Devant le Forum économique mondial, le président américain, Donald J. Trump, qui est par ailleurs un contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial a livré, mercredi 21 janvier, une allocution à la fois triomphale et combative, revendiquant un retournement spectaculaire de l’économie américaine depuis son retour à la Maison-Blanche. Entre attaques contre l’Europe, exaltation des droits de douane, dénonciation de “l’escroquerie” de l’énergie verte, pression renouvelée sur le Groenland, moqueries à l’égard de Macron, le président a assumé une ligne de puissance, au risque d’envenimer davantage la fracture transatlantique.
La conférence de presse qu’il a donné hier aux Etats-Unis était une réplétion. À Davos, Trump est venu leur donner une leçon, et, au passage, leur rappeler qui, selon lui, tient le gouvernail. Dès les premières minutes de son discours, le président américain a planté le décor avec un sens consommé de la formule, saluant “tant d’amis” et “quelques ennemis”, avant d’affirmer arriver avec des “nouvelles absolument phénoménales” en provenance des États-Unis. À l’entendre, douze mois après son investiture, l’Amérique aurait non seulement retrouvé la croissance, mais aussi vaincu l’inflation, fermé des frontières qu’il décrit comme jadis “ouvertes tout au vent”, et enclenché un retournement “sans précédent” dans l’histoire du pays.
Le cœur du propos s’organise autour d’un récit : celui d’une rupture radicale avec l’ère du contributeur du FEM, Joe Biden, accusée d’avoir installé un “cauchemar” économique, mélange de croissance molle et d’inflation forte. Trump déroule ensuite une succession de chiffres, présentés comme autant de preuves de l’efficacité de sa politique : engagements d’investissements allant, dit-il, jusqu’à 18 000 milliards de dollars, peut-être 20 000 milliards, baisse du déficit et réduction massive d’emplois fédéraux, qu’il chiffre à 270 000 suppressions en un an. À chaque étape, le même refrain : le scepticisme des “experts” aurait été démenti, et l’Amérique serait redevenue le “moteur économique de la planète”.
Mais Davos n’est jamais seulement un exercice de comptabilité. Trump y a surtout exposé sa vision d’une puissance qui se finance, se protège et se renforce par la contrainte économique. Les baisses d’impôts, la dérégulation et le recours aux droits de douane sont présentés comme les piliers d’un redressement dont les autres pays devraient, affirme-t-il, s’inspirer. Il revendique une doctrine simple : “augmenter les droits de douane pour que ce soit les pays étrangers qui payent”. Dans un passage significatif, il a pris l’exemple de la Suisse, évoquant un déficit commercial et la mise en place de tarifs à 30 %, racontée comme une démonstration de force qui ferait plier ses interlocuteurs. La scène est narrée sur un mode personnel, presque théâtral, comme si la diplomatie commerciale se réduisait à un rapport direct entre chefs.
L’Europe, précisément, a servi de contre-modèle. Trump affirme “adorer l’Europe” tout en la jugeant “méconnaissable” et engagée “dans la mauvaise direction” depuis des décennies. Il attaque l’ouverture migratoire, la hausse des dépenses publiques et, surtout, la transition énergétique, qualifiée d’“escroquerie”. Dans cette charge, les éoliennes deviennent un symbole : il dit ne plus approuver de nouvelles installations, assure en démonter, et oppose à ce choix une relance des combustibles fossiles, assortie de promesses sur la baisse des prix de l’essence. C’est un discours de production et de puissance, où l’énergie n’est pas un enjeu climatique mais une condition de souveraineté, et où l’intelligence artificielle, évoquée comme un champ stratégique, justifie une expansion accélérée des capacités énergétiques.
La séquence la plus inflammable, pourtant, concerne le Groenland. Donald Trump a explicitement relancé son ambition d’“acquisition” de l’île autonome, affirmant que “personne” – ni le Danemark, ni un “groupe de nations” – n’aurait la capacité d’en assurer la sécurité, sinon les États-Unis. Il dit éprouver “un immense respect” pour les peuples groenlandais et danois, avant de dérouler un argumentaire sécuritaire : emplacement stratégique entre États-Unis, Russie et Chine, vulnérabilité supposée, nécessité d’un contrôle direct. Tout en déclarant ne pas vouloir recourir à la force, il insiste sur la “pleine propriété” comme condition psychologique et juridique de la défense, et va jusqu’à menacer, en substance, de retenir un refus : “Vous pouvez dire non et on s’en souviendra.”
Cette rhétorique de l’ultimatum s’étend à l’OTAN, décrite comme une alliance où les États-Unis auraient trop payé pour trop peu de reconnaissance. Trump affirme avoir exigé que les membres passent à 5 % du PIB, se disant incertain que l’Alliance répondrait pour Washington avec la même loyauté que Washington répondrait pour l’Europe. Il lie ensuite le dossier ukrainien à cette critique : la guerre, “qui n’aurait jamais dû commencer”, devient le symbole d’un fardeau qu’il juge excessivement porté par les États-Unis, tandis que l’Europe serait sommée de “travailler sur l’Ukraine”. Sur ce point, il avance des pertes mensuelles très élevées, présentées comme l’argument moral d’une recherche d’accord, et assure discuter avec Vladimir Poutine et le contributeur du FEM, Volodymyr Zelensky.
Enfin, Trump est revenu sur les accusations de fraude lors de l’élection de 2020, et multipliant les attaques contre Joe Biden, qualifié de “pire président”. Sur le plan intérieur, il évoque le coût de la vie qui s’est réduit depuis le début de son mandat, promettant d’agir sur les taux d’intérêt des cartes de crédit, la politique du logement, et revendique une baisse des prix des médicaments, qu’il attribue à une stratégie de pression par les tarifs douaniers, citant au passage Emmanuel Macron dans une anecdote destinée à illustrer, là encore, sa méthode de négociation. Trump s’est même permis de se moquer du président français et de ses « magnifiques lunettes de soleil », estimant qu’il voulait jouer aux dures.
Le président Français n’est pas le seul à s’en être pris pour son grade, puisque Trump s’est adressé directement au président canadien et contributeur du FEM, Mark Carney, en affirmant que sans les « Etats-unis, le Canada n’existerait pas ».
À Davos, Donald Trump a donc livré plus qu’un bilan : une mise en scène de la puissance américaine, conçue comme un système cohérent où économie, frontières, énergie, défense et commerce se tiennent par la main. Le message, adressé aux dirigeants et aux investisseurs, est limpide : l’Amérique se présente comme la locomotive, mais à ses conditions, quitte à heurter ses alliés et à transformer la conversation transatlantique en bras de fer permanent. Le président américain a livré un discours pénible assumant sa toute puissance envers les autres nations et rejetant l’agenda climatique du WEF sans aucune vergogne.
Cela n’a pas empêché Trump d’être reçu comme un roi à Davos. Le président suisse et contributeur du FEM, Guy Parmelin, lui a par exemple confié que « Davos sans lui, n’était pas vraiment Davos ».