Une enquête judiciaire hors norme va s’ouvrir à Paris autour d’une loge maçonnique soupçonnée d’avoir orchestré agressions, tentatives de meurtre et assassinat. Derrière des profils en apparence irréprochables, un réseau structuré aurait commandité des violences pour des motifs parfois dérisoires. Vingt-deux accusés comparaîtront à partir du 31 mars dans un procès tentaculaire.
L’affaire Athanor s’annonce comme l’un des procès criminels les plus singuliers de ces dernières années. À partir du 31 mars, la cour d’assises de Paris devra démêler une mécanique complexe, où se croisent anciens policiers, militaires, chefs d’entreprise et membres d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine. Tous sont soupçonnés d’avoir participé, à des degrés divers, à une série d’opérations violentes allant de l’intimidation à l’assassinat.
Tout commence à l’été 2020, lorsqu’une cheffe d’entreprise, Marie-Hélène Dini, découvre qu’elle a été la cible d’une tentative d’homicide. Deux hommes armés sont interpellés près de son domicile, en possession d’un pistolet, de couteaux et d’un dispositif de géolocalisation. L’affaire, d’abord confuse, prend rapidement une tournure inattendue lorsque les suspects affirment agir dans le cadre d’une mission liée aux services de renseignement français.
Les investigations démontreront pourtant qu’il n’en est rien. Les deux hommes ne sont que de simples militaires affectés à la surveillance d’une base, sans habilitation pour ce type d’opérations. Derrière cette façade d’« opération d’État » se dessine en réalité un réseau parallèle, structuré autour de relations personnelles et professionnelles, où circulent argent liquide, faux prétextes et fantasmes de barbouzerie.
Au fil de l’enquête, les policiers remontent une chaîne de commandement informelle. Un agent de sécurité privée, un ancien policier reconverti dans l’intelligence économique, puis plusieurs figures influentes d’une loge maçonnique baptisée Athanor. Au centre de ce dispositif, un homme apparaît comme pivot : Frédéric Vaglio, entrepreneur dans le secteur de la sécurité, soupçonné d’avoir commandité ou facilité plusieurs opérations.
Les faits reprochés dépassent largement le cadre d’une simple tentative d’assassinat. Les enquêteurs évoquent une dizaine de « missions » confiées au fil des années : surveillance d’élus, passages à tabac, intimidations violentes, voire exécutions. L’un des cas les plus marquants concerne la mort d’un pilote automobile corse, retrouvé enterré en forêt après avoir été tué en 2018.
Dans ce système opaque, les motivations semblent parfois dérisoires. Rivalités professionnelles, conflits commerciaux ou dettes impayées auraient suffi à déclencher des violences extrêmes. Dans le cas de Marie-Hélène Dini, il s’agirait d’une concurrence dans le secteur du coaching, sur fond de tensions syndicales.
Ce qui frappe, au-delà de la gravité des faits, c’est le profil des mis en cause. La plupart n’avaient aucun passé judiciaire et occupaient des fonctions respectées. Quatre militaires, plusieurs policiers, des chefs d’entreprise, un médecin ou encore une ingénieure figurent parmi les accusés. Une diversité qui interroge sur les mécanismes d’adhésion à ce type de dérives, entre fascination pour les services secrets et logique d’entre-soi.
Les auditions révèlent également une constante : tous, ou presque, affirment avoir été manipulés. Certains évoquent une emprise psychologique exercée par les figures centrales du réseau, d’autres assurent avoir cru participer à des missions officielles. Une ligne de défense fragile, que les enquêteurs peinent à concilier avec les éléments matériels accumulés.
Après plusieurs années d’instruction, le dossier apparaît tentaculaire. Les responsabilités sont diluées, les versions contradictoires, et certaines zones d’ombre persistent, notamment sur le rôle exact des commanditaires et l’étendue réelle des activités du groupe.
Le procès, prévu jusqu’à la mi-juillet, devra éclaircir ces zones grises. Pour les parties civiles, dont Marie-Hélène Dini, l’enjeu dépasse la seule sanction pénale. Il s’agit aussi de comprendre comment une affaire aussi improbable a pu se produire, à la frontière trouble entre fantasme d’espionnage et criminalité organisée.
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