Créée en 1977, la Delta Force a participé à l’opération qui a permis la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro. Spécialisée dans les interventions secrètes et les opérations antiterroristes, cette unité d’élite américaine est réputée pour son efficacité redoutable. Décryptage d’une force qui agit dans l’ombre depuis près d’un demi-siècle.
Le 3 janvier 2026, le monde apprend avec stupeur que Nicolás Maduro a été capturé et exfiltré du Venezuela par les forces spéciales américaines. S’il s’agit d’une opération inter-armé, derrière cette opération éclair, une unité légendaire mais peu connue du grand public a joué un rôle centrale dans cette opération : la Delta Force, bras armé ultrasecret de l’armée américaine, mobilisé pour les missions les plus sensibles politiquement et militairement.
Officiellement, cette unité ne s’appelle pas « Delta Force ». Son nom réel est 1st Special Forces Operational Detachment‑Delta (Airborne), abrégé 1st SFOD‑D, parfois désigné sous un autre nom administratif : Combat Applications Group (CAG). Le terme « Delta Force » est à l’origine un nom de code interne, devenu avec le temps une appellation d’usage, popularisée par les médias, les fuites et la culture populaire.
Une unité née d’un constat d’échec
La Delta Force est créée le 19 novembre 1977, à Fort Bragg (Caroline du Nord), dans le contexte de l’après‑Viêt Nam et de la montée du terrorisme international. Son fondateur, le colonel Charles “Charlie” Beckwith, vétéran des forces spéciales américaines, avait été profondément marqué par son immersion au sein du Special Air Service (SAS) britannique au début des années 1960. Il plaide pendant des années pour la création d’une unité équivalente aux États‑Unis, capable d’agir rapidement, discrètement et sans lourdeur bureaucratique.
Il faudra attendre la fin de la guerre du Viêt Nam, puis les crises internationales des années 1970, pour que l’état‑major américain reconnaisse le manque d’une force spécialisée dans les actions commando de haute intensité. L’échec initial de la tentative de libération des otages américains en Iran en 1979 (opération Eagle Claw) jouera un rôle décisif dans la consolidation et l’autonomisation de l’unité.
Une force semi‑clandestine intégrée au JSOC
La Delta Force dépend de l’US Army, mais elle est placée sous l’autorité du Joint Special Operations Command (JSOC), le commandement interarmées chargé des unités les plus secrètes des forces américaines. Elle partage ce cercle restreint avec le SEAL Team 6 de la Navy.
Sa particularité est son fonctionnement semi‑clandestin : son existence est reconnue, mais ses effectifs, ses missions précises, son organisation interne et ses moyens restent classifiés. Cette opacité permet à Washington de disposer d’un outil capable d’intervenir là où une action officielle serait politiquement impossible ou juridiquement explosive.
Une organisation pensée pour l’action directe
La Delta Force est organisée en escadrons (A, B, C, puis D), sur le modèle du SAS britannique. Chaque escadron est composé de troupes d’assaut, de reconnaissance et de surveillance, appuyées par une structure de soutien extrêmement développée : renseignement, logistique, électronique, médical, faux papiers, aviation clandestine.
Contrairement à l’image d’une unité réduite à quelques dizaines d’hommes, la Delta Force compterait aujourd’hui près d’un millier de membres, dont environ 250 opérateurs de combat, le reste étant dédié au soutien, à la planification et aux capacités clandestines. Elle dispose également de moyens aériens propres, notamment des hélicoptères MH‑6 et AH‑6 Little Bird, parfois utilisés sous couverture civile.
Une sélection et une formation impitoyables
Le recrutement est ouvert à l’ensemble de l’US Army, mais la majorité des opérateurs proviennent du 75e régiment de Rangers ou des Special Forces. La sélection, connue sous le nom d’assessment and selection, est réputée pour être l’une des plus difficiles au monde, avec un taux de réussite avoisinant les 10 %.
Les candidats retenus suivent ensuite un Operator Training Course de plusieurs mois, axé sur le tir réel, le combat en milieu clos, la protection rapprochée, la conduite offensive, les opérations clandestines et la résistance psychologique. Ce n’est qu’après de longs mois d’intégration qu’un soldat est officiellement reconnu comme opérateur Delta.
De Baghdadi à Maduro : des missions radicalement différentes
Au fil des décennies, la Delta Force est intervenue sur tous les grands théâtres de guerre américains : Panama, Irak, Afghanistan, Syrie. Elle a participé à la traque de Saddam Hussein, à la neutralisation de chefs terroristes, et à l’opération Kayla Mueller en 2019, qui a conduit à la mort d’Abou Bakr al‑Baghdadi.
L’opération menée contre Nicolás Maduro se distingue toutefois par sa finalité. Contrairement aux missions antiterroristes, l’objectif n’était pas l’élimination, mais la capture vivante et l’exfiltration d’un chef d’État, afin de l’amener devant la justice américaine. Une opération à très haute valeur diplomatique, illustrant la capacité de la Delta Force à adapter ses modes opératoires à des enjeux politiques majeurs.
Un instrument central de la puissance américaine
En capturant Nicolás Maduro, la Delta Force confirme son rôle de bras armé discret de la politique étrangère américaine. Outil de dernier recours, elle incarne une forme de puissance sans discours, fondée sur la surprise, la vitesse et la violence de l’action — selon sa devise officielle : “Surprise, Speed, and Violence of Action”.
Une unité qui, depuis près de cinquante ans, agit là où la frontière entre guerre, police et diplomatie devient volontairement floue.