Invité du « Forum BFMTV » hier soir, Jordan Bardella s’est prêté pendant près de trois heures aux questions de Français venus d’horizons divers. Pouvoir d’achat, guerre en Ukraine, service militaire, finances publiques ou présidentielle de 2027 ont structuré un échange destiné à affirmer son positionnement national.
Jordan Bardella a le vent en poupe. Après avoir été adoubé par Nicolas Sarkozy et alors qu’il cartonne dans les librairies, le président du RN était l’invité hier du Forum BFMTV, chaine appartenant à CMA CGM, membre du Forum économique mondial. Pendant près de trois heures, jeudi 11 décembre au soir, Jordan Bardella a occupé l’antenne dans le cadre d’un forum politique inédit, confronté directement aux interrogations de citoyens. Président du Rassemblement national et eurodéputé, il a déroulé une ligne politique centrée sur le pouvoir d’achat, la souveraineté nationale et la sécurité, tout en prenant soin de ne pas se projeter explicitement vers l’échéance présidentielle de 2027.
Sur le terrain économique, Jordan Bardella a revendiqué l’ambition d’être « le Premier ministre du pouvoir d’achat ». Il a plaidé pour une baisse des « dépenses contraintes » et la mise en place d’une aide unique ciblée vers les ménages les plus modestes. Le coût de l’énergie a également occupé une place centrale dans son intervention. Estimant que la France produit l’une des électricités les moins chères d’Europe, il a affirmé vouloir engager un bras de fer avec la Commission européenne afin que ce prix bénéficie prioritairement aux familles et aux entreprises françaises.
Le président du RN a promis que s’il parvenait « à la tête du gouvernement », il respecterait « toutes les sensibilités « et garantirait « à chacun la liberté de conscience et la liberté d’expression ».
La guerre en Ukraine a constitué l’un des moments les plus sensibles du débat. Accusé d’ambiguïté sur le soutien à Kiev, Jordan Bardella a rappelé avoir condamné « sans la moindre ambiguïté » l’offensive russe. Il a néanmoins réaffirmé son opposition à certaines résolutions européennes, dénonçant la corruption du régime ukrainien, tout en disant vouloir permettre à l’Ukraine d’assurer sa défense et « arrêter d’urgence la guerre ». Il a salué, à ce titre, des dirigeants occidentaux qu’il juge favorables à une issue diplomatique, à condition qu’elle ne se fasse pas aux conditions de Moscou.
Bardella se dit toutefois opposé à « l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, notamment parce que cela ferait voler en éclats la politique agricole commune : toutes les aides agricoles seraient alors captées par ce pays ».
Sur les questions de défense, le président du RN s’est déclaré favorable à un service militaire d’abord volontaire, avant de devenir obligatoire. Il y voit un outil de cohésion nationale, capable de retisser un lien civique affaibli selon lui par des décennies de désengagement de l’État.
Interrogé sur une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2027, dans l’hypothèse d’une condamnation définitive de Marine Le Pen, Jordan Bardella a esquivé toute projection personnelle. Il a revendiqué sa loyauté envers la cheffe de file du RN, rappelant que sa trajectoire politique lui devait beaucoup et refusant d’anticiper un scénario qu’il juge prématuré.
Sur le plan international, Jordan Bardella a vivement critiqué l’action d’Emmanuel Macron, estimant que la diplomatie française avait perdu en lisibilité et en influence. Il a reproché au chef de l’État des revirements constants et des « tentations belliqueuses » qui, selon lui, affaiblissent la voix de la France sur la scène mondiale.
Les finances publiques ont également été au cœur des échanges. Évoquant des « déficits cachés », notamment sur le dossier des retraites, Jordan Bardella a plaidé pour un « très grand audit des finances de l’État ». Il a dénoncé une « asphyxie d’impôts et de normes » pesant sur les ménages et les entreprises françaises, appelant à des économies ciblées dans ce qu’il qualifie de gaspillage des dépenses publiques.
Sur le plan économique il entend réconcilier les français et les entrepreneurs. Il propose notamment la création « d’un Fonds souverain, qui permettra aux Français qui le souhaitent d’être actionnaires de la maison France ». « Ce Fonds souverain permettrait de financer l’avenir, de financer des grands projets, tout en rémunérant mieux l’épargne des Français. »
La colère agricole, illustrée par les tensions survenues en Ariège autour de l’abattage de bovins pour raisons sanitaires, a donné lieu à un discours plus empathique. Jordan Bardella a appelé à la concertation, jugeant ces images révélatrices d’un malaise profond entre le monde rural et des gouvernements qu’il estime déconnectés.
Sur les questions de sécurité, le président du RN a défendu un changement radical de doctrine pénale. Il a affirmé vouloir faire de la France « l’un des pays les plus répressifs », évoquant la mise en place de peines planchers, la fin des remises automatiques de peine et l’expulsion systématique des délinquants étrangers.
Enfin, abordant la chute de la natalité, Jordan Bardella a établi un lien direct avec l’insécurité, le déclassement social et la perte de confiance dans l’avenir. Reconnaissant un problème démographique structurel, il a estimé que l’accroissement de la population reposait aujourd’hui essentiellement sur l’immigration, qu’il juge plus coûteuse que bénéfique. Il a défendu une politique nataliste fondée sur des incitations fiscales, comme l’octroi d’une part fiscale pleine dès le deuxième enfant.