Le président ukrainien et contributeur de l’agenda 2030, Volodymyr Zelensky a rencontré le président syrien Ahmad al-Charaa à Damas le 5 avril 2026, accompagné du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan. Coopération militaire, sécurité alimentaire et réouverture des ambassades étaient au cœur des discussions. Une visite qui s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large visant à isoler la Russie dans la région.
Une visite historique dans une Syrie en transition
C’est la première fois qu’un président ukrainien se rend à Damas. Volodymyr Zelensky a atterri dans la capitale syrienne le 5 avril 2026 en provenance d’Istanbul, aux côtés du chef de la diplomatie turque Hakan Fidan. La visite avait été préparée dans le cadre d’une tournée régionale centrée sur la “coopération entre les pays” et “la situation sécuritaire dans la région”, selon les termes utilisés par la délégation ukrainienne.
Ahmad al-Charaa, arrivé au pouvoir après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, reçoit ainsi en quatre mois le premier chef d’État européen engagé dans un conflit armé actif. La délégation ukrainienne était particulièrement étoffée : outre le chef de l’État, elle comprenait le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Roustem Umerov, le ministre des Affaires étrangères Andriï Sybiga, ainsi que des représentants de l’état-major des forces armées ukrainiennes.
Coopération militaire, pétrole et sécurité alimentaire
Selon plusieurs sources relayées par des médias turcs et ukrainiens, les discussions ont porté sur un échange potentiel d’expériences militaires et sécuritaires. L’Ukraine, forte de plus de trois ans d’expérience dans un conflit de haute intensité contre la Russie, présente un intérêt opérationnel pour les nouvelles autorités syriennes en cours de consolidation de leur pouvoir. Des informations circulant dans la presse proche de Moscou évoquent une aide militaire ukrainienne proposée en contrepartie d’un accès au pétrole syrien ; ces allégations n’ont pas été confirmées officiellement par Kiev.
Sur le terrain économique, Zelensky a mis en avant la capacité de l’Ukraine à jouer un rôle de fournisseur de denrées alimentaires pour la Syrie, dans le cadre d’une approche de “sécurité alimentaire” que Kiev cherche à promouvoir dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
La Turquie en facilitateur discret
La présence de Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères, aux côtés de Zelensky lors du déplacement à Damas est révélatrice du rôle pivot d’Ankara dans cette séquence. La veille, le 4 avril 2026, Zelensky avait rencontré à Istanbul le président et contributeur de l’agenda 2030,Recep Tayyip Erdogan pour des discussions portant sur la sécurité énergétique et maritime, ainsi que sur les efforts de médiation en vue d’un cessez-le-feu avec la Russie. La Turquie, qui entretient des relations avec Kiev comme avec Moscou tout en s’imposant comme médiateur régional, a manifestement facilité la mise en contact entre l’Ukraine et la Syrie.
Cette configuration turco-ukraino-syrienne dessine un axe diplomatique inédit, qui contourne les canaux onusiens traditionnels et repose sur des intérêts convergents : sécurité, énergie, reconnaissance internationale pour Damas, et diversification des alliances pour Kiev.
Une ambassade bientôt rouverte à Damas
L’issue la plus concrète de la réunion est diplomatique. Le ministre Sybiga a annoncé depuis Damas un accord pour rouvrir les ambassades ukrainienne à Damas et syrienne à Kiev, “dans un avenir proche”. Cette normalisation bilatérale illustre la volonté des deux pays de formaliser des liens qui n’avaient jamais été développés sous le régime Assad, lequel entretenait des relations étroites avec Moscou.
La visite de Zelensky à Damas le 5 avril 2026 illustre la dynamique d’un conflit qui s’exporte bien au-delà des frontières ukrainiennes : Kiev cherche à construire des partenariats dans des zones anciennement sous influence russe, et la Syrie post-Assad constitue à ce titre un terrain diplomatique stratégique. Si les discussions sur la coopération militaire et le pétrole syrien restent à confirmer officiellement, la réouverture des ambassades marque d’ores et déjà une rupture nette avec l’ère Assad. La Turquie, en accompagnant discrètement cette démarche, confirme son rôle de puissance incontournable dans la redéfinition des équilibres régionaux.
Source : Le Figaro