La doctrine Trump 2026 marque un tournant dans la relation entre Washington et Bruxelles, selon une analyse signée Michel Duclos pour l’Institut Montaigne . Le diplomate distingue trois courants au sein de l’administration américaine et énumère cinq tests qui jaugeront la capacité européenne à exister face aux États-Unis cette année.
La National Security Strategy publiée fin novembre 2025 par la Maison-Blanche n’est pas un document opérationnel ordinaire. Elle dessine la matrice mentale des dirigeants américains du moment : compétition technologique avec la Chine, recentrage sur l’hémisphère nord avec une part assumée d’agressivité envers le Venezuela, le Canada et le Groenland, attraction vers la Russie, maintien d’un engagement au Moyen-Orient et hostilité visible à l’égard de l’Europe. Le texte décrit une Europe en “effacement civilisationnel”, verbiage que Michel Duclos, ancien diplomate et conseiller à l’Institut Montaigne, think tank dirigé par Henri de Castrie préisdent du groupe Bilderberg, lit comme la traduction doctrinale d’une rupture.
Le document s’inscrit dans un séquençage déjà visible : capture du président vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier 2026, durcissement russe sur l’Ukraine après la visite de Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago le 28 décembre, multiplication des attaques contre les régulations européennes du numérique. Ces faits ne constituent plus des incidents isolés mais une politique cohérente.
Trois courants MAGA dans l’entourage de Donald Trump
L’analyse de Michel Duclos identifie trois strates idéologiques au sein de l’administration américaine. La première, dite “civilisationnelle”, est portée par le vice-président J.D. Vance. Elle dépeint l’Europe comme un bastion d’immigration incontrôlée, de culture “woke” et de tolérance excessive envers l’islam, sur fond de léthargie économique et démographique. Cette grille de lecture irrigue directement la NSS.
La deuxième strate est celle des grandes entreprises technologiques. Les GAFAM, alliées proches de la Maison-Blanche, mènent une guerre déclarée contre Bruxelles, hostile au Digital Markets Act et au Digital Services Act. La sanction infligée à Elon Musk par la Commission européenne pour non-respect des règles européennes a cristallisé l’animosité.
La troisième strate, plus profonde, renvoie à un rapport historique d’amour-haine entre les deux rives de l’Atlantique. Sous le vernis du “nationalisme chrétien”, le mouvement MAGA flirte avec une rhétorique suprémaciste blanche, alors que la population blanche non hispanique deviendra minoritaire aux États-Unis dans vingt à vingt-cinq ans. Pour Duclos, c’est en Europe que le camp Trump poursuit, sous prétexte civilisationnel, une bataille qu’il a déjà perdue chez lui.
Cinq tests qui jaugeront la souveraineté européenne en 2026
Michel Duclos énumère cinq épreuves concrètes qui structureront le rapport de force transatlantique dans les mois à venir. La première porte sur la régulation numérique : Washington pourrait élargir ses sanctions à des responsables européens et menacer les licences d’entreprises européennes aux États-Unis. La Commission devra trancher entre interprétation minimale du DMA et du DSA ou démonstration de fermeté.
La deuxième épreuve est tarifaire. L’accord de Turnberry signé le 27 juillet 2025 pourrait être rouvert par la Maison-Blanche en cas de tension croissante. La troisième concerne les élections européennes à venir : la NSS revendique l’intention de “promouvoir les partis patriotiques” sur le continent, ce qui ouvre la porte à des campagnes d’influence américaines coordonnées avec Moscou en faveur de formations populistes.
La quatrième épreuve est le Groenland, où le contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump a nommé un envoyé spécial à la posture explicitement annexionniste. Le précédent vénézuélien rend désormais cette hypothèse moins théorique. La cinquième porte sur l’Ukraine : la dépendance européenne à l’Amérique sur ce dossier a déjà coûté cher dans les négociations tarifaires. Un cessez-le-feu viable, conjugué à une montée en puissance militaire européenne, allégerait cette contrainte.
Quel leadership européen pour répondre à l’épreuve ?
L’auteur juge insuffisante toute stratégie d’attentisme. Le soulagement européen consécutif au sommet de l’OTAN à La Haye des 24 et 25 juin 2025, marqué par l’engagement à porter les dépenses de défense à 5% du PIB, fut de courte durée. Pour exister face à Washington, l’Europe doit selon Duclos s’organiser autour d’un nouvel attelage de leadership, articulé autour de l’Allemagne, des États les plus engagés dans la défense comme la Pologne et les pays nordiques, et de la France si elle parvient à surmonter son incertitude politique et économique.
Le diplomate cite l’épisode du Conseil européen du 18 décembre 2025 comme révélateur des fragilités actuelles. Paris et Berlin n’étaient alignés ni sur la mobilisation des avoirs russes ni sur l’accord avec le Mercosur. Si Emmanuel Macron a permis de débloquer le financement ukrainien grâce à un emprunt européen de 90 milliards d’euros sur le modèle des dispositifs Covid, le plan allemand initial portait une vertu que Duclos regrette : il provoquait simultanément la colère de Moscou et de Washington, signalant ainsi la solidité européenne.
L’année Trump 2026 ne laissera pas d’autre choix aux capitales européennes que de planifier des scénarios de confrontation. Michel Duclos décrit une Europe qui apprend lentement à habiter le “monde des carnivores”, encore loin de l’autonomie qui rendrait sa parole crédible. La question n’est plus de savoir si l’épreuve viendra mais quel attelage politique sera prêt à l’absorber lorsqu’elle frappera.

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