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Sundar Pichai. Photo : @UE

Quantum computing : pourquoi Google annonce une révolution technologique comparable à l’essor de l’IA

Le CEO de Google et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Sundar Pichai l’a confirmé : l’informatique quantique se trouve « là où l’IA était il y a cinq ans ». Une déclaration majeure qui esquisse le calendrier de la prochaine grande rupture technologique. Avec ses avancées récentes, Google, gafam membre du FEM estime que la « phase active » du quantique débutera d’ici cinq ans, ouvrant la voie à des bouleversements industriels profonds.

Lors d’un entretien accordé à la BBC à la fin du mois dernier, Sundar Pichai a livré une analyse limpide et presque prophétique : « Le quantique est aujourd’hui là où l’IA se trouvait il y a cinq ans. Dans cinq ans, nous entrerons dans une phase très active. » Pour mesurer la portée d’une telle comparaison, il suffit de se rappeler ce qu’était l’intelligence artificielle en 2020. GPT-3 venait tout juste d’être dévoilé, la plupart des utilisateurs n’avaient jamais interagi avec un modèle génératif et personne, ou presque, n’imaginait qu’un outil comme ChatGPT compterait plus de 500 millions d’utilisateurs en 2025. Pichai suggère ainsi que le quantique se trouve au bord d’une bascule similaire.

Cette affirmation repose sur un jalon scientifique que Google qualifie de « première avancée quantique vérifiable à portée réelle ». Son nouveau processeur Willow — 105 qubits — couplé à l’algorithme Quantum Echoes, a exécuté une simulation de physique moléculaire 13 000 fois plus vite qu’un supercalculateur de pointe. Publiés dans Nature, les résultats sont reproductibles sur d’autres processeurs, rompant avec les démonstrations théoriques destinées à frapper les esprits. Cette fois, il s’agit d’une simulation concrète, du type utilisé en chimie ou en sciences des matériaux.

Car le quantique n’est pas une innovation destinée au grand public. Son impact sera souterrain, structurel, presque invisible — mais colossal. Dans la pharmacie, il permettra de simuler des structures moléculaires aujourd’hui inabordables pour les machines classiques, accélérant la découverte de médicaments. Dans la science des matériaux, il ouvrira la voie à l’ingénierie de batteries plus performantes et de nouveaux catalyseurs. Dans l’optimisation, il s’attaquera à des problèmes logistiques, énergétiques ou financiers que l’explosion combinatoire rend aujourd’hui insolubles. Enfin, dans la cryptographie, il pourra briser les systèmes actuels et imposer des protocoles « quantum-safe ».

Ce panorama ne doit cependant pas masquer la réalité technique : un ordinateur quantique véritablement universel ne sera pas disponible au mieux d’ici cinq à dix ans, alors que les plus pessimistes tables sur une vingtaine d’années, malgré l’accélération permise par l’IA. Willow n’aligne que 105 qubits quand les applications larges en nécessiteront probablement plusieurs millions. L’erreur quantique est encore imparfaitement corrigée, les usages restent spécialisés et le passage à l’échelle demeure un défi industriel gigantesque. Le facteur 13 000 mis en avant par Google concerne un problème particulier, pas l’ensemble des calculs.

Contrairement à l’IA, le quantique ne fera pas irruption sur les smartphones ou dans les salons. Là où ChatGPT ou Midjourney ont provoqué une adoption grand public immédiate, le quantique opérera dans la coulisse. Ses avancées se matérialiseront par des médicaments plus rapides à concevoir, des chaînes logistiques mieux optimisées ou des matériaux révolutionnaires intégrés discrètement dans les objets du quotidien. Une révolution profonde, diffuse, indispensable.

Si l’analyse de Pichai se confirme, les cinq prochaines années pourraient donc constituées une phase d’accélération décisive. De 2025 à 2027, les laboratoires devraient multiplier les démonstrations d’avantages quantiques avec des processeurs plus puissants et une correction d’erreurs améliorée. Entre 2027 et 2029, les premières applications commerciales émergeront, notamment en pharmacie, en chimie et dans la finance. D’ici 2030, le quantique pourrait devenir un outil standard de calcul scientifique, opérant aux côtés des supercalculateurs classiques et des systèmes d’IA avancés.

Certains s’y préparent déjà. Les entreprises pharmaceutiques et de matériaux multiplient les partenariats avec les équipes quantiques ; les spécialistes de la cybersécurité mettent en place des protocoles résistants aux attaques futures ; les investisseurs, eux, savent que la fenêtre d’opportunité se situe sur un horizon de dix ans, non de six mois. Pour les entrepreneurs, l’enjeu consiste à cibler les domaines où la simulation quantique offrira des gains centuplés, plutôt que de simples améliorations marginales.

En filigrane, c’est la naissance d’un nouveau paradigme informatique qui se dessine. Le XXᵉ siècle fut celui du calcul classique ; les années 2020, celui de l’intelligence artificielle. Les années 2030 pourraient devenir celles du quantique, non pas dans les poches, mais dans les infrastructures essentielles qui soutiennent les sociétés modernes. Invisible, mais déterminant.

Sources :

BBC Newsnight – Interview de Sundar Pichai (déclarations reprises)

Nature – Publication sur le processeur Willow et l’algorithme Quantum Echoes

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