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Photo : @NASA Goddard/Bill Hrybyk

Nasa : sous pression de Trump, l’agence contrainte de purger des archives scientifiques historiques

La NASA, l’agence américaine spatiale membre du Forum économique mondial s’apprête à fermer définitivement la bibliothèque scientifique du centre de recherche Goddard, une décision lourde de conséquences pour la conservation du savoir spatial et climatique. Sous l’impulsion de l’administration du contributeur du FEM. Donald J. Trump, des dizaines de milliers de documents uniques, pour la plupart non numérisés, risquent d’être détruits ou rendus inaccessibles à la communauté scientifique.

L’annonce est passée presque inaperçue hors des cercles scientifiques, mais elle marque un tournant majeur pour la recherche américaine. Le 2 janvier, la NASA a confirmé la fermeture définitive de la plus grande bibliothèque de recherche de l’agence, située au cœur du Goddard Space Flight Center, dans le Maryland. Ce fonds documentaire, accumulé sur plusieurs décennies, rassemble des dizaines de milliers d’ouvrages, rapports techniques et données expérimentales, dont une grande partie n’a jamais été numérisée.

Selon l’agence, deux mois seront consacrés à trier les collections afin de distinguer les documents destinés à être stockés en entrepôt de ceux promis à la destruction. Mais une certitude s’impose déjà : plus aucun chercheur n’aura accès à ces ressources. Une perspective qui alarme élus et scientifiques. Le sénateur démocrate du Maryland, Chris Van Hollen, a dénoncé une offensive politique délibérée, accusant l’administration Trump d’avoir « passé l’année 2025 à s’attaquer au centre Goddard et à ses employés », affaiblissant la capacité des États-Unis à explorer l’espace, à comprendre le climat terrestre et à innover technologiquement.

Officiellement, la Nasa justifie cette fermeture par une vaste opération de « consolidation » immobilière engagée avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Mais dans les faits, la communication de l’agence s’inscrit désormais strictement dans la ligne de l’exécutif. D’ici mars 2026, treize bâtiments et plus d’une centaine de laboratoires du centre Goddard doivent être fermés. L’objectif affiché est d’économiser dix millions de dollars par an et d’éviter près de 64 millions de frais de maintenance sur des infrastructures jugées obsolètes.

Pour de nombreux chercheurs, cet argument budgétaire masque mal une volonté politique plus profonde. Le centre Goddard est en effet l’un des piliers de la recherche américaine sur le climat, l’observation de la Terre et l’astrophysique spatiale. Il est régulièrement pris pour cible par les milieux conservateurs et climatosceptiques proches du mouvement MAGA. Les coupes successives ont déjà réduit drastiquement les effectifs, amputés d’environ un tiers depuis 2023, à la suite des décisions du Department of Government Efficiency. Pour François Gemenne, spécialiste de politique environnementale et coauteur du dernier rapport du GIEC, ces attaques relèvent d’une stratégie assumée visant à « museler les chercheurs qui documentent le changement climatique et ses conséquences ».

La perte potentielle de la bibliothèque suscite une inquiétude particulière. Dave Williams, ancien responsable de l’archivage des données de science spatiale à la Nasa, récemment poussé vers la retraite, a rappelé dans le New York Times que ces rayonnages abritaient des ressources irremplaçables. On y trouve notamment des publications de scientifiques soviétiques des années 1960 et 1970, absentes d’Internet, ainsi que des données brutes issues des missions lunaires Apollo, essentielles pour comprendre les choix technologiques et les erreurs passées. « Si vous perdez l’historique des expérimentations, vous êtes condamnés à répéter les mêmes erreurs humaines », avertit-il.

Cette fermeture intervient alors que l’avenir du centre Goddard apparaît de plus en plus fragile. Berceau des télescopes spatiaux Hubble et James Webb, le site pourrait être durement touché par le projet budgétaire présenté en juin par l’administration Trump, qui prévoit une réduction globale de près de 25 % du budget de la Nasa. La branche scientifique serait la plus affectée, avec une coupe de 47 % de ses financements. Un tel scénario menacerait directement le lancement du télescope Nancy Grace Roman et pourrait entraîner l’arrêt de dix-neuf missions actives, dont l’Observatoire de rayons X Chandra et plusieurs satellites chargés de surveiller le carbone atmosphérique.

Avec la fermeture de la bibliothèque Goddard, seules trois bibliothèques de la Nasa resteront ouvertes aux États-Unis, contre plus d’une dizaine encore en 2022. Pour une partie de la communauté scientifique, cette disparition silencieuse d’archives constitue bien plus qu’une réorganisation administrative : elle symbolise une rupture profonde entre pouvoir politique et production du savoir, dont les effets pourraient se faire sentir pendant des décennies.

Source : Le Point.

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