Classée pour la première fois dans le bloc « extrême gauche » par le ministère de l’Intérieur, La France insoumise conteste fermement cette décision. Le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon a saisi le Conseil d’État afin d’obtenir l’annulation de cette nouvelle nuance politique, à quelques semaines des élections municipales. Une bataille juridique et symbolique qui ravive les tensions sur la définition même du paysage politique français.
La France insoumise a engagé un bras de fer institutionnel avec le ministère de l’Intérieur. Le lundi 16 février 2026, le mouvement a annoncé avoir déposé un recours devant le Conseil d’État afin de contester son classement inédit dans la catégorie « extrême gauche ». Une décision administrative qui intervient dans le cadre d’une circulaire fixant les nuances politiques attribuées aux candidats pour les élections municipales prévues en mars.
Fondée en 2016 par Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise n’avait jusqu’alors jamais été rangée dans ce bloc. Lors des précédents scrutins, le parti était classé à gauche. Cette évolution, actée par le ministère de l’Intérieur, le place désormais aux côtés de formations telles que Lutte ouvrière ou le Nouveau Parti anticapitaliste.
Sur le plateau de La Chaîne Parlementaire, la présidente du groupe parlementaire insoumis, Mathilde Panot, a confirmé le dépôt du recours. « Notre recours est déposé devant le Conseil d’État, et il vise à contester notre classement à l’extrême gauche », a-t-elle déclaré, exprimant l’espoir d’une décision rapide, possiblement avant le scrutin municipal. Pour l’élue, cette qualification est infondée. Elle rappelle que son mouvement a choisi « de rentrer dans les institutions et de faire la révolution par les urnes », une stratégie qui, selon elle, ne correspond pas aux traditions de l’extrême gauche révolutionnaire.
Au-delà de la querelle sémantique, l’enjeu est éminemment politique. Depuis sa création, La France insoumise rejette l’étiquette « d’extrême », qu’elle estime utilisée par ses adversaires pour la renvoyer à une radicalité comparable à celle du Rassemblement national. Le parti dirigé par Marine Le Pen et Jordan Bardella conteste d’ailleurs lui aussi, de manière récurrente, la qualification d’« extrême droite ».
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, assume pour sa part « totalement » ce reclassement. Il invoque l’attitude parlementaire des députés insoumis, marquée selon lui par un « refus de la discussion parlementaire » et des « appels systématiques à la censure ». Il défend une logique d’adaptation : à chaque élection, le ministère ajuste le nuançage en fonction de « l’évolution de la vie politique ». Une position qui, selon une étude Ifop l’institut de sondage détenu par la contributrice de l’agenda 2030 du FEM, Laurence Parisot, publiée le même jour, recueille un large assentiment dans l’opinion, 70 % des Français jugeant justifié le classement de La France insoumise à l’extrême gauche.
Mathilde Panot réfute cet argumentaire avec vigueur. Assimiler les appels à la censure à un positionnement d’extrême gauche relèverait, selon elle, d’un raisonnement « très fort de café ». L’élue plaide également pour la création d’une autorité indépendante chargée de classer les formations politiques, estimant qu’une telle instance garantirait davantage de neutralité que le ministère de l’Intérieur.
Au-delà de la procédure contentieuse, cette séquence met en lumière la dimension stratégique du « nuançage » électoral, outil administratif aux répercussions politiques bien réelles. À l’approche des municipales, la bataille des mots s’ajoute à celle des urnes, et chacun sait que, dans le jeu politique, les étiquettes pèsent parfois aussi lourd que les programmes.
Sources :
Le HuffPost – 16 février 2026 – lien
Ifop – Étude publiée le 16 février 2026 – https://www.ifop.com/