Le 29 avril 2026, le parquet fédéral de New York a inculpé le gouverneur de l’État de Sinaloa, Ruben Rocha Moya, pour trafic de drogue. Accusé de collusion avec le puissant cartel de Sinaloa, l’élu rejette des accusations « dénuées de toute véracité ». Cette affaire, d’une rare gravité, ravive les tensions entre Washington et Mexico sur fond de narcotrafic et de pressions diplomatiques.
Un séisme politique secoue le Mexique. Mercredi 29 avril 2026, le parquet fédéral de New York a annoncé l’inculpation pour trafic de drogue de Ruben Rocha Moya, gouverneur en exercice de l’État de Sinaloa, dans le nord-ouest du pays. Membre du parti Morena, au pouvoir depuis 2018, cet homme de 76 ans dirige cette région stratégique depuis 2021, un territoire historiquement marqué par l’influence du cartel de Sinaloa.
Selon l’acte d’accusation américain, le gouverneur et neuf autres responsables mexicains, actuels ou anciens, se seraient associés à l’organisation criminelle « pour distribuer des quantités massives de stupéfiants aux États-Unis ». Parmi les personnes visées figurent notamment le sénateur Enrique Inzunza, le maire de Culiacán Juan de Dios Gámez, le vice-procureur Damaso Castro ou encore le ministre local des finances Enrique Diaz Vega.
Des liens présumés avec les « Chapitos »
Les procureurs américains affirment que Ruben Rocha Moya aurait bénéficié du soutien de la faction des « Chapitos », les fils de Joaquin Guzman, alias « El Chapo », pour accéder au pouvoir. En échange, il leur aurait garanti une forme de protection. « Aussi bien avant qu’après être devenu gouverneur, Rocha Moya a rencontré les “Chapitos”, à qui il a promis une protection », précise l’acte d’accusation, évoquant un système de collusion durable.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de violences extrêmes dans l’État de Sinaloa. Depuis plusieurs années, les affrontements opposent les « Chapitos » aux partisans d’Ismael Zambada, alias « El Mayo », autre figure historique du cartel, arrêté en juillet 2024. Cette guerre interne a fait des centaines de morts et de disparus, fragilisant encore davantage la région.
Figure centrale du narcotrafic mondial, « El Chapo » purge actuellement une peine de prison à perpétuité aux États-Unis, tandis que deux de ses fils sont également détenus. Le cartel de Sinaloa reste néanmoins l’une des organisations criminelles les plus puissantes du continent, désormais classée « organisation terroriste » par l’administration américaine.
Une crise diplomatique en gestation
Face à ces accusations, Ruben Rocha Moya a rapidement réagi sur le réseau X, dénonçant des allégations« dénuées de toute véracité et de tout fondement ». Il y voit une attaque politique visant au-delà de sa personne, déclarant : « Cette attaque ne vise pas uniquement ma personne, mais aussi le mouvement de la “Quatrième Transformation” », en référence au projet politique porté par la présidente Claudia Sheinbaum.
La réaction des autorités mexicaines ne s’est pas fait attendre. Le ministère des affaires étrangères a annoncé l’envoi d’une note de protestation à Washington, dénonçant une violation des accords de confidentialité entre les deux pays. Selon la diplomatie mexicaine, les documents transmis par les États-Unis ne comporteraient « pas d’éléments de preuve permettant d’établir les responsabilités ».
Dans la foulée, le parquet général du Mexique a ouvert une enquête afin de vérifier la solidité des accusations américaines et d’évaluer leur fondement juridique. Une démarche qui illustre la prudence des autorités face à une affaire potentiellement explosive sur le plan politique.
Cette inculpation intervient dans un climat déjà tendu entre les deux pays. L’administration américaine accentue la pression sur le Mexique pour enrayer le trafic de drogue, notamment celui du fentanyl, et n’exclut pas des mesures coercitives, allant de sanctions économiques à des interventions ciblées contre les cartels.
En réponse, le gouvernement de Claudia Sheinbaum a intensifié les opérations antidrogue et multiplié les saisies ces derniers mois. Mais l’affaire Rocha Moya vient raviver les soupçons persistants sur les liens entre certains responsables politiques et le crime organisé, alimentant un malaise croissant jusque dans les sphères diplomatiques.
Sources :
Le Monde – 30 avril 2026 – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/30/mexique-le-gouverneur-de-l-etat-de-sinaloa-inculpe-pour-trafic-de-drogue-par-la-justice-americaine_6684431_3210.html
Courrier international (AFP) – 30 avril 2026 – https://www.courrierinternational.com/depeche/la-justice-americaine-inculpe-le-gouverneur-de-l-etat-mexicain-de-sinaloa-pour-trafic-de-drogue.afp.com.20260430.doc.a9eb39g.xml
France 24 – 30 avril 2026 – https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260430-la-justice-américaine-inculpe-le-gouverneur-de-l-etat-mexicain-de-sinaloa-pour-trafic-de-drogue
