Au troisième jour de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a détaillé les buts de l’opération « Epic Fury ». Devant la presse au Pentagone, il a assuré que les États-Unis ne s’engageraient ni dans un enlisement à l’irakienne ni dans une entreprise de « nation building », mais dans une campagne ciblée visant à neutraliser les capacités militaires et nucléaires de la République islamique.
« Nous n’avons pas commencé cette guerre, mais avec le président Trump, nous la terminons. » Lundi 2 mars, au Pentagone, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a pris la parole aux côtés du général Dan Caine pour défendre la légitimité et la portée de l’opération « Epic Fury », déclenchée conjointement avec Israël contre l’Iran. Selon lui, il s’agit de « l’opération aérienne la plus meurtrière, la plus complexe et la plus précise de l’histoire », destinée à mettre un terme aux capacités offensives de la République islamique.
La communication du Pentagone intervient dans un contexte politique délicat. Un sondage Reuters/Ipsos publié la veille indiquait que seuls 27 % des Américains approuvaient l’intervention, un chiffre recueilli avant même l’annonce des premiers décès de soldats américains. À quelques mois des élections de mi-mandat, l’engagement militaire ravive les fractures au sein même de la majorité présidentielle. Au Congrès, plusieurs élus envisagent le vote d’une résolution symbolique visant à encadrer les pouvoirs de guerre du président, qui s’est contenté d’une notification tardive avant le lancement des frappes.
Des objectifs « réalistes » et « chirurgicaux »
Face aux critiques, Pete Hegseth a désigné l’Iran comme « fauteur de guerre », rappelant que, depuis la révolution islamique de 1979, Téhéran aurait multiplié les attaques indirectes contre des intérêts américains, de Beyrouth à l’Irak. Il a accusé le régime de développer missiles et drones pour constituer « un bouclier conventionnel » au service d’une stratégie de chantage nucléaire.
Selon le secrétaire à la Guerre, les buts de l’opération sont clairs et limités : détruire les missiles offensifs iraniens, anéantir leurs capacités de production, neutraliser leur marine et empêcher définitivement l’accès à l’arme nucléaire. L’administration américaine affirme avoir tenté une « vraie diplomatie », mais considère que Téhéran aurait profité des négociations pour reconstituer ses stocks et relancer son programme nucléaire.
L’opération « Epic Fury » vise ainsi à frapper les infrastructures militaires et stratégiques iraniennes sans s’engager dans une occupation du territoire ni dans une transformation politique du pays.
« Ce n’est pas l’Irak »
« Ce n’est pas l’Irak. Ce n’est pas interminable. J’étais là pour les deux », a insisté Pete Hegseth, évoquant son expérience militaire en Irak et en Afghanistan. Il a explicitement rejeté toute stratégie de reconstruction institutionnelle ou de promotion forcée de la démocratie, qualifiant ces guerres de « nation building » d’erreurs passées. Selon lui, l’opération actuelle serait « l’opposé » : une campagne menée « selon nos conditions, avec un maximum d’autorité », sans « règles d’engagement stupides » ni projet de transformation politique. Le général a quelque peu contredit le secrétaire d’Etat lorsqu’il a annoncé que les forces américaines se préparaient à oeuvrer dans la durée.
Le président et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump, revenu au pouvoir, avait fait de la fin des « guerres sans fin » un argument central de sa campagne. La Maison-Blanche tente aujourd’hui de concilier cette promesse avec une intervention qu’elle présente comme limitée dans le temps et dans ses objectifs.
Tensions avec les alliés européens
Dans son intervention, Pete Hegseth a salué la coopération israélienne tout en égratignant les partenaires européens, accusés de « se tortiller et s’indigner de l’usage de la force ». Plusieurs capitales européennes n’auraient pas été consultées en amont, alors même que certaines bases américaines au Moyen-Orient sont partagées et pourraient devenir des cibles en cas de représailles iraniennes.
Cette séquence diplomatique souligne les divergences stratégiques au sein du camp occidental. Tandis que Washington et Tel-Aviv affirment agir pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, une partie de la communauté internationale redoute un élargissement du conflit à l’ensemble de la région.
Au-delà des frappes, c’est désormais la durée et l’ampleur de l’engagement américain qui concentrent les interrogations. La Maison-Blanche martèle que la campagne sera brève et ciblée. Reste à savoir si le terrain et les réactions de Téhéran confirmeront cette promesse.
Sources :
Discours de Pete Hegseth et Dan Cain