La police norvégienne a perquisitionné jeudi 12 février plusieurs propriétés de l’ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland, désormais formellement soupçonné de « corruption aggravée » dans le cadre de ses liens passés avec Jeffrey Epstein. L’enquête porte notamment sur des avantages et voyages qui auraient été pris en charge par le financier américain. L’immunité dont bénéficiait l’ancien secrétaire général du Conseil de l’Europe a été levée la veille.
L’enquête sur les ramifications internationales de l’affaire Epstein franchit une nouvelle étape en Norvège. Jeudi, l’unité spécialisée dans la criminalité économique, Økokrim, a procédé à des perquisitions au domicile de l’ancien chef du gouvernement travailliste Thorbjørn Jagland à Oslo, ainsi que dans deux autres propriétés situées à Risør et Rauland, dans le sud du pays. L’information a été confirmée par le chef de l’unité, Pål Lønseth, dans un communiqué officiel.
Âgé de 75 ans, Thorbjørn Jagland est formellement soupçonné de « corruption aggravée » dans le cadre de ses contacts avec Jeffrey Epstein, le financier américain condamné en 2008 pour sollicitation d’une mineure et décédé en détention à New York en 2019, alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel de mineurs. Les soupçons portent sur de possibles avantages indus perçus entre 2011 et 2018, période durant laquelle M. Jagland occupait des fonctions de premier plan sur la scène internationale, notamment à la tête du comité Nobel chargé de décerner le prix Nobel de la paix et comme secrétaire général du Conseil de l’Europe.
La levée de son immunité par le Conseil de l’Europe, intervenue mercredi, a rendu juridiquement possibles ces perquisitions. Selon la lettre adressée par Økokrim à l’institution strasbourgeoise, les enquêteurs cherchent à déterminer si plusieurs bénéfices reçus par l’ancien dirigeant relèvent de la « corruption passive ». Il est notamment question de l’usage répété, entre 2011 et 2018, des appartements de Jeffrey Epstein à Paris et à New York, ainsi que de séjours dans sa propriété de Palm Beach, en Floride, par M. Jagland et/ou des membres de sa famille.
Pour au moins l’un de ces séjours privés, les frais de voyage de six adultes auraient été pris en charge par Jeffrey Epstein. La police mentionne également une offre acceptée de couverture des frais de transport et d’hébergement dans les Caraïbes pour six personnes, finalement annulée en raison de circonstances extérieures. En outre, les documents évoquent une sollicitation de M. Jagland auprès d’Epstein pour obtenir une assistance dans l’octroi d’un prêt bancaire, sans qu’il soit établi si cette démarche a abouti.
Les documents publiés fin janvier dans l’affaire Epstein suggèrent par ailleurs que le financier cherchait à tirer parti du réseau et de la position institutionnelle de l’ancien Premier ministre. Des courriels reproduits par le quotidien norvégien Verdens Gang (VG) indiquent que Jeffrey Epstein aurait insisté à plusieurs reprises entre 2013 et 2018 pour que M. Jagland organise une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine.
Interrogé par la presse ces derniers jours, l’ancien responsable politique a nié toute infraction pénale par la voix de son avocat, Anders Brosveet. Celui-ci a précisé que son client souhaitait « contribuer à ce que l’affaire soit pleinement élucidée » et qu’il comparaîtrait devant Økokrim pour être interrogé, comme il en aurait lui-même exprimé le souhait. Filmé quittant son appartement d’Oslo en compagnie de son conseil, Thorbjørn Jagland est apparu souriant face aux caméras des chaînes norvégiennes.
Dans un entretien accordé récemment au journal Aftenposten, il a reconnu avoir commis « une erreur de jugement » en entretenant des relations avec Jeffrey Epstein, tout en affirmant qu’il s’agissait, selon ses déclarations passées, d’un aspect d’« une activité diplomatique normale ». Plusieurs autres personnalités norvégiennes de premier plan, dont la princesse héritière et contributrice de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Mette-Marit, sont mentionnées dans les documents rendus publics par le ministère américain de la Justice. La seule apparition d’un nom dans ces archives ne saurait toutefois, en soi, constituer la preuve d’un acte répréhensible.
Cette nouvelle séquence judiciaire illustre l’onde de choc persistante de l’affaire Epstein, qui continue de mettre en lumière les réseaux d’influence tissés par le financier auprès de responsables politiques et institutionnels à travers le monde.
Sources :
France 24 – lien
AFP – 12/02/2026 – https://www.afp.com/
Verdens Gang – Articles cités dans l’enquête – https://www.vg.no/
Aftenposten – Déclarations de Thorbjørn Jagland – https://www.aftenposten.no/