dans la région.
Une centaine de marins au début du conflit
Au moment où les tensions ont éclaté dans la région, près d’une centaine de marins français se trouvaient à bord de navires évoluant dans le golfe Persique et à proximité du détroit d’Ormuz. Rapidement, une cellule de crise a été mise en place associant les armateurs, les représentants du personnel, les Affaires maritimes et le ministère des Affaires étrangères.
L’une des premières décisions a été de réduire les équipages au strict minimum afin de limiter l’exposition humaine dans la zone.
« On enlève à peu près un tiers de l’effectif pour assurer la survie des fonctions vitales du bateau », explique Emmanuel Chalard.
Grâce à cette mesure, de nombreux marins non essentiels ou présents depuis longtemps à bord ont pu être débarqués et rapatriés lorsque les conditions de transport l’ont permis. Aujourd’hui, il resterait entre cinquante et soixante marins français dans la région, certains volontaires pour rester à bord, d’autres en attente de départ.
Des civils confrontés à une zone de combat
Pour Emmanuel Chalard, la situation actuelle dépasse largement les crises maritimes habituellement rencontrées par les équipages. Les marins avaient déjà été confrontés à des situations difficiles lors de la pandémie de Covid-19 ou encore lors des attaques menées en mer Rouge ces dernières années.
Mais la situation actuelle est d’une autre nature. « Ils sont désormais sur un terrain de guerre », affirme le secrétaire général de la Fédération des Officiers de la Marine Marchande.
Or les marins de commerce ne sont pas des militaires. Ils ne disposent ni de formation spécifique pour gérer un conflit armé, ni des moyens de protection associés à une zone de combat.
Un soutien psychologique activé
Face à cette pression, un dispositif de soutien psychologique a été mis en place pour les équipages. Les marins peuvent échanger avec des professionnels par messagerie afin d’évoquer les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Lorsque des problèmes médicaux apparaissent, ils sont transmis au centre de consultation médicale maritime de l’hôpital Purpan à Toulouse, spécialisé dans le suivi des marins naviguant sous pavillon français.
La situation reste particulièrement anxiogène pour certains équipages. Les navires immobilisés dans les ports pétroliers se trouvent souvent à proximité directe d’infrastructures énergétiques susceptibles d’être visées en cas d’attaque.
« Ceux qui sont à quai sont dans les ports pétroliers, donc pas très loin des raffineries, ce qui représente un risque majeur pour eux », souligne Emmanuel Chalard.
Des navires stratégiques à protéger
La question de l’avenir des navires français dans la zone commence également à se poser. Pour les bâtiments stratégiques battant pavillon français, l’abandon n’est pas envisagé.
Selon Emmanuel Chalard, ces navires représentent un enjeu économique majeur et des centaines d’emplois. Une piste évoquée serait de passer d’une logique commerciale à une logique de protection nationale, en considérant ces bâtiments comme des actifs stratégiques.
La France dispose d’un atout particulier : de nombreux officiers de la marine marchande sont également réservistes de la Marine nationale. Cette double formation pourrait jouer un rôle si la situation devait s’aggraver.
Pour l’heure, ces discussions restent discrètes. Mais le témoignage du secrétaire général de la Fédération des Officiers de la Marine Marchande met en lumière une réalité souvent invisible : celle de marins civils confrontés à un conflit géopolitique majeur, au cœur de l’une des routes maritimes les plus stratégiques de la planète.
Sources :
TF1 Info – « Ils sont désormais sur un terrain de guerre : quel est le sort des marins français coincés dans le détroit d’Ormuz ? » – 13 mars 2026 – https://www.tf1info.fr/international/guerre-moyen-orient-detroit-ormuz-marins-francais-bloques-navires-2311789.html