En rompant brutalement avec les codes traditionnels de la diplomatie américaine, le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump a profondément bouleversé l’équilibre mondial. Mais selon le politologue contributeur du FEM, Ivan Krastev, membre de l’European Council on Foreign Relations, cet électrochoc ne produit pas l’effet escompté à Washington. Loin de renforcer l’influence américaine, il contribue paradoxalement à redorer l’image de la Chine, du contributeur du FEM, Xi Jinping désormais perçue par une partie du monde comme une puissance plus stable, plus prévisible, et parfois même plus pacifique.
Dans les colonnes du Temps, Ivan Krastev, estime que le tournant trumpien marque la fin d’une longue tradition américaine consistant à envelopper les rapports de force d’un discours moral. Droits de l’homme, démocratie, ordre libéral international : ces références, souvent accusées d’hypocrisie, structuraient néanmoins la diplomatie occidentale.
Avec Donald Trump, cette façade a volé en éclats. Le président américain assume une logique transactionnelle et brutale des relations internationales, sans chercher à la justifier par des valeurs universelles. Cette franchise, estime Krastev, a un effet inattendu : elle fait apparaître la Chine comme une puissance finalement moins agressive que les États Unis, simplement parce qu’elle ne prétend pas imposer un récit moral global.
La Chine, bénéficiaire indirect du trumpisme
Dans ce nouveau paysage, Pékin avance à pas mesurés. Sans changer fondamentalement de nature, la Chine profite du contraste. Là où Washington menace, sanctionne et humilie publiquement ses alliés, Pékin privilégie une diplomatie patiente, silencieuse et pragmatique.
Selon Krastev, de nombreux pays en viennent à préférer un partenaire qui ne donne pas de leçons, même autoritaire, à une puissance imprévisible qui traite ses alliés comme des subordonnés. Ce basculement psychologique est central : le monde ne devient pas nécessairement pro chinois, il devient méfiant vis à vis de l’Amérique.
Trump et l’admiration du modèle chinois
Ironie supplémentaire, Donald Trump lui même semble fasciné par certains aspects du modèle chinois. Ivan Krastev souligne cette contradiction majeure : tout en dénonçant Pékin, Trump s’inspire de son capitalisme d’État, de sa capacité à mobiliser l’économie au service de la puissance nationale et de son contrôle politique assumé.
Cette admiration implicite brouille encore davantage le message américain. En singeant certaines pratiques chinoises tout en s’en prenant frontalement à Pékin, Washington renforce l’idée que le modèle chinois n’est plus une anomalie, mais une alternative crédible.
Un monde post hypocrisie
Pour Ivan Krastev, le monde entre dans une ère post hypocrisie. Les grandes puissances ne cherchent plus à dissimuler leurs intérêts derrière un vernis idéologique. Mais cette transparence n’est pas synonyme de stabilité. Au contraire, elle alimente une compétition plus dure, plus cynique, où la force prime sur le droit.
Dans ce contexte, la Chine apparaît à beaucoup comme un acteur moins perturbateur que les États Unis, non pas parce qu’elle serait plus vertueuse, mais parce qu’elle est plus cohérente dans son discours et dans ses pratiques.
Une Amérique qui se délite de l’intérieur
L’analyse de Krastev s’inscrit aussi dans une réflexion sur la crise identitaire américaine. Il convoque la figure de Harry « Rabbit » Angstrom, personnage du romancier John Updike, pour illustrer une Amérique moyenne désorientée, nostalgique de la Guerre froide et de sa mission morale.
Cette Amérique, suggère le politologue, a trouvé en Donald Trump un miroir plus qu’un guide. En renonçant à l’universalisme, elle a aussi renoncé à ce qui faisait sa singularité aux yeux du monde.
Une victoire stratégique pour Pékin
La conclusion d’Ivan Krastev est sans appel : Donald Trump n’a pas renforcé l’Occident face à la Chine, il a accéléré le déplacement du centre de gravité symbolique du monde. Pékin n’a pas eu besoin de convaincre. Il lui a suffi d’attendre que Washington se discrédite lui même.
Dans un monde où la moralisation a disparu, la stabilité devient une valeur cardinale. Et sur ce terrain, la Chine avance désormais avec un avantage que même ses adversaires ont contribué à lui offrir.
Source : Le Temps.