Au onzième jour d’un mouvement de contestation qui s’étend désormais à 145 villes, l’Iran connaît une escalade spectaculaire des affrontements. Des combats violents ont été signalés notamment à Machhad et Lordegan, tandis que les autorités renforcent la répression, coupent l’internet et autorisent l’usage des armes contre les manifestants.
La contestation qui secoue l’Iran depuis le début de l’année a franchi un nouveau seuil mercredi 6 janvier. Selon des informations recueillies dans 63 villes, cette onzième journée de soulèvement a été marquée par une intensification notable des affrontements entre manifestants et forces de sécurité, dans un climat de plus en plus insurrectionnel. En l’espace de moins de deux semaines, le mouvement se serait étendu à 145 villes à travers le pays, révélant l’ampleur inédite de la mobilisation.
Dans la ville de Machhad, au nord-est du pays, les événements ont pris une tournure particulièrement spectaculaire. Des groupes de jeunes manifestants ont mené des actions coordonnées dans plusieurs quartiers, parvenant à repousser temporairement les forces de l’ordre. Des bus utilisés par les forces de sécurité ont été incendiés sur le pont Fajr et dans le secteur de Tous. Dans ce même quartier, un autre véhicule aurait été immobilisé et ses occupants désarmés. Des affrontements violents ont également été signalés dans les rues Tabarsi et Kouy-e Mahdi, où des véhicules lanceurs d’eau ont été détruits, contraignant les forces de sécurité à se retirer.
Dans le quartier de Sakhteman, après plusieurs heures de combats, des habitants et des manifestants auraient pris le contrôle de la zone. Selon les mêmes sources, un membre armé des forces paramilitaires aurait été tué. Plusieurs bâtiments symboliques du pouvoir local, dont la base Malek Ashtar et deux banques publiques situées rue Khiam Nord, ont été incendiés. La veille au soir, un poste de police de la rue Salman Farsi, accusé d’avoir ouvert le feu sur la population, aurait été désarmé par des manifestants.
Plus au sud-ouest, la ville de Lordegan a également été le théâtre de combats d’une rare intensité. Des affrontements ont opposé des habitants, appuyés par des tribus locales, aux forces de sécurité envoyées en renfort depuis Ispahan et Yasouj. Les bilans humains restent contradictoires, mais plusieurs sources évoquent la mort d’au moins huit jeunes manifestants. L’agence Fars, proche des Gardiens de la révolution, a reconnu la mort de deux policiers, dont un officier supérieur, ainsi que des dizaines de blessés. Le bâtiment du gouvernorat et plusieurs édifices administratifs auraient subi d’importants dégâts. Dans toute la province, l’internet a été totalement coupé.
Dans la province du Lorestan, les villes de Boroujerd, Aligoudarz et Nourabad ont également connu de fortes tensions. À Boroujerd, des manifestants auraient pris pour cible le quartier général de la police. Un enregistrement audio diffusé sur les réseaux sociaux, attribué au commandant local, laisse entendre un ordre de tirer à balles réelles depuis les toits sur une foule désarmée. À Aligoudarz, les affrontements se sont multipliés, tandis qu’à Nourabad, les habitants décrivent une situation assimilable à une loi martiale non déclarée.
Parallèlement aux opérations de maintien de l’ordre, les autorités iraniennes ont renforcé ce que les organisations de défense des droits numériques qualifient de « répression numérique ». L’accès à internet a été fortement ralenti dans de nombreuses régions. Les réseaux privés virtuels sont largement bloqués ou rendus inefficaces. À Téhéran, depuis le 3 janvier, l’accès aux sites étrangers et aux applications de messagerie comme Telegram est devenu extrêmement difficile. En province, ces restrictions sont appliquées de manière ciblée, en fonction de l’intensité des protestations.
Sur X, Sana Ebrhmi souligne que « le régime utilise les caméras de surveillance à reconnaissance algorithmique arrêté les manifestants », mais que les protestataires n’hésitent pas à les neutraliser.
Sur le terrain, des barrages ont été érigés dans plusieurs grandes villes, dont Ispahan, Tabriz, Ahvaz, mais aussi Téhéran, où les rues sont noirs de monde, toujours selon un tweet de Sana Ebrahimi.
Des pneus incendiés et d’autres moyens ont été utilisés afin d’entraver l’arrivée de renforts des forces de sécurité. Cette stratégie témoigne d’un degré d’organisation croissant au sein du mouvement, malgré les coupures de communication. Des manifestants sortent de toute part l’ancien drapeau iranien.
Des voitures des forces de sécurité ont également été incendiées dans la capitale.
Face à cette escalade, les autorités adoptent un ton de plus en plus dur. Le gouverneur de la province de Téhéran, Mo’tamedian, a déclaré publiquement que la police était désormais autorisée à utiliser des armes contre les « émeutiers ». Une annonce qui suscite une vive inquiétude, alors que les bilans humains des affrontements restent difficiles à vérifier en raison du contrôle de l’information.
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Iran : le 11e jour du soulèvement est marqué par des combats violents à Machhad et Lordegan, des coupures d’internet et une répression renforcée.
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Iran, soulèvement iranien, Machhad, répression, coupure internet, manifestations