La tension monte entre Pékin et Bruxelles autour du projet européen de relance industrielle. La Chine dénonce un texte jugé discriminatoire et brandit la menace de représailles économiques. En toile de fond, une bataille stratégique pour le contrôle des chaînes de production mondiales.
Le ton s’est nettement durci entre Chine et Union européenne. Lundi 27 avril, le ministère chinois du Commerce a exprimé de « graves préoccupations » face au projet de loi européen d’« accélération industrielle », communément désigné sous l’appellation « made in Europe ». Un texte présenté le 4 mars par la Commission européenne, dont l’objectif est clair : relocaliser une partie de la production industrielle sur le continent et réduire les dépendances stratégiques.
Dans un communiqué officiel, Pékin indique avoir transmis ses observations à Bruxelles dès la semaine précédente. Derrière cette démarche diplomatique se cache une inquiétude plus profonde. Les autorités chinoises considèrent que ce plan introduit des mesures discriminatoires à l’encontre des entreprises étrangères, en particulier celles issues de la deuxième économie mondiale.
Le cœur du différend repose sur une disposition clé du texte. Selon Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission, les entreprises opérant dans des secteurs stratégiques pourraient être contraintes d’intégrer « un nombre ou un pourcentage de composants critiques originaires d’Europe » pour bénéficier de financements publics. Une condition qui, pour Pékin, revient à ériger une barrière indirecte à l’entrée sur le marché européen.
La réaction chinoise ne s’est pas limitée à une simple protestation. Le ministère du Commerce a averti qu’il « suivra attentivement le processus législatif » tout en se disant ouvert au dialogue. Mais le message est limpide : si les préoccupations de la Chine ne sont pas prises en compte, des « contre-mesures » pourraient être mises en œuvre. Une formulation diplomatique qui laisse entrevoir la possibilité de sanctions commerciales ou de restrictions ciblées.
Ce bras de fer s’inscrit dans un contexte international marqué par une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement. Depuis la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques croissantes, l’Europe cherche à sécuriser ses industries clés, notamment dans les domaines des semi-conducteurs, des batteries ou encore des technologies vertes. Une stratégie qui, de facto, entre en collision avec les intérêts économiques chinois.
Le projet de loi européen n’en est toutefois qu’à ses débuts. Il doit encore être validé par les États membres ainsi que par le Parlement européen. Mais déjà, les lignes de fracture apparaissent. Entre souveraineté industrielle revendiquée par Bruxelles et défense de ses entreprises par Pékin, le terrain est glissant.
Dans cette bataille feutrée, chacun avance ses pions. L’Europe veut reprendre la main sur sa production. La Chine, elle, refuse de voir ses entreprises marginalisées sur un marché clé. Et au milieu, une économie mondiale qui pourrait bien ressentir les secousses de cette nouvelle confrontation.
Sources :
Challenges – 27 avril 2026 – lien