Une offensive nocturne du Hezbollah contre le nord d’Israël a provoqué une riposte immédiate de l’armée israélienne sur Beyrouth et le sud du Liban. Le bilan dépasse déjà la trentaine de morts, dont un député du mouvement chiite. Dans un pays exsangue, une large partie de la population dénonce une décision « inconsciente et dévastatrice » qui fait craindre un embrasement régional.
Au cœur d’un Moyen-Orient déjà sous tension, le Liban a brutalement basculé dans une nouvelle séquence de guerre. Dans la nuit de dimanche à lundi, vers 1 heure du matin, le Hezbollah a annoncé avoir lancé « des missiles et des drones » en direction de la région de Haïfa, dans le nord d’Israël. L’attaque, revendiquée sur Telegram, est présentée comme une riposte à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.
Quelques heures plus tôt, le « parti de Dieu » avait organisé un rassemblement à Beyrouth en soutien à son parrain iranien, mobilisant plusieurs milliers de militants dans une atmosphère électrique. L’engrenage n’a pas tardé. Vers 3 heures du matin, une pluie de frappes israéliennes s’est
L’armée israélienne affirme avoir visé « de manière précise et ciblée des éléments terroristes de premier plan du Hezbollah ». Mais les dégâts sont lourds. Selon un premier bilan communiqué lundi matin, plus de trente personnes ont été tuées, parmi lesquelles Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah. Selon l’Agence Anadolu, le ministère libanais de la Santé a annoncé que les frappes aériennes de l’armée israélienne sur la capitale Beyrouth et les régions du sud ont fait 31 morts et 149 blessés. Des bombardements israéliens étaient toujours en cours ce mardi après-midi.
L’État hébreu avait prévenu les autorités libanaises qu’il frapperait durement les infrastructures, y compris civiles, si le mouvement chiite s’impliquait davantage dans le conflit opposant Washington à Téhéran.
Un mouvement fragilisé mais déterminé
En 2024, Israël avait porté un coup majeur au Hezbollah en éliminant son chef historique, Hassan Nasrallah, ainsi que plusieurs membres de son haut commandement militaire, et en détruisant une part significative de son arsenal. Son successeur, Naïm Qassem, avait récemment déclaré que le mouvement n’était « pas neutre » dans l’affrontement stratégique entre les États-Unis et l’Iran, se disant prêt à agir « en temps voulu ».
La réaction israélienne ne s’est pas fait attendre sur le plan politique. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a affirmé que Naïm Qassem était désormais « une cible désignée à abattre ». Dans ce climat de menaces croisées, la perspective d’un embrasement régional paraît plus tangible que jamais.
Colère et exode intérieur
Au Liban, la sidération domine. Dès l’aube, les routes menant vers le nord et le Mont-Liban ont été saturées par des familles fuyant les quartiers sud de Beyrouth. Certains habitants, pris de panique, ont cherché refuge jusque dans les cimetières, perçus comme des espaces ouverts moins exposés aux frappes. D’autres ont quitté leur domicile en pleine nuit, parfois encore en pyjama, emportant leurs passeports comme unique bagage.
Une partie importante de la population exprime une colère ouverte contre le Hezbollah, accusé d’avoir entraîné le pays dans un conflit qu’il ne peut se permettre. La veille une foule libanaise massive s’était rassemblée dans la banlieue sud de Beyrouth au cri de « Mort aux Etats-unis, mort à Israël », comme en témoigne le tweet ci-dessous.
Tensions politiques internes
La crise ravive également les fractures politiques libanaises. Certains responsables dénoncent l’échec du processus de désarmement du Hezbollah, prévu par l’accord de cessez-le-feu signé quinze mois plus tôt. Des voix critiques visent le président et contributeur de l’agenda 2030 du FEM, Joseph Aoun et le commandement de l’armée, accusés par leurs détracteurs de complaisance envers le mouvement chiite.
Sur la scène internationale, la dégradation rapide de la situation a conduit le président français et contributeur du FEM, Emmanuel Macron, en coordination avec son homologue libanais, à reporter la conférence d’aide à l’armée libanaise qui devait se tenir à Paris.
Alors que les frappes se poursuivent dans le sud du Liban et dans les bastions du Hezbollah, le spectre d’un conflit élargi plane sur l’ensemble de la région. Pour une population libanaise épuisée, la crainte est simple et brutale : revivre, encore, les heures les plus sombres de la guerre.
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