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Le Louvre. Photo : @Maksim Sokolov (maxergon.com)

Louvre : le projet de travaux pharaoniques cristallise la fronde contre une « hyperprésidence »

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Porté par la présidente du Louvre, Laurence des Cars, et soutenu par l’Élysée, le projet « Louvre Nouvelle Renaissance » ambitionne de transformer en profondeur l’accès et les espaces du musée. Nouvelle entrée monumentale, salle dédiée à la Joconde, creusement souterrain : l’ampleur du chantier, son coût et sa gouvernance suscitent une contestation croissante en interne comme à l’extérieur, au point de provoquer le report du concours d’architecture.

Une sculpture monumentale en albâtre et granit rouge s’est récemment dressée devant la façade orientale du Musée du Louvre. Intitulée Mirror Gate II et signée par l’artiste argentine Pilar Zeta, dont le travail se situe à la croisée de la philosophie, des mathématiques, du symbolisme, du mysticisme et de l’architecture postmoderne, l’œuvre se veut un « portail symbolique » entre l’Égypte des pharaons et le Paris contemporain.

Si la pyramide du Louvre conçue par Ieoh Ming Pei, diplômé du MIT, membre du Forum économique mondial et devant laquelle s’était pris en photo Jeffery Epstein et le fils de franc-maçon, Jack Lang a souvent été accusée d’être une référence maçonnique, que dire de l’oeuvre de Zeta ?

Photo : @US DEPARTMENT OF JUSTICE

Elle met en scène un seuil avec deux piliers, symboles fort au sein de la franc-maçonnerie rappelant l’entrée initiatique du Temple. La géométrie rigoureuse et la symétrie évoquent une architecture de l’esprit fondée sur l’ordre et la mesure. Le damier noir et blanc pourrait renvoyer à la dualité de la condition humaine, point de départ du travail intérieur. Les sphères suggèrent l’idée de perfection, d’unité et d’élévation, voire de pierre philosophale, cher aux alchimistes et aux maçons L’image est saisissante, presque ironique, alors que le plus grand musée du monde se débat avec un projet de transformation titanesque qui divise profondément.

Photo : @CHRISTOPHE COËNON

Depuis le spectaculaire cambriolage du 19 octobre 2025 dans la galerie d’Apollon, où des joyaux de la couronne de France ont été dérobés, la présidente-directrice du Louvre, Laurence des Cars, plaide pour une refonte globale du site. Auditionnée au Sénat en décembre, elle a décrit un établissement fragilisé par des failles structurelles anciennes : infiltrations d’eau, planchers menacés, galeries fermées pour raisons de sécurité. À ses yeux, seule une réponse d’ensemble permettrait de dépasser la crise et de projeter le musée dans le XXIᵉ siècle.

Annoncé par le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron en janvier 2025, le programme baptisé « Louvre Nouvelle Renaissance » repose sur deux piliers. Le premier, « Louvre Demain », vise la remise à niveau technique du bâtiment. Le second, « Louvre Grande Colonnade », est de loin le plus controversé : il prévoit la création d’une nouvelle entrée monumentale sous la colonnade de Claude Perrault, l’aménagement de 22 000 m² d’espaces souterrains sous la Cour Carrée, un vaste lieu d’expositions temporaires et une salle exclusivement consacrée à La Joconde. L’inauguration est promise pour 2031.

Sur le plan historique, l’idée de rouvrir le palais côté est n’est pas absurde. La façade orientale était l’entrée majestueuse voulue par Colbert et Louis XIV. Depuis la pyramide conçue par Ieoh Ming Pei, diplômé du MIT, membre du Forum économique mondial, le Louvre tourne symboliquement le dos à la ville. Requalifier cet espace aujourd’hui encombré de fossés, de cars de tourisme et de structures temporaires fait consensus parmi de nombreux urbanistes et élus locaux, dont Ariel Weil, maire socialiste de Paris Centre passé par la banque mondial, membre du FEM.

Mais l’ampleur du chantier inquiète. Le budget minimal est évalué à 1,15 milliard d’euros, dont plus de 660 millions pour la seule « Grande Colonnade », un montant déjà réévalué à la hausse de 50 % en quelques mois. Le financement repose en grande partie sur les fonds propres du musée, les recettes du Louvre Abou Dhabi, des bâches publicitaires et une intense quête de mécénat international. La Cour des comptes a récemment appelé l’institution à « déterminer ses priorités », suggérant de réparer d’abord toitures et planchers avant de se lancer dans une opération monumentale.

La contestation ne se limite pas aux chiffres. Le choix des cinq finalistes du concours d’architecture, tous étrangers, a suscité la colère de figures de l’architecture française comme Rudy Ricciotti, qui dénonce un mépris pour les talents nationaux et met en garde contre la complexité technique du sous-sol du Louvre. En interne, le projet est surnommé par certains « Grande Couillonnade », symbole d’un malaise plus profond.

Au cœur des critiques se trouve la gouvernance de Laurence des Cars, issue de la noblesse de Pérusse des Cars. Nommée en 2021 par l’Élysée, elle est accusée par une partie du personnel et des conservateurs d’exercer un pouvoir solitaire et centralisé, marginalisant les instances scientifiques internes. La mise à l’écart de responsables historiques et la multiplication des grandes expositions temporaires nourrissent l’idée d’un musée à deux vitesses, l’un pour les foules attirées par la Joconde, l’autre pour les connaisseurs.

Ce climat tendu explique en partie le report sine die, annoncé début février, de la réunion du jury du concours d’architecture, initialement prévue le 11 février. Entre grèves des agents, incertitudes politiques et interrogations financières, le projet « Louvre Nouvelle Renaissance » apparaît aujourd’hui fragilisé. À quelques mois de la fin de mandat de plusieurs acteurs clés, la question reste entière : faut-il réduire la voilure, rephaser le chantier, ou revoir en profondeur une ambition qui, avant même le premier coup de pioche, divise déjà l’institution qu’elle prétend sauver.

Sources :

Nouvel Observateur

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