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Rencontre entre Xi Jingping et Donald Trump en Chine. Photo : Capture d'écran de TF1 info.

Trump-Xi : à Pékin, des accords commerciaux spectaculaires sur fond de rivalité stratégique persistante

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La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin s’est achevée sur une série d’annonces commerciales majeures, dont une commande chinoise de 200 avions Boeing. Derrière les déclarations enthousiastes des deux dirigeants, le sommet a toutefois mis en lumière des divergences profondes sur Taïwan, les technologies stratégiques et l’équilibre des rapports de force entre Washington et Pékin. Les marchés, eux, espéraient davantage.

Le jeudi 14 mai, le faste diplomatique chinois était au rendez-vous pour accueillir Donald Trump à Pékin. Neuf ans après sa précédente visite officielle en Chine, le président américain a retrouvé Xi Jinping dans un contexte international autrement plus tendu : guerre commerciale persistante, tensions autour de Taïwan, bataille technologique sur les semi-conducteurs et crise énergétique liée au conflit iranien ont dominé les échanges entre les deux premières puissances mondiales.

Au terme de deux jours de discussions, conclues le vendredi 15 mai, Donald Trump a revendiqué des accords commerciaux « fantastiques », vantant des résultats « excellents pour nos deux pays ». Xi Jinping a de son côté qualifié cette rencontre de « visite historique », tandis que Pékin insistait sur l’établissement d’une relation de « stabilité stratégique constructive », formulation révélatrice de la volonté chinoise de contenir l’escalade entre les deux géants économiques.

Une commande Boeing en dessous des attentes

Le mercredi 14 mai, Donald Trump a annoncé que la Chine allait acheter 200 appareils au constructeur américain Boeing. La Maison-Blanche a présenté cette commande comme l’un des principaux succès du sommet bilatéral. « C’est un accord énorme pour l’industrie américaine », a déclaré le président américain devant la presse à Pékin.

Pourtant, les marchés financiers ont accueilli la nouvelle avec prudence. Depuis plusieurs semaines, plusieurs analystes de Wall Street, notamment chez Jefferies, tablaient sur une commande chinoise pouvant atteindre jusqu’à 500 appareils Boeing. Bloomberg avait également évoqué un scénario de « méga-contrat » avant le sommet de Pékin. Après l’annonce d’une commande limitée à 200 avions, l’action Boeing a reculé de près de 5 % à Wall Street, signe de la déception des investisseurs. 

Ce contrat aéronautique s’inscrit dans une stratégie plus large portée par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche : obtenir des engagements d’achats massifs de produits américains afin de réduire le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine. Les discussions ont notamment porté sur les exportations agricoles américaines, le soja, le maïs, le gaz naturel liquéfié et certains produits industriels stratégiques.

Selon plusieurs médias américains et européens, des accords annexes portant sur des dizaines de milliards de dollars d’importations chinoises auraient également été évoqués durant les négociations, même si aucun détail complet n’a encore été officiellement publié par les deux gouvernements.

Taïwan et les technologies au cœur des tensions

Mais derrière les sourires diplomatiques et les banquets organisés dans le décor solennel de Zhongnanhai, les désaccords stratégiques demeurent considérables. Le jeudi 14 mai, Xi Jinping a adressé une mise en garde particulièrement ferme sur Taïwan, présenté par Pékin comme « le point le plus sensible » des relations sino-américaines. Le président chinois aurait averti que toute « erreur stratégique » sur ce dossier pourrait conduire à une confrontation majeure entre les deux puissances.

Washington a, de son côté, maintenu sa ligne traditionnelle de soutien à la capacité de défense de Taïwan, sans annoncer de changement majeur de doctrine. Donald Trump a néanmoins adopté un ton plus mesuré qu’au cours de sa campagne présidentielle, privilégiant une approche davantage orientée vers les intérêts commerciaux immédiats des États-Unis.

Les technologies sensibles restent également au cœur des tensions. Les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs avancés vers la Chine n’ont connu aucune avancée significative pendant le sommet. Les terres rares, l’intelligence artificielle, les batteries électriques et les chaînes d’approvisionnement industrielles ont aussi été abordées, sans percée concrète.

Le vendredi 15 mai, plusieurs analystes interrogés par la presse économique américaine estimaient que la principale réussite diplomatique du sommet résidait moins dans les accords annoncés que dans la préservation d’une fragile trêve commerciale entre les deux puissances. « Les deux camps cherchent surtout à éviter une détérioration brutale », résume notamment un analyste cité par le Financial Times.

La guerre en Iran a également occupé une place importante dans les discussions. Washington cherche à convaincre Pékin d’exercer davantage de pression sur Téhéran afin de stabiliser le détroit d’Ormuz, axe stratégique pour le commerce mondial de pétrole. La Chine, très dépendante des importations énergétiques du Moyen-Orient, partage l’objectif de maintenir la libre circulation maritime mais demeure prudente vis-à-vis des demandes américaines en raison de ses relations étroites avec l’Iran.

Ce sommet illustre finalement la logique paradoxale qui structure désormais les relations entre les États-Unis et la Chine : une rivalité systémique assumée, mais une interdépendance économique toujours impossible à rompre totalement. Donald Trump cherchait des résultats visibles et immédiatement valorisables politiquement. Xi Jinping, lui, visait surtout la stabilité et la prévisibilité dans une période internationale particulièrement instable. Les deux dirigeants ont obtenu une partie de ce qu’ils étaient venus chercher. Pas de rupture spectaculaire, pas non plus de véritable réconciliation. Juste une nouvelle phase d’équilibre fragile entre deux puissances condamnées à coopérer autant qu’à se défier.

Sources :
Boursier.com
, « Sommet Trump-Xi à Pékin : des accords commerciaux mais des tensions sous-jacentes », 15 mai 2026 :
https://www.boursier.com/actualites/economie/sommet-trump-xi-a-pekin-des-accords-commerciaux-mais-des-tensions-sous-jacentes-54617.html
La Nouvelle République, « À Pékin, Donald Trump revendique des accords commerciaux fantastiques, Xi Jinping parle d’une visite historique », 15 mai 2026 :
https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/a-pekin-donald-trump-revendique-des-accords-commerciaux-fantastiques-xi-jinping-parle-d-une-visite-historique-1778824610
Le Figaro, « “Des accords commerciaux fantastiques”, “excellents pour nos deux pays” : à Pékin, Trump se félicite des résultats obtenus », 15 mai 2026 :
https://www.lefigaro.fr/conjoncture/des-accords-commerciaux-fantastiques-excellents-pour-nos-deux-pays-a-pekin-trump-se-felicite-des-resultats-obtenus-20260515
Le Figaro, « Donald Trump annonce que la Chine va acheter 200 gros avions à Boeing », 14 mai 2026 :
https://www.lefigaro.fr/societes/donald-trump-annonce-que-la-chine-va-acheter-200-gros-avions-a-boeing-20260514
Le Monde, « Donald Trump déçoit le marché en annonçant une commande chinoise de 200 avions Boeing inférieure aux prévisions », 15 mai 2026 :
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/15/donald-trump-decoit-le-marche-en-annoncant-une-commande-chinoise-de-200-avions-boeing-inferieure-aux-previsions_6689386_3210.html

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