Dans une chronique incisive publiée par Le Temps le 12 avril, le journaliste Frédéric Koller interroge l’évolution idéologique de la politique américaine à l’égard d’Israël. Il y décrit une forme d’alignement croissant de la Maison-Blanche sur des logiques politiques et religieuses qu’il juge préoccupantes. Une analyse critique qui s’inscrit dans un contexte géopolitique déjà hautement inflammable.
Dans sa chronique intitulée « La foi sans loi ou l’israélisation de la Maison-Blanche », Frédéric Koller propose une lecture sévère, presque inquiète, de l’évolution récente de la politique américaine.
Pour Frédéric Koller, il ne s’agit pas simplement d’un alignement tactique avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou, mais d’une mutation plus profonde. Il s’appuie notamment sur des révélations du The New York Times évoquant l’influence du Mossad dans la décision américaine de frapper l’Iran, malgré les réserves des services de renseignement américains et la présence de Netanyahou dans la « situation room ».
Selon lui, l’intervention militaire menée en pleine négociation constitue une rupture majeure : non seulement les États-Unis auraient violé le droit international, mais ils en contesteraient désormais la pertinence même. Dans cette logique, les institutions comme l’Organisation des Nations unies seraient jugées obsolètes face aux impératifs sécuritaires. Washington adopterait ainsi une posture similaire à celle d’Israël, qui considère depuis longtemps ces cadres comme inadaptés à la lutte contre le terrorisme.
Cette évolution s’accompagne, selon Koller, d’une « mentalité d’assiégé ». Là où Israël peut invoquer un environnement régional hostile, les États-Unis, pourtant sans menace directe à leurs frontières, adopteraient une posture comparable. Une stratégie que le chroniqueur interprète comme un levier de survie politique pour les dirigeants en place.
Le poids du religieux dans la décision politique
L’autre pilier de cette transformation réside, d’après l’auteur, dans la montée du messianisme. En Israël, il renvoie à l’influence des courants nationalistes religieux et à la référence persistante à l’idée d’un « grand Israël ». Aux États-Unis, il s’incarne dans le poids croissant des évangéliques et des conservateurs religieux au sein de l’entourage de Donald Trump, à l’image de la télévangéliste Paula White.
Frédéric Koller souligne que le président américain mobilise de plus en plus un registre religieux, évoquant un dessein divin pour justifier ses actions. Ce glissement vers une lecture spirituelle des enjeux géopolitiques s’accompagne d’une rhétorique de « choc des civilisations ». Israël se présente comme un rempart face à l’islam, tandis que les États-Unis revendiqueraient désormais la défense d’une civilisation chrétienne menacée.
Dans cette vision, l’Europe elle-même est critiquée pour ce qui est décrit comme un « effacement civilisationnel », tandis que des figures politiques américaines comme Marco Rubio relaient cette inquiétude sur la scène internationale. Loin d’être marginale, cette lecture idéologique tendrait, selon Koller, à structurer de plus en plus la politique étrangère américaine.
Source :
Le Temps – Chronique « La foi sans loi ou l’israélisation de la Maison-Blanche » – lien