Face à la recrudescence du mpox en Afrique, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé le 14 aout que cette épidémie était une Urgence de Santé Publique de Portée Internationale (USPPI). Cette annonce, faite par le Directeur général de l’OMS et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, marque la deuxième déclaration d’une USPPI liée au mpox en seulement deux ans,
La décision de l’OMS survient alors que le mpox, une maladie autrefois confinée à certaines régions d’Afrique centrale et occidentale, connaît une propagation rapide. Depuis le début de l’année 2024, plus de 15 600 cas ont été signalés en République démocratique du Congo (RDC), avec 537 décès déplorés. Ce bilan dépasse déjà le nombre total de cas recensés l’année précédente, mettant en lumière l’urgence d’une réponse coordonnée, selon l’agence onusienne.
L’OMS se dit particulièrement préoccupée par l’apparition du clade 1b, une nouvelle souche du virus, qui se propage principalement par des rapports sexuels. Ce variant a été détecté non seulement en RDC, mais aussi dans quatre pays voisins – le Burundi, le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda – où le mpox n’avait jamais été signalé auparavant.
Un appel à une réponse internationale
Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné la nécessité d’une réponse globale pour endiguer cette crise sanitaire. « L’apparition d’un nouveau clade du mpox et sa propagation rapide dans l’est de la RDC, ainsi que dans plusieurs pays voisins, sont très préoccupantes. Une réponse internationale coordonnée est essentielle pour stopper ces épidémies et sauver des vies », a-t-il déclaré.
De son côté, la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique et contributrice de l’agenda 2030 du FEM, le Dr Matshidiso Moeti, a mis en avant les efforts déployés par l’OMS pour soutenir les pays touchés. « Nos équipes travaillent en première ligne pour renforcer les mesures visant à endiguer le mpox. Avec la propagation croissante du virus, nous intensifions nos actions grâce à une coopération internationale pour aider les pays à mettre fin à ces épidémies. »
Un soutien accru pour les vaccins et les traitements
En réponse à cette crise, l’OMS a pris des mesures pour accélérer l’accès aux vaccins contre le mpox, notamment en déclenchant le processus de listing pour usage d’urgence. Ce mécanisme permet aux pays à faible revenu de se procurer des vaccins plus rapidement, même s’ils n’ont pas encore délivré d’autorisation réglementaire nationale. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large de l’OMS pour assurer une distribution équitable des vaccins, des traitements, et des diagnostics essentiels.
L’OMS signal que la semaine dernière, son Directeur général a déclenché le processus de listing pour usage d’urgence pour les vaccins contre le mpox, « ce qui accélérera l’accès aux vaccins pour les pays à faible revenu qui n’ont pas encore délivré leur propre autorisation réglementaire nationale ». L’agence onusienne précise également que le listing pour usage d’urgence permet également à ses partenaires comme Gavi, l’alliance du vaccin dirigée par la contributrice du FEM, Sania Nishtar, et l’UNICEF dirigée par la contributrice du FEM, Catherine Russell, de se procurer des vaccins pour distribution.
Parallèlement, l’OMS a débloqué 1,45 million de dollars de son Fonds de réserve pour les urgences afin de soutenir les activités de surveillance, de préparation et de réponse immédiates. L’organisation anticipe un besoin de financement total de 15 millions de dollars pour faire face à cette urgence sanitaire.
Un précédent suspect
Le Président du Comité d’urgence, le Professeur Dimie Ogoina, a appelé à une action décisive de la communauté internationale pour éviter que « l’histoire ne se répète ». « La recrudescence actuelle du mpox en Afrique est une urgence non seulement pour ce continent, mais pour le monde entier. Il est temps d’agir de manière décisive pour empêcher une nouvelle épidémie mondiale », a-t-il déclaré.
Le 23 juillet 2022, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait déjà élevé la flambée de variole du singe au statut d’urgence de Santé publique de portée internationale, mais cette décision aété prise malgré l’absence de consensus au sein du Comité d’urgence de l’OMS, qui s’était réuni à deux reprises, le 23 juin et le 21 juillet, sans parvenir à un accord. Finalement, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait déclaré s’être appuyé sur le Règlement Sanitaire International (RSI) pour prendre sa décision, soulignant que « le Comité conseille mais ne décide pas ».
Bien que la variole du singe ait été déclarée urgence sanitaire de portée internationale, cette décision ne respectait pas strictement les critères du RSI, à savoir : les informations fournies par les pays ; la nécessité que trois critères du RSI soient remplis ; les avis du comité d’urgence ; les preuves et informations pertinentes ; ainsi que le risque pour la santé humaine, la propagation internationale et le potentiel d’interférence avec le trafic international. Finalement, seuls les informations des pays et les risques de propagation semblaient évidents, même si le Dr Tedros, lui-même, estimait que les risques d’interférence avec le trafic aérien restaient faibles, alors que le RSI exige que trois critères sur bin doivent être remplis.
Dans un article publié le 9 aout 2022, dans BMJ, intitulé « Pourquoi l’épidémie de variole du signe constitue une urgence de santé publique de portée internationale », le Dr Tedros ne citait d’ailleurs pas le 2e des 5 critères qu’il avait mentionné le 23 juillet lors de l’annonce de l’USPPI, à savoir justement, qu’il faut que « trois critères du Règlement sanitaire international » soient remplis. S’agissait-il d’un oubli fortuit ?